JOJ Dakar 2026 : la lutte de plage offre au Sénégal ses premiers titres olympiques

PERFORMANCE. À Saly, Élisabeth Diatta et Maguette Diop ont décroché les premières médailles d'or du Sénégal dans des Olympiades de la jeunesse. Un symbole fort alors que le bilan africain est contrasté dans des Jeux portés par une ferveur populaire rare.

JOJ Dakar 2026 : la lutte de plage offre au Sénégal ses premiers titres olympiques

Samedi 7 novembre, sur le sable de Saly Beach West, le Sénégal a changé de statut olympique. En l'espace de quelques minutes.

En effet, Élisabeth Diatta a ouvert la voie en finale des moins de 55 kg. Après avoir écarté l'Azerbaïdjanaise Karimli en demi-finale, elle a dominé la Japonaise Reisa Kojima donnant au pays de la Teranga son premier titre olympique.

Maguette Diop, 16 ans, a enchaîné dans la catégorie des moins de 80 kg. Parcours sans faute : trois victoires en poule, l'Iranien Reza Jalilian écarté en demi-finale, puis l'Azerbaïdjanais Nihad Suleymanli battu 4-0 en finale. Le tour d'honneur, drapeau vert-jaune-rouge en main, s'est fait sous les vivats d'un public resté malgré une chaleur écrasante.

Une première historique, sur le bon terrain

La portée dépasse le simple décompte. Jusqu'ici, le palmarès olympique sénégalais tenait en une ligne : l'argent d'El Hadji Amadou Dia Ba sur 400 m haies, à Séoul, en 1988. Trente-huit ans plus tard, l'hymne national a enfin retenti pour un titre.

Le lieu et la discipline ajoutent au symbole. La lutte de plage faisait ses tout premiers pas dans un événement olympique. Elle réunit 96 lutteurs de 52 comités nationaux olympiques, en huit catégories. Le Sénégal est engagé dans chacune d'elles.

Dans un pays où la lutte relève de l'institution culturelle autant que du sport, le message est limpide. Le président Bassirou Diomaye Faye a salué des jeunes qui hissent "notre sport national au sommet", associant à l'hommage Matar Diop, auteur du bronze en judo (-66 kg) dès le 1er novembre.

Au classement, l'effet est immédiat. Encore 56e jeudi avec un seul bronze, le pays hôte se hisse à la 10e place après sept journées, avec trois médailles dont deux en or. À ce stade, 195 médailles ont été distribuées, dont 63 titres.

Une lecture plus froide s'impose néanmoins. Ces deux médailles d'or viennent d'une discipline nouvelle où la culture locale offre un avantage naturel. Le défi, pour le sport sénégalais, sera de convertir cet élan dans les disciplines où la concurrence mondiale est la plus dense.

L'Égypte en locomotive, le Kenya et Madagascar dans l'histoire

À l'échelle du continent, la photographie arrêtée au soir du 6 novembre montrait sept nations africaines au tableau des médailles mais deux d'entre elles dépassent de loin les autres.

D'un côté, il y a l'Égypte qui mène le bal. Quatrième nation mondiale, elle compte quatre titres et un bronze. Le nageur Ali Zain a signé un triplé en papillon, sur 50, 100 et 200 m. Sondos Sonbol a décroché l'or en wushu (changquan), discipline qui faisait son entrée au programme officiel. Aly Elramly a ajouté le bronze en judo (-81 kg).

De l'autre, il y a l'Afrique du Sud qui suit avec cinq podiums : une médaille d' or, trois d'argent, une de bronze, soit déjà le total de Buenos Aires 2018. Le titre est venu d'un inattendu : Callum Dreyer, 16 ans, seul rameur de la délégation, sacré en sprint d'aviron de mer devant l'Espagnol Diego Molina Martinez. Leah Markgraaff (400 m nage libre), Chanel Veldsman (100 m brasse) et l'équipe masculine de rugby à 7 ont pris l'argent, Veldsman ajoutant le bronze sur 200 m brasse.

Cela dit, le moment fort de la première semaine reste africain. Le 3 novembre, au complexe Iba Mar Diop, les Kényanes, menées 12-5, ont égalisé sur la dernière action avant de battre l'Australie 17-12 en prolongation, sur un essai de Mitchelle Chemtai. Le Kenya devient la première nation africaine titrée en rugby à 7 aux Jeux olympiques ou aux JOJ.

Sur la troisième marche, Madagascar a battu la Tchéquie 26-10. C'est la toute première médaille olympique de la Grande Île. À Buenos Aires, huit ans plus tôt, le continent n'alignait qu'une équipe dans ce tournoi féminin.

Le reste du tableau tient en quelques bronzes : la Zambie avec le judoka Elisha Zimba (-55 kg), le Burundi, et samedi à Saly la Congolaise Stéphie Tsimba Manzanza en lutte de plage. Au soir du 6 novembre, le Maghreb attendait encore son premier podium.

Les espoirs : la semaine de l'athlétisme

La seconde semaine s'ouvre ce dimanche 8 novembre avec l'athlétisme, terrain historique de l'Afrique de l'Est. Les quinze médailles du Kenya aux JOJ d'été, dont huit en or, sont toutes venues des pistes.

Nairobi place beaucoup d'espoirs en David Kapaiko Sekento, 16 ans, vice-champion du monde U20 du 1 500 m cette année. Il est aligné sur 800 m. Faith Cherotich Rono et Abigael Chepkirui visent aussi le podium. L'Éthiopie compte sur Elsabet Amare, quatrième du 1 500 m aux Mondiaux U20. Quant à l'Afrique du Sud, elle mise sur Janelle Kirkpatrick, meilleure performeuse de la saison sur 100 m haies.

Autre histoire à suivre : quatre coureurs de la première équipe olympique des réfugiés de l'histoire des JOJ, préparés à Kaptagat, au Kenya.

Pour le Sénégal, la lutte de plage se poursuit dimanche dans les autres catégories, avec notamment la porte-drapeau Ndèye Khady Anna Diatta, qui ne cache pas son ambition de décrocher l'or. Le taekwondo (8-12 novembre), avec l'autre porte-drapeau Ibrahima Bèye, et la boxe (jusqu'au 12 novembre) offrent d'autres chances. En basket 3x3, les Lionceaux ont battu l'Algérie, la Lituanie et la Pologne, ce dernier match au buzzer, tandis que les Lioncelles ont dominé la France.

Diamniadio, la Teranga en mondovision

Ces médailles prolongent un récit ouvert le 31 octobre au stade Abdoulaye-Wade de Diamniadio. À 19 h 57, Bassirou Diomaye Faye a déclaré ouverts les premiers Jeux olympiques organisés sur le sol africain, devant 205 délégations et Kirsty Coventry, première Africaine à présider le CIO.

Le spectacle, "L'Envol de Sitoé", a déroulé le temps africain à travers trois figures : Alkebulan, la mère, pour le passé ; Keb, son fils, pour le présent ; Sitoé, une fillette, pour l'avenir. Le prénom renvoie à Aline Sitoé Diatta, reine-prêtresse de Cabrousse, en Casamance, figure de la résistance à l'ordre colonial.

Une centaine de lutteurs, dont Modou Lô, Eumeu Sène, Sa Thiès et Franc, ont exécuté le bakk au centre de la pelouse. Le Simb, 360 danseurs dessinant la carte de l'Afrique, une œuvre de Boubou Design dévoilée par Khaby Lame : la culture populaire était convoquée sans être folklorisée.

La fabrication elle-même faisait sens. Plus de 1 100 participants, dont 628 danseurs recrutés dans les régions, près de 1 500 costumes confectionnés au Sénégal, une direction 100 % sénégalaise autour de Khady Niang. La vasque a été allumée par deux jeunes athlètes, Abdourahmane Marième Sy et Aïcha Diop, après un relais où figuraient Amadou Dia Ba et Saly Sarr.

Clin d'œil de l'histoire : une semaine plus tard, la première championne olympique du pays porte le même patronyme que l'héroïne célébrée ce soir-là.

Une ferveur qui ne retombe pas

Depuis, l'atmosphère a confirmé l'impression d'ouverture. À Saly, le public a tenu toute la journée sous un soleil de plomb. Au complexe Tour de l'Œuf, les tribunes du 3x3 débordent : faute de place, des spectateurs suivent les matchs debout ou depuis les coursives de la piscine, au rythme des percussions du N'Diaye Rose Family Group.

Le CIO, dans son bilan de mi-parcours, souligne une forte mobilisation, notamment des jeunes et des familles. Une politique tarifaire volontariste, avec des places à partir de 1 000 FCFA, y est pour beaucoup. Hors des stades, la cérémonie a aussi ravivé chez de nombreux jeunes Sénégalais la curiosité pour une histoire nationale qu'ils connaissaient mal.

De Séoul à Saly, un continent qui change d'échelle

Reportés de 2022 à 2026, ces Jeux devaient prouver que l'Afrique pouvait accueillir le mouvement olympique. À mi-parcours, le pari organisationnel paraît tenu, et l'émotion populaire dépasse les frontières sénégalaises, de Nairobi à Antananarivo.

Le tableau des médailles rappelle cependant l'écart qui subsiste avec la Chine ou le Japon, et la dépendance du continent à quelques foyers de performance. L'héritage se jouera après le 13 novembre : dans la détection, les fédérations et les infrastructures. Les ors de Saly en sont le premier argument. (TransContinentsAfrica)

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