Dans l'enceinte du Sénat canadien, la diaspora africaine du Canada a franchi une étape. Le Congrès pancanadien de la diaspora africaine (CPDA) a été officiellement lancé à Ottawa Ottawa le 23 octobre dernier. Plus de 50 associations venues de sept provinces avaient fait le déplacement. Un chiffre qui dit, à lui seul, l'ampleur du chantier.
L'ambition est claire : faire entendre auprès du gouvernement fédéral une voix unifiée et non partisane sur les relations entre le Canada et l'Afrique, du Maghreb au Machrek et à l'ensemble de l'Afrique subsaharienne.
Fédérer plutôt que se substituer
Le CPDA ne se pose pas en concurrent des structures existantes. Il ne prétend ni les remplacer ni parler à leur place.
Sa raison d'être est de les rassembler au sein d'une plateforme commune. Objectif : porter auprès des décideurs des priorités partagées, plutôt qu'une addition de revendications dispersées. C'est là toute la nuance.
Les diasporas africaines du Canada sont nombreuses, actives, mais souvent fragmentées par pays d'origine, par province ou par secteur. Le Congrès entend leur offrir un point de convergence.
Le 6 février 2026 : la rampe de lancement
Cette étape décisive d'Ottawa n'est pas sortie de nulle part. Le travail de fond a commencé le 6 février 2026, lors d'une table ronde tenue au Sénat. Cette rencontre a non seulement posé les jalons de la création du Congrès mais elle en a dessiné les contours, la méthode et la gouvernance.
Depuis le début, l'Honorable sénatrice Amina Gerba a été la facilitatrice de la démarche. Elle en a aussi été l'hôte au Sénat, offrant à l'initiative une légitimité institutionnelle.
La députée fédérale Arielle Kayabaga était, elle aussi, présente lors du lancement. Un soutien qui souligne l'intérêt porté à la démarche au sein même du Parlement.
Un enjeu économique chiffré
Parallèlement, le contexte donne au CPDA une résonance particulière. Le gouvernement de Mark Carney s'est fixé pour objectif de doubler d'ici 2035 les exportations canadiennes vers les marchés autres que les États-Unis. L'Afrique y occupe une place encore marginale. Moins de 1 % des exportations canadiennes prennent la direction du continent, et moins de 2 % des importations en proviennent. Le potentiel est pourtant là.
Selon une analyse de l'ONG ONE publiée en mars 2026, les exportations canadiennes vers l'Afrique, de l'ordre de 6,2 milliards de dollars canadiens en 2024, pourraient doubler pour atteindre 13 milliards en 2035. Les importations, proches de 10 milliards, pourraient s'élever à 20,9 milliards. C'est sur ce terrain que le Congrès entend se rendre utile.
Comment ? En mobilisant l'expertise de la diaspora, ses réseaux et sa connaissance fine des marchés africains pour renforcer le commerce, l'investissement, la diplomatie et les liens entre les peuples. Autrement dit, en transformant un capital humain longtemps sous-exploité en levier de politique étrangère et économique.
Une gouvernance resserrée pour relever le défi
Pour conduire ce chantier d'envergure nationale, le CPDA s'est doté d'un conseil d'administration de neuf membres. Il est présidé par Souad Elmallem. Le Dr Edward Akuffo en est le vice-président et le Dr Pascal Balata le trésorier. Y siègent également Alliancé B. Daniels, le Dr Cheickh Tidyane Bangoura, Cyriaque Kodjovi Kiti, Franklin Epape, Marie-Laure Konan et Thierry Njomgang.
Ce dernier assure en outre, depuis septembre 2026, le secrétariat du Congrès. C'est également lui qui a modéré la cérémonie du 23 octobre, après avoir été le rapporteur de la table ronde du 6 février. Un fil rouge entre la phase de réflexion et celle de l'action.
Au-delà d'Ottawa
Fait important à retenir : le lancement du CPDA s'inscrit dans un mouvement plus large. L'Union africaine a fait de la diaspora la “sixième région” du continent et proclamé 2021-2031 “Décennie des racines africaines et de la diaspora africaine”. Partout, des pays d'accueil comme des pays d'origine redécouvrent le poids de ces communautés : par leurs transferts financiers, leur entrepreneuriat, leur capacité à jeter des ponts entre marchés.
Le Canada, longtemps discret sur le continent, cherche aujourd'hui à rattraper son retard. En se structurant, sa diaspora africaine se donne les moyens d'être non plus seulement un sujet de politique publique, mais un acteur de celle-ci. Reste désormais à transformer l'élan d'Ottawa en propositions concrètes et en résultats mesurables. (TransContinentsAfrica)
