Paix au Sahel : la BAD et l’ONU parient sur l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes

MOMENT. Du 28 septembre au 3 octobre, le siège de la BAD accueille une semaine régionale où ONU Femmes et l’UNOWAS entendent faire de la résilience économique des femmes et des jeunes un levier de paix durable.

Paix au Sahel : la BAD et l’ONU parient sur l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes

C’est au Plateau, dans l’immeuble CCIA qui abrite le siège de la Banque africaine de développement (BAD), que s’ouvre ce lundi 28 septembre la Semaine régionale de haut niveau sur les femmes, les jeunes, la paix, la sécurité et la résilience économique en Afrique de l’Ouest et au Sahel.

Le fil conducteur tient en une formule : "De la résilience économique à la consolidation durable de la paix et de la sécurité". Autrement dit, pas de paix durable sans revenus, sans emplois et sans perspectives pour celles et ceux qui paient le plus lourd tribut aux crises.

Un groupe de travail à dix-sept pays

L’initiative est portée par le Groupe de travail Femmes, Jeunes, Paix et Sécurité en Afrique de l’Ouest et au Sahel, coordonné conjointement par le Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) et ONU Femmes. Son secrétariat est hébergé à Dakar, dans les locaux de l’UNOWAS.

Sa mission : promouvoir, suivre et évaluer la mise en œuvre des résolutions 1325 et 2250 du Conseil de sécurité. La première, adoptée en 2000, a consacré le rôle des femmes dans la prévention et le règlement des conflits. La seconde a fait de même pour les jeunes, quinze ans plus tard.

Le Groupe est représenté dans 17 pays, du Cabo Verde au Tchad en passant par la Mauritanie, le Nigeria et bien d'autres pays, ainsi qu’au sein de la diaspora en France.

Parallèlement, une géographie qui déborde celle de la Cédéao et qui maintient autour de la table le Mali, le Burkina Faso et le Niger, sortis de l’organisation régionale en janvier 2025 pour former l’Alliance des États du Sahel. Un espace de dialogue qui n’est pas anodin par les temps qui courent.

Un parterre institutionnel de premier rang

La cérémonie d’ouverture est placée sous l’autorité du président Alassane Ouattara ou de son représentant. Y sont attendus Sidi Ould Tah, président du Groupe de la BAD, ou son représentant, et Leonardo Santos Simão, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel.

Prendront également la parole Maxime Houinato, directeur régional d’ONU Femmes pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Ladislas Nze Bekale, représentant résident de l’Union africaine, Idi Ali, secrétaire exécutif adjoint du Conseil de l’Entente, ainsi qu’Hélène N’Garnim-Ganga, coordonnatrice résidente des Nations unies en Côte d’Ivoire.

Une journée pour poser le diagnostic

La première journée se veut analytique. Un premier panel dresse l’état des "crises multiples" qui frappent la région. Des représentants du Mali et du Niger y côtoient le journaliste béninois Arnauld Kassouin, spécialiste des mouvements terroristes au Sahel central.

Suivent un panel sur l’autonomisation économique des femmes comme levier de paix, un dialogue intergénérationnel sur l’emploi des jeunes et la prévention de l’extrémisme violent, puis une session consacrée au numérique et à l’intelligence artificielle comme gisements d’opportunités économiques.

L’Appel d’Abidjan en ligne de mire

Le mardi 29 septembre constitue le temps politique fort. La matinée est consacrée à l’agenda Femmes, paix et sécurité, en présence annoncée de la Première dame de Côte d’Ivoire ou de sa représentante et de la ministre ivoirienne de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Nassénéba Touré.

Le même jour, les participants doivent finaliser et adopter en plénière l’"Appel d’Abidjan" et les "Engagements d’Abidjan". Les textes seront présentés aux officiels et aux médias en fin de journée, avec le lancement d’un Pacte des partenaires pour la résilience économique des femmes et des jeunes.

Entre-temps, un forum dédié au financement de la paix réunit des acteurs de la finance ouest-africaine : Stanislas Zézé (Bloomfield Investment Corporation), le GUDE-PME, NSIA Holding, Ecobank, la BOAD et la BIDC. Les participations de COFINA et du groupe hôtelier AZALAI restent à confirmer. Une banque marocaine figure aussi au programme, signe de l’ancrage croissant du Royaume dans la finance ouest-africaine.

Du plan de travail au laboratoire

Le mercredi 30 septembre est réservé à la réunion annuelle du Groupe de travail. Au menu : le bilan 2025-2026, le renforcement des synergies entre les agendas femmes et jeunes, puis l’adoption du plan de travail régional 2026-2027.

Ce plan s’accompagne d’un mécanisme de suivi des engagements assorti d’indicateurs, de responsabilités, d’un calendrier et d’un rapport annuel. Une manière de répondre au reproche récurrent adressé aux grandes déclarations : l’absence de redevabilité.

Les 1er et 2 octobre, un "Laboratoire de leadership et d’innovation" prend le relais, autour de la médiation, de l’entrepreneuriat pour la paix et de la mobilisation des ressources. Il débouche sur un concours régional : six initiatives à fort potentiel seront distinguées avant la clôture officielle, le vendredi après-midi.

La semaine s’achève le samedi 3 octobre à Yamoussoukro, par une visite de la Fondation pour la paix et d’autres sites, dans la ville natale de Félix Houphouët-Boigny, qui avait fait du dialogue une doctrine.

La leçon : la paix est aussi une affaire de guichet

Vingt-six ans après la résolution 1325, le rendez-vous d’Abidjan traduit un glissement de doctrine. La paix n’y est plus seulement l’affaire des diplomates et des états-majors : elle passe aussi par le crédit aux entrepreneuses, la formation des jeunes et l’accès au financement des PME.

Le pari n’est pas mince, sur fond de crises sécuritaires persistantes au Sahel central et de contraction de l’aide publique au développement. En mettant la BAD, les banques commerciales et les fonds de garantie au cœur du dispositif, Abidjan affiche une conviction : dans une région où la jeunesse est majoritaire, prévenir les conflits, c’est d’abord lui offrir un avenir économique. Reste à savoir si le mécanisme de suivi permettra de juger sur pièces, dès l’an prochain. (TransContinentsAfrica)

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