Apprendre à entreprendre en Afrique : le manuel de l'Université Laval, de l’amphi au terrain

RECENSION. Né dans les salles de cours de l’Université Laval, "Réussir vos projets d’affaires en Afrique" offre aux étudiants, formateurs et écoles de commerce une progression en dix chapitres, de la culture au financement.

Apprendre à entreprendre en Afrique : le manuel de l'Université Laval, de l’amphi au terrain

Certains livres naissent d’une thèse. Celui-ci est né d’une salle de classe. Paru aux Presses de l’Université Laval (PUL) en avril 2020, Réussir vos projets d’affaires en Afrique a été conçu, de l’aveu même de l’éditeur, pour servir de support de cours. Il est l’œuvre de huit membres de la Chaire Stephen-A.-Jarislowsky en gestion des affaires internationales, sous la direction de Sègbédji Parfait Aïhounhin, Radjabu Mayuto et Zhan Su, titulaire de la Chaire.

Le terreau est connu. La Faculté des sciences de l’administration de Laval propose, au premier cycle comme aux cycles supérieurs, un cours intitulé "Faire des affaires en Afrique". Elle organise aussi des colloques sur le sujet, colloques où des étudiants du MBA présentent leurs travaux, par exemple sur la gestion des risques dans les projets africains.

Le livre prolonge ce va-et-vient entre recherche, enseignement et monde des affaires.

Une progression pensée pour apprendre

Le fil conducteur tient en cinq questions, familières à tout étudiant en gestion internationale : pourquoi, comment, où, avec qui et quand faire des affaires en Afrique ?

Les dix chapitres y répondent dans un ordre pédagogique. On part du contexte – histoire économique, diversités du continent, opportunités et risques – pour aller vers la culture, puis vers les modes d’entrée sur le marché : exportation, sous-traitance, coentreprise.

Viennent ensuite les fonctions de l’entreprise : marketing, ressources humaines, financement. L’ouvrage se referme sur l’éthique, comme une synthèse.

Chaque chapitre s’achève par une conclusion. Plusieurs sont complétés par des annexes, et l’ensemble s’appuie sur de nombreux tableaux, graphiques et figures. Un outil commode pour bâtir des supports de cours ou des fiches de révision.

Un semestre, dix séances

L’architecture se prête naturellement à un découpage en séances. Les deux premiers chapitres conviennent à un cours d’introduction, en licence ou en BTS : ils posent le décor et les grands chiffres.

Les chapitres consacrés à l’exportation, à la sous-traitance et à la coentreprise relèvent davantage du master ou du MBA. Celui sur la coentreprise, appuyé sur des cas réels d’alliances entre entreprises africaines et occidentales, peut nourrir un exercice de choix de partenaire.

Le chapitre sur le financement, qui va des sources classiques à la microfinance, aux bourses du continent et au cadre de l’OHADA, intéressera les filières finance et droit des affaires.

Le chapitre final sur l’éthique est le plus propice au débat en classe. Il pose une question volontairement dérangeante : la corruption vue de l’étranger est-elle la même que celle vécue sur place ? De quoi organiser un vrai débat contradictoire, encadré par les distinctions que propose le texte entre légalité et légitimité.

Les notions clés à retenir

Pour l’étudiant, le livre fournit un vocabulaire précis. La philosophie Ubuntu et la primauté des relations humaines dans l’acte d’affaires. La frontière poreuse entre secteur formel et informel. La distance hiérarchique dans la négociation, notion héritée des travaux de Geert Hofstede.

S’y ajoutent les logiques du donneur d’ordres dans la sous-traitance, le marketing mix adapté aux marchés africains, la relativité éthique et la responsabilité sociétale de l’entreprise.

Autant de concepts qui permettent de dépasser les généralités sur « l’Afrique » pour raisonner en gestionnaire.

Pour quels publics ?

Les étudiants en commerce international, en management et en MBA sont la cible première. Mais l’ouvrage parlera aussi aux écoles de commerce et d’ingénieurs installées sur le continent, qui manquent souvent de manuels en français ancrés dans les réalités africaines.

La formation continue y trouvera son compte : cadres en mobilité, conseillers des chambres de commerce, chargés d’affaires d’agences de promotion des exportations.

Enfin, les entrepreneurs de la diaspora qui préparent un projet au pays disposeront d’une grille méthodique pour structurer leur démarche.

Ce que le formateur devra ajouter

Publié en 2020, le manuel appelle une mise à jour en classe. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) n’a ouvert ses échanges qu’au 1er janvier 2021. La pandémie de Covid-19, les crises de la dette souveraine et la succession de coups d’État au Sahel depuis 2020 ont, depuis, changé la donne.

Les exemples puisent d’abord en Afrique subsaharienne. Un cours ambitieux complétera avec le Maghreb et le Machrek.

Il gagnera aussi à associer à ce manuel des études de cas récentes et des travaux de chercheurs basés sur le continent. Le livre fournit la charpente ; à l’enseignant d’y ajouter les données fraîches.

Former, le premier investissement

La question n’est pas seulement académique. L’Afrique est le continent le plus jeune du monde, et la qualité de la formation de ses cadres pèsera lourd dans sa trajectoire économique.

Côté canadien, la Stratégie pour l’Afrique lancée par Ottawa en mars 2025 fait de la jeunesse l’un de ses axes. Un rapport parlementaire de juin 2026 appelle par ailleurs à mieux mobiliser les diasporas.

Dans ce paysage, un manuel francophone conçu à Québec, nourri de chercheurs aux origines diverses et ouvert aux réalités africaines, a toute sa place. Il illustre une circulation des savoirs qui relie désormais l’Europe francophone, l’Afrique et le Québec. Reste à faire en sorte que cette circulation s’opère de plus en plus dans les deux sens, et que les amphithéâtres de Dakar, Abidjan, Casablanca ou Kinshasa produisent à leur tour les manuels de demain. (TransContinentsAfrica)

* "Réussir vos projets d’affaires en Afrique", sous la direction de Sègbédji Parfait Aïhounhin, Radjabu Mayuto et Zhan Su, aux Presses de l’Université Laval, Québec, avril 2020, 558 pages. Coédition en France : Hermann, août 2021.

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