Dak'Art 2026 : une Biennale sous le signe de la réparation

CADRÉ. Du 19 novembre au 19 décembre, la 16e Biennale de l'art africain contemporain réunira 75 artistes et collectifs autour de l'« (anti)fragilité ». La RDC est l'invitée d'honneur, le Marocain Faouzi Laatiris en est le Grand Témoin.

Dak'Art 2026 : une Biennale sous le signe de la réparation

Dakar n'a pas encore rangé les tribunes des Jeux olympiques de la jeunesse, qui s'y tiennent du 31 octobre au 13 novembre, qu'elle s'apprête déjà à changer de registre. Le 19 novembre, la capitale sénégalaise ouvrira la 16e édition de Dak'Art, la Biennale de l'art africain contemporain.

Un mois durant, jusqu'au 19 décembre, la ville deviendra le point de convergence des artistes, commissaires, galeristes et collectionneurs du continent et de ses diasporas. L'événement est placé sous la présidence du chef de l'État.

75 artistes et collectifs retenus

La sélection officielle a été dévoilée le 24 septembre, au Musée des civilisations noires, lors de la cérémonie de lancement. Elle réunit 75 artistes et collectifs : 54 pour l'Exposition internationale, cœur de la manifestation, et 21 pour la section Design.

Onze artistes sénégalais figurent dans cette sélection. La participation nationale était une attente forte des créateurs locaux. À côté de l'exposition officielle, un pavillon sénégalais doit accueillir plusieurs dizaines d'artistes du pays.

La section Design est confiée au Franco-Sénégalais Youssouf Fofana, entrepreneur et designer.

Une direction artistique tournée vers le Maghreb et le Machrek

Nommé le 15 avril, le directeur artistique Morad Montazami, historien de l'art, éditeur et commissaire franco-iranien, a imposé son thème : "(Anti)fragilité : arts de la réparation et stratégies du contrecoup".

L'idée est de montrer comment les artistes transforment les fractures, qu'elles soient écologiques, sociales ou mémorielles, en force créatrice. L'art y est aussi pensé comme refuge, jusqu'à l'art-thérapie.

Le commissaire revendique un rôle de passeur entre l'Afrique et le monde arabe. Cela se lit dans la sélection, où figurent plusieurs Marocains, dont Safaa Erruas et M'Barek Bouhchichi.

Le Marocain Faouzi Laatiris, figure majeure de l'art contemporain et de la pédagogie artistique dans le royaume, a été désigné Grand Témoin de l'édition. Une Carte blanche est par ailleurs accordée à Serigne Mbaye Camara.

La RDC à l'honneur, Ngoor en hommage

La République démocratique du Congo est le pays invité d'honneur. Le choix salue l'une des scènes les plus foisonnantes du continent.

Le volet "Artiste hommage" sera consacré au peintre et sculpteur sénégalais Abdoulaye Niokhor Bob, dit Ngoor, disparu en 2017. Il sera présenté à la Galerie nationale d'art.

Les lauréats de l'Exposition internationale concourront notamment pour le Grand Prix Léopold Sédar Senghor.

Une institution qui a appris à résister

Conçue en 1989 et lancée en 1990, d'abord en alternance entre lettres et arts, la Biennale de Dakar se consacre depuis 1996 à l'art africain contemporain. Elle reste la plus ancienne biennale d'art contemporain d'envergure du continent.

Sa longévité n'a rien d'acquis. En 2024, l'édition précédente avait été reportée dans la confusion, à quelques semaines de son ouverture. Cette année encore, le calendrier n'a été arrêté qu'en janvier, pour s'emboîter avec les JOJ.

En enchaînant un rendez-vous sportif planétaire et sa grande vitrine artistique, Dakar fait un pari qui dépasse le Sénégal. Il s'agit de démontrer que les Afriques, du Maghreb au Machrek et du Sahel au bassin du Congo, peuvent bâtir leurs propres instances de légitimation culturelle, face à un marché de l'art encore largement arbitré à Paris, Londres ou New York. Faire de la fragilité une force n'est pas seulement le thème de cette Biennale. C'est aussi, pour Dakar, une méthode. (TransContinentsAfrica)

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