Le communiqué de la présidence sénégalaise est sobre. Partenariat bilatéral, paix et sécurité, attachement à la Charte des Nations unies. Puis, presque en passant, l'élection du prochain secrétaire général de l'ONU. C'est pourtant sur ce dernier point que l'entretien de mardi, au siège des Nations unies, prend tout son relief. En effet, cette rencontre est intervenue à un moment clé de la course vers le sommet de l'organisme multilatéral de référence des Etats. D'ailleurs, le Conseil de sécurité a tenu le vendredi 18 septembre son troisième scrutin indicatif sur les candidats, selon l'ambassadeur français Jérôme Bonnafont, la France assurant la présidence tournante du Conseil en septembre.
Un scrutin indicatif sous présidence française
Ces votes restent officiellement confidentiels. D'après la campagne « 1 for 8 Billion », Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la CNUCED et ancienne vice-présidente du Costa Rica, est arrivée en tête avec neuf votes favorables, devant la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett, qui en a obtenu huit.
Pour rappel, cinq femmes et trois hommes briguent à ce jour la succession du Portugais, dont le second mandat s'achève le 31 décembre. Parmi eux figurent l'Argentin Rafael Grossi, patron de l'AIEA, la Chilienne Michelle Bachelet et l'ex-président sénégalais Macky Sall. Paris, membre permanent doté du droit de veto, pèsera lourd dans le choix final. Et Dakar, qui a finalement chosi de soutenir Macky Sall, le sait.
Retour sur le genèse de la candidature de Macky Sall… sans le Sénégal
Il convient en effet de revenir à la genèse de la candidature de l'ex-président sénégalais. Le cas Macky Sall est inédit. C'est le Burundi qui a proposé sa candidature le 2 mars 2026 alors que son président, Évariste Ndayishimiye, occupe par ailleurs la présidence en exercice de l'Union africaine.
La réaction de Dakar avait été immédiate. Le ministre des Affaires étrangères, Cheikh Niang, avait affirmé que le gouvernement sénégalais n'avait pas été associé à la démarche, et que la question n'avait été ni discutée officiellement ni endossée lors du sommet de l'Union africaine de février. Le revers continental a suivi. Il s'est matérialisé autour du fait que vingt États membres de l'UA, dont le Sénégal, se sont opposés à cette candidature. Macky Sall avait malgré tout choisi de la maintenir.
Les autorités issues de l'alternance de 2024 reprochaient à l'ancien président la répression meurtrière des manifestations entre 2021 et 2024, ainsi que la dissimulation de données économiques, notamment sur la dette publique. Que Diomaye Faye se soit entretenu avec son homologue burundais juste avant de recevoir Emmanuel Macron n'est sans doute pas un hasard de calendrier.
Une relation Sénégal-France remise à plat
Sur le volet bilatéral, la rencontre s'inscrit dans une séquence de normalisation. En effet, en août 2025, lors de la visite du président Diomaye Faye à Paris, les deux dirigeants avaient engagé une relecture complète de leur coopération, au lendemain, faut-il le rappeler, de la rétrocession en juillet des dernières emprises militaires françaises, dont le Camp Geille.
Plus de six décennies de présence militaire continue ont ainsi pris fin. Les liens économiques, eux, demeurent. La France pèse 12 % des importations sénégalaises et 17 % des investissements étrangers.
Les contacts se sont depuis multipliés. Cheikh Niang a été reçu à Paris en avril, et Diomaye Faye a participé au sommet Africa Forward, coorganisé par la France et le Kenya, les 11 et 12 mai 2026.
Parallèlement, le contexte politique à Dakar a aussi changé. Ousmane Sonko, figure du discours souverainiste à l'égard de Paris, préside désormais l'Assemblée nationale, et la rupture entre les deux anciens alliés est consommée. Le chef de l'État dispose d'une marge de manœuvre plus personnelle sur le dossier français.
L'Afrique et le fauteuil de Guterres
Au-delà du duo Dakar-Paris, l'enjeu de cette rencontre est continental. L'Afrique a donné deux secrétaires généraux à l'ONU : l'Égyptien Boutros Boutros-Ghali, puis le Ghanéen Kofi Annan, dont le second mandat s'est achevé il y a bientôt vingt ans.
La division africaine autour de Macky Sall affaiblit mécaniquement la seule candidature du continent et cela, au moment où l'Amérique latine revendique son tour et où la campagne pour une première femme à la tête de l'organisation gagne du terrain.
Pour Dakar, la ligne est étroite : défendre une diplomatie de souveraineté et de diversification, sans paraître isoler le continent dans la bataille pour le poste le plus symbolique du multilatéralisme. Le choix du futur secrétaire général dira aussi quelle place l'Afrique, du Maghreb au Cap, parvient réellement à occuper dans un système onusien qu'elle réclame depuis longtemps de réformer. (TransContinentsAfrica)
