Tanella Boni, la philosophe qui faisait parler les silences de l'Afrique

HOMMAGE. Poétesse et romancière, la philosophe ivoirienne Tanella Boni vient de disparaître. Elle laisse une œuvre où la pensée et la poésie ont servi une même cause : la dignité humaine.

Tanella Boni, la philosophe qui faisait parler les silences de l'Afrique

C’est une grande voix des lettres africaines qui s'est tue ce 15 septembre à Toulouse. Le ministère ivoirien de la Culture et de la Francophonie a annoncé la disparition de l'écrivaine qui a été inhumée le lundi 21 septembre. Toulouse, la ville où tout s'est achevé est aussi celle où beaucoup avait commencé.

Un parcours de Toulouse à la Sorbonne

Née en 1954 à Abidjan, Tanella Boni a grandi entourée de plusieurs sœurs. Détail peu connu : elle est restée mutique jusqu'à ses 12 ans, avant de devenir l'une des voix les plus puissantes de la pensée africaine. 

Après une scolarité dans le nord de la Côte d'Ivoire, elle est partie étudier à Toulouse puis à Paris IV. Elle y a soutenu en 1979 un doctorat de troisième cycle sur Platon et Aristote, puis en 1987 un doctorat d'État consacré à l'idée de vie chez Aristote.

Une bâtisseuse d'institutions en Côte d’Ivoire

De retour au pays, elle s'est investie dans l'université. Elle a dirigé le département de philosophie de l'Université de Cocody de 1982 à 1984, puis les Annales de Lettres comme rédactrice en chef de 1986 à 1993. Elle y aura aussi exercé les fonctions de vice-doyenne de l'UFR Lettres, Arts et Sciences humaines.

Hors de l'amphithéâtre, elle a structuré la vie littéraire. Elle a ainsi présidé l'Association des écrivains de Côte d'Ivoire de 1991 à 1997, puis organisé le Festival international de poésie d'Abidjan de 1998 à 2002. 

Une œuvre de combat

Chez elle, écrire n'était jamais un exercice gratuit. Violences, conflits, inégalités, condition des femmes et place de l'Afrique dans le monde ont nourri une œuvre pensée comme un espace de questionnement et de résistance. 

Son essai Que vivent les femmes d'Afrique ? demeure une référence sur les stratégies de résistance des femmes africaines.

Son dernier roman, Sans parole ni poignée de main, paru en 2023, a pris pour toile de fond le scandale des déchets toxiques déversés à Abidjan en 2006. Une plaie encore vive dans la mémoire ivoirienne. 

Une reconnaissance continentale

Parmi ses distinctions figurent le Prix international de poésie Antonio Viccaro, le Prix d'excellence pour la littérature en Côte d'Ivoire et, en 2025, le Prix Tchicaya U Tam'si de la poésie africaine. Elle était membre de l'ASCAD et Chevalier dans l'Ordre du Mérite culturel ivoirien. 

Son rayonnement dépassait l'Afrique de l'Ouest. Elle siégeait à l'Académie du Royaume du Maroc, dont l'ancien secrétaire perpétuel, Abdeljelil Lahjomri, lui a rendu un hommage appuyé. Il salue une femme franche, libre, attentive à l'Autre, qui ne cessait de tisser des liens pour un monde plus solidaire. (TransContinentsAfrica)

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