Langue soninké : l'heure de passer de l'oral à l'écrit

FIL. Le 22 septembre, l'UNESCO a dédié la 3e Journée internationale de la langue soninké à l'écrit et au numérique. Les 26 et 27, Paris accueillait le 2e Salon du monde soninké. Une diaspora ancienne face au défi de la transmission.

Langue soninké : l'heure de passer de l'oral à l'écrit

Mardi dernier, le siège de l'UNESCO, place de Fontenoy à Paris, a vibré au rythme du sooninkanxanne, la langue soninké. De 10 heures à 21 heures, l'organisation onusienne a accueilli la troisième édition de la Journée internationale qui lui est consacrée tous les 22 septembre.  Le thème retenu dit l'ambition du moment : “De l'oral à l'écrit : faire du soninké une langue de production, d'apprentissage et de création au XXIe siècle”. Quatre jours plus tard, les 26 et 27 septembre, la diaspora a pris le relais avec la deuxième édition du Salon du monde soninké, organisée à Paris.

Une reconnaissance internationale récente

C'est en octobre 2023, lors de la 217e session de son Conseil exécutif, que l'UNESCO a institué cette journée, fixée chaque année au 25 septembre. Le soninké est alors devenu la deuxième langue africaine à disposer d'une journée mondiale, après le kiswahili, célébré le 7 juillet depuis 2022.

La première édition s'est tenue à Paris le 25 septembre 2024, placée sous la présidence de la Gambie, à travers sa délégation permanente, et sous le patronage du président Adama Barrow.

En 2025, la deuxième édition avait exploré l'apport des technologies numériques à la sauvegarde et à la promotion de la langue. Elle avait aussi été marquée par le lancement d'un glossaire français–soninké.

Au-delà des symboles, poser des actes 

L'édition 2026 a voulu franchir un cap. Après deux rendez-vous largement consacrés à la reconnaissance institutionnelle, l'UNESCO mettait cette fois l'accent sur des actions concrètes : l'enseignement de la langue, la transmission entre générations et son intégration dans l'environnement numérique. Autour des représentants de l'UNESCO, du Groupe Afrique, des États membres et de l'Association pour la promotion de la langue et de la culture soninké, se sont retrouvés linguistes, enseignants, chercheurs, créateurs de contenus, jeunes et membres des communautés.

Les populations soninké, à cheval sur plusieurs pays, sont parmi les plus anciennes diasporas ouest-africaines en France. 
Les populations soninké, à cheval sur plusieurs pays, sont parmi les plus anciennes diasporas ouest-africaines en France. 

Le programme n'a pas manqué d'audace. Un débat bilingue, alternant strictement soninké et français, a opposé deux équipes autour d'une question volontairement provocante : la langue soninké va-t-elle disparaître ? En soninké : “Sooninkanxannen kalla ya ?”.

Un espace littéraire a présenté des ouvrages sur les pratiques linguistiques, tandis qu'une compétition éducative numérique a illustré le virage technologique revendiqué. La soirée s'est prolongée en gala-concert : chorale en hommage au groupe Touré Kunda, défilé de mode baptisé “Soninké sous toutes ses coutures”, danses et artistes tradi-modernes.

Une langue à cheval sur plusieurs pays 

Un peu d’histoire maintenant. Héritier de l'ancien empire du Ghana, le Wagadou, le peuple soninké essaime aujourd'hui sur plusieurs États d'Afrique de l'Ouest. On compte environ 1,8 million de locuteurs au Mali et autour d'un million au Sénégal, auxquels s'ajoutent ceux de Mauritanie, de Gambie et de Guinée.

En Mauritanie, la Constitution reconnaît le soninké parmi les langues nationales. De fait, à l'initiative de l'association Wagadou Sani et du ministère de la Culture, la journée a été célébrée à Zouérate le 25 septembre, avec une marche dans l'artère principale de la ville, puis à Nouakchott, au Musée national. Le secrétaire général de ce ministère, Sidi Mohamed Khatri Jiddou, y a fait valoir que célébrer le soninké revenait à célébrer une Mauritanie plurielle, appelée à faire de sa diversité une force.

Au Sénégal, la revendication porte depuis plusieurs années sur l'école. Dès 2024, à Bokidiawé, dans la région de Matam, des responsables communautaires plaidaient pour l'introduction du soninké dans le cycle primaire.

En Île-de-France, Montreuil, ville où la présence soninké est particulièrement forte, a organisé sa propre Semaine de la langue soninké. Des contes et comptines pour enfants accompagnés à la kora ont été proposés le 23 septembre, puis une conférence-débat organisée le 25. 

C'est dans ce prolongement que s'est inscrit le Salon du monde soninké, placé sous le signe du thème “Transmission & Engagement”.

Le Salon, une vitrine importante pour transmettre

Porté notamment par le Conseil national des Soninkés de France, il s'adresse à l'une des plus anciennes diasporas subsahariennes de l'Hexagone. Le soninké y est la langue la plus représentée parmi les communautés ouest-africaines.

Mams Yaffa, co-organisateur, était venu présenter l'événement sur le plateau du journal Afrique de France 24 à la veille de son ouverture. Et d’expliquer combien le salon avait voulu embrasser toutes les facettes de cette diaspora : culture, engagement citoyen et politique, vie associative, entrepreneuriat, sport, littérature, cinéma et création artistique.

Au menu, il y a eu une table ronde “sport & business” sur l'entrepreneuriat, une réflexion sur les enjeux des grands événements sportifs, un temps consacré au monde de l'édition et à la valorisation des récits, la projection d'un long métrage, avant une clôture confiée à la formation Les Paroliers.

Tout au long du week-end, l'espace s’est aussi voulu un lieu de rencontres et de networking. Il a mis en lumière les initiatives qui font vivre la culture soninké de part et d'autre de la Méditerranée.

Au-delà de la célébration, qu’en est-il ?

Ce double rendez-vous de septembre éclaire une dynamique plus large. Longtemps cantonnées à l'oralité et à la sphère familiale, les grandes langues africaines transfrontalières cherchent désormais leur place à l'école, dans l'édition et sur les écrans.

La reconnaissance onusienne a ouvert une porte. Mais la question posée dans l'enceinte même de l'UNESCO, celle de la disparition possible du soninké, rappelle que le symbole ne suffit pas : sans politiques éducatives dans les pays d'origine ni outils numériques adaptés, la transmission sera de plus en plus fragile.

En faisant de Paris l'une des capitales de cette affirmation, la diaspora soninké confirme un mouvement de fond : les communautés installées hors du continent deviennent des acteurs à part entière de la vitalité culturelle africaine. Reste à savoir si cet élan saura irriguer les salles de classe de Kayes, de Bakel ou de Sélibaby. (TransContinentsAfrica)

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