Maroc : 23 septembre, la rue et les urnes se répondent

ANALYSE. Cinq ans après la vague RNI-PAM-Istiqlal de 2021, les Marocains votent à nouveau. Entretemps, la contestation de la GenZ 212 est passée par là et le défi de l’abstention structurelle est toujours là.

Maroc : 23 septembre, la rue et les urnes se répondent

Le Maroc vote le mercredi 23 septembre 2026 pour renouveler les 395 sièges de sa Chambre des représentants. Sur le papier, l'exercice est classique : cinq ans après le raz-de-marée qui avait porté le Rassemblement national des indépendants (RNI) au pouvoir en 2021, le pays retourne aux urnes pour redistribuer les rapports de force entre 27 formations officiellement associées au dispositif de campagne. Dans les faits, ce scrutin pèse beaucoup plus lourd que ne le suggère son déroulement institutionnel.

Un héritage de 2021 à défendre ou à solder

La coalition sortante composée du Rassemblement national des indépendants (RNI), du Parti authenticité et modernité (PAM) et du Parti de l'Istiqlal (PI), avait raflé l'essentiel des sièges en 2021 : 102 pour le RNI, 87 pour le PAM, 81 pour l'Istiqlal. Cette razzia s'était faite sur les décombres du Parti de la justice et du développement (PJD), qui avait perdu plus de 90 % de ses élus, une défaite islamiste d'une ampleur rare dans la région.

Cinq ans plus tard, Aziz Akhannouch joue la continuité de son bilan gouvernemental, quand le PAM revendique au contraire une rupture de trajectoire, avec un programme chiffré à 350 milliards de dirhams. L'Istiqlal, de son côté, décline 99 mesures. Le clivage de cette élection ne se joue donc pas d'abord entre gauche et droite, mais entre ceux qui demandent un satisfecit et ceux qui promettent une remise à plat.

Une jeunesse qui a changé la donne avant même le vote

Ce qui distingue 2026 de toutes les échéances précédentes, c'est qu'une partie de la campagne s'est jouée hors des partis, dans la rue. Le mouvement GenZ 212, né fin septembre 2025 dans le sillage du décès de plusieurs femmes après des césariennes à l'hôpital public d'Agadir, a imposé la santé et l'éducation comme priorités absolues, sans leader ni étiquette partisane. Le gouvernement a répondu en portant à 13 milliards d'euros le budget 2026 consacré à ces deux secteurs — un chiffre que les manifestants jugent en partie insuffisant tant que subsistent des détentions liées aux rassemblements.

Le roi Mohammed VI a lui-même évoqué un développement “à deux vitesses”, validant implicitement le diagnostic porté par une génération née après 2000, connectée, sans intermédiaire syndical ni parti. Ce fait politique nouveau contraint chaque formation à intégrer, dans son programme, un langage de rupture qu'elle n'aurait pas nécessairement choisi seule.

L'abstention, premier scrutin dans le scrutin

Le second enjeu, moins spectaculaire mais tout aussi déterminant, est celui de la participation. L'histoire électorale marocaine est marquée par des cycles d'érosion : 67 % de participation en 1984, seulement 37 % en 2007, un rebond à environ 50 % en 2021 porté il est vrai par la tenue simultanée des scrutins législatif, communal et régional. Pour 2026, le corps électoral recule d'environ 1,7 million d'inscrits par rapport à 2021, et l'inscription des 18-24 ans plafonne à 12 %, soit à peine 474 000 jeunes sur 3,89 millions en âge de voter.

Cette désaffection ne traduit pas un désintérêt pour la politique en tant que telle, mais une défiance grandissante envers les partis comme vecteurs de changement. Le niveau de participation, le 23 septembre, comptera donc autant que la répartition des sièges : c'est lui qui dira si les urnes restent, aux yeux des citoyens, l'instrument légitime pour traduire une colère sociale par ailleurs bien réelle.

Un mode de scrutin qui façonne déjà les résultats

Sur les 395 sièges, 305 se jouent dans les circonscriptions locales et 90 dans les circonscriptions régionales réservées aux femmes, un dispositif qui explique pourquoi les candidatures féminines atteignent 36,47 % du total, avec 1 850 listes déposées pour 7 288 candidatures à l'échelle nationale. Conformément à l'article 47 de la Constitution de 2011, le roi nommera le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête, qui devra ensuite obtenir la confiance de la Chambre. C'est dire que la bataille des sièges régionaux, souvent négligée dans l'analyse, pèsera directement sur la composition de la future majorité.

Ce que le Maroc joue, au-delà de ses frontières

Ce scrutin marocain n'est pas un cas isolé. D'Alger à Dakar, en passant par Abidjan, le continent africain traverse une même tension entre une jeunesse hyper connectée, impatiente, et des appareils partisans jugés à bout de souffle. Le Maroc, en cherchant à faire dialoguer légitimité des urnes et légitimité de la rue, teste une équation que beaucoup de démocraties africaines devront résoudre à leur tour. La capacité à faire une place, dans l'arène institutionnelle à ceux qui n'y croient plus sera peut-être, en définitive, le véritable enjeu de ce 23 septembre. (TransContinentsAfrica)

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