Certaines expositions se visitent. D'autres se lisent comme des actes. Celle qui a ouvert ses portes le 17 septembre place de Fontenoy relève des deux. Visible jusqu’au 22 septembre, elle a le mérite de grandement des pages importantes de l’Histoire du Continent.
Une bibliothèque devenue parcours
L'exposition puise dans l'Histoire générale de l'Afrique (HGA) lancée par l'UNESCO en 1964, alors que le continent accédait progressivement aux indépendances. L'ambition tenait en une phrase : écrire l'histoire de l'Afrique selon une perspective africaine.
Des centaines d'experts, africains et internationaux, s'y sont employés pendant plus de trente ans. Huit volumes, de la préhistoire à la période postérieure à 1935, ont été achevés dans les années 1990. Le travail, loin d’être un long fleuve tranquille, s’est accompagné de controverses dont le colloque du Caire de 1974 sur le peuplement de l'Égypte ancienne est demeuré l'un des moments les plus vifs.
En 2025, trois volumes, IX, X et XI, sont venus clore l'entreprise. Ils développent le concept d'”Afrique globale”. Concrètement, le continent n'y est plus une périphérie de l'histoire mondiale mais l'un de ses foyers centraux et interconnectés.
Ce que l'on voit dans l’exposition
Le parcours part du berceau africain de l'humanité et rejoint les enjeux contemporains du continent et du monde. Au bout : des images, des cartes, des textes, des photographies, des objets et des archives.
Les diasporas y occupent une place centrale envisagées qu’elles sont comme un continuum.
Le commissaire, l'historien Amzat Boukari-Yabara, parle d'”un panaché” de ce que les sociétés africaines et leurs diasporas ont produit. Le mot dit la modestie de l'exercice : c’est une sélection et pas un inventaire.

L'exposition traduit en récit visuel une matière écrite d'abord pour les chercheurs. Il y a ainsi des cartes, des chronologies, des biographies de figures scientifiques, politiques ou artistiques longtemps absentes des manuels.
Une portée puissante
Et le lieu où se tient cette exposition fait vraiment sens. Le siège parisien de l’Unesco accueille les délégations permanentes des 194 États membres. Du coup, exposer là, c'est s'adresser d'abord à ceux qui votent les résolutions et arbitrent les budgets consacrés au patrimoine.
Un enjeu fort sur l'école
Il convient de rappeler que, dans le cadre de sa Priorité Afrique (2022-2029), l'UNESCO vise à reconstruire la conscience historique en Afrique et dans ses diasporas par l'éducation. À Djibouti, l'HGA sert déjà de cadre structurant à l'enseignement.
Là se joue l'essentiel car une exposition dure une semaine là où un programme scolaire forme des générations.
Lidia Arthur Brito, sous-directrice générale pour la Priorité Afrique, le rappelle : quand d'autres racontent votre histoire, c'est le récit lui-même qui change. Il s'agit aussi de rendre à la jeunesse africaine et afrodescendante une légitime fierté.
Un lien entre Histoire et Paix
Le projet établit en outre un lien explicite entre connaissance de l'histoire et culture de la paix. L'exposition précède de peu la 4e Biennale de Luanda, forum panafricain consacré à cette culture de la paix et de la non-violence.

Reste une réserve, mesurée. Une semaine d'exposition ne fait pas une politique. L'épreuve sera celle de la durée : manuels, formations d'enseignants, diffusion réelle des volumes dans les classes.
Un récit à partager
En 1979, Amadou Mahtar M'Bow, alors directeur général de l'UNESCO, écrivait que le visage de l'Afrique était depuis trop longtemps masqué au monde par les mythes et les préjugés. Le Sénégalais posait ainsi la pierre de touche de l'entreprise.

Quarante-sept ans plus tard, le propos n'a rien perdu de son actualité. Au Sénégal, on dit que la teranga ne s'invente pas : elle se transmet. Il en va de même d'une histoire. On ne peut l'offrir en partage qu'après l'avoir reconquise.
C'est peut-être là que réside la portée de cette exposition. Dans un monde où l'Afrique pèse de plus en plus sur les équilibres démographiques, économiques et diplomatiques, elle rappelle que le continent n'est pas seulement un avenir à investir. C'est aussi un passé fondateur, que l'humanité entière a en partage. (TransContinentsAfrica)
