Fetah Ouzzani : “Nous voulons être un levier du rapprochement Europe-Afrique”

INTERVIEW. Vingt ans après la création du Réseau des Algériens diplômés des Grandes écoles (REAGE), son président se confie sur son changement de dimension et son nouveau cap.

Fetah Ouzzani : “Nous voulons être un levier du rapprochement Europe-Afrique”

Consultant stratégie sénior chez EY, professeur à HEIP (Hautes études internationales et politiques), chargé d'enseignement à l'Institut Polytechnique de Paris ainsi qu'à Télécom Paris, Fetah Ouzzani a vécu la période des pionniers du Réseau des Algériens diplômés des Grandes écoles (REAGE) pour avoir été parmi les membres fondateurs de l’association. Il en a donc vu l’évolution au fil des années. En vingt ans, l'âge de l'association, le monde a changé. et la place ainsi que le rôle des étudiants avec. Quoi de plus normal alors que le REAGE se soit fixé de nouveaux challenges. Dans cet entretien, il nous en explique les tenants et les aboutissants.

TransContinentsAfrica : Le REAGE vient d'avoir 20 ans. Qu'est-ce que pouvez-vous en dire ?

Fetah Ouzzani : Nous avons fêté les 20 ans du REAGE le 13 mars dernier. Ce fut l'occasion de retrouver des amis de Classe préparatoire aux Grandes écoles du lycée Honoré de Balzac de Paris ainsi qu'un certain nombre de grands membres au sein du REAGE depuis les premiers moments. Ce fut aussi l'occasion de faire le bilan de nos vingt ans et d'afficher notre ambition pour l'avenir.

Pour mémoire, le REAGE est né à Paris. C'est un club des Algériens des Grandes écoles, né pendant la décennie noire, dans un élan de solidarité avec l'Algérie. Une fois la paix retrouvée, nous avons décidé de monter une association à caractère économique. Son objectif : faire de nous des acteurs de la refondation des liens, dans un premier temps entre la France et l'Algérie, par le biais de l'économie et de l'éducation.

Quel bilan dressez-vous après deux décennies ? 

Notre bilan est extraordinaire. D'abord, parce que nous avons été les premiers à le faire. En effet, il existe aujourd'hui beaucoup d'associations de ce type en France et en Europe, mais nous avons été les premiers à lancer une initiative de la sorte.

Ensuite, nous avons, pour la première fois, commencé à parler de l'Algérie sous un angle économique. Nous avons fait découvrir ses potentialités, ses élites et un visage tout nouveau du pays. En somme, nous avons mis en avant à la fois l'angle économique, l'angle culturel et l'angle des compétences.

Enfin, nous avons été l'un des acteurs de la confiance de la diaspora algérienne en France et en Europe. Cela a encouragé beaucoup de jeunes à s'engager dans les voies de l'excellence, à comprendre ce qu'est la méritocratie. Ces jeunes ont aussi appris à s'investir comme ambassadeurs de leur pays de naissance, la France, vis-à-vis de l'Algérie, et réciproquement.

C'est pour cela que des dizaines et des dizaines de jeunes diplômés, avec un peu d'expérience, sont partis tenter l'aventure en Algérie.

Quel rôle voyez-vous aujourd'hui pour le REAGE ?

Notre bilan, ce sont les fondations.

Nous attaquons aujourd'hui la troisième décennie et nous réfléchissons à long terme, pour les vingt ans à venir.

Le premier chantier consiste à consolider nos acquis, qui sont multiples.

Le premier d’entre eux, c’est que nous avons aujourd'hui une marque : le REAGE.

Ensuite, nous allons changer de dimension autour de trois axes fondamentaux.

L’axe premier, c'est l'Europe. Pendant vingt ans, le REAGE a été une association à caractère économique entre la France et l'Algérie. Désormais, il sera l'un des acteurs de la construction des liens entre l'Europe et l'Afrique, dont l'Algérie et la France font évidemment partie.

Le deuxième axe, c'est la professionnalisation. Tout le monde connaît les limites du bénévolat. Nous avons donc décidé de nous professionnaliser tout en restant une association. Comment ? En fournissant des services professionnels à nos membres et à nos amis.

Dans ce cadre, nous professionnalisons aussi la formation. J'anime des formations depuis une quinzaine d'années. Cette fois, nous montons en gamme en créant une entité baptisée REAGE Academy. Toujours selon le modèle de l'économie sociale et solidaire, elle proposera tout un catalogue de formations à destination de la communauté.

Le troisième axe, très important pour nous, c'est l'écosystème. Le REAGE va inscrire toute sa stratégie et tous ses projets dans un cadre plus large, en travaillant avec l'ensemble de l'écosystème euro-africain. Lors de la soirée du 13 mars, cinq ou six associations partenaires étaient d'ailleurs présentes.

Quelle est notre ambition derrière tout cela ? Elle est de nouer des partenariats avec toutes les associations, européennes comme africaines, qui œuvrent pour une relation fusionnelle entre l'Europe et l'Afrique.

C'est notre conviction. Nous sommes militants du rapprochement entre les deux continents, mais par le biais de l'économie, de l'entrepreneuriat, de la formation, de la culture. Nous ne touchons ni à la politique ni à tout ce qui fâche.

Comment imaginez-vous le REAGE dans vingt ans ?

C'est un peu loin à l'horizon de nos âges, mais on peut se projeter.

Le REAGE sera un véritable levier pour accélérer le rapprochement entre l'Europe et l'Afrique, toujours avec d'autres partenaires. Les associations sont nombreuses : franco-maghrébines, allemandes, sénégalaises… Nous allons nous rapprocher des plus belles d'entre elles, mais aussi des institutions économiques, notamment les chambres de commerce mixtes et les agences de développement présentes dans les principaux pays européens.

Dans vingt ans, le REAGE sera une entité qui compte dans le paysage euro-africain, un instrument à caractère économique. Quand je dis économique, cela signifie que non seulement nous ne faisons pas de politique politicienne mais nous ne prendrons jamais parti. Autrement dit, nous continuerons à nous intéresser à tout ce qui relève de la géostratégie et à ce qui peut influencer les relations économiques entre les deux rives. (TransContinentsAfrica)

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