Il y a des soirées qui disent mieux qu’un communiqué l’ambition d’un pays. Celle du mercredi 30 septembre 2026, place de Fontenoy, à Paris, en fait partie. À l’initiative de sa Délégation permanente auprès de l’Unesco, le Sénégal y a présenté les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, en partenariat avec la Grèce et l’organisation onusienne elle-même.
Le thème retenu fixait le cap : “L’Unesco au cœur des JOJ Dakar 2026 : quel rôle pour la jeunesse dans la construction d’une paix durable ?”. Ambassadeurs, membres de la diaspora, jeunes sportifs et créateurs ont répondu présents. Avec, en toile de fond, la devise des Jeux : “L’Afrique accueille, Dakar célèbre”.
Un premier rendez-vous olympique sur le continent
Attribués à Dakar lors de la 133e session du Comité international olympique (CIO), à Buenos Aires en 2018, ces Jeux devaient initialement se tenir en 2022. La pandémie de Covid-19 a contraint le CIO et le Sénégal à les repousser de quatre ans. Ils se dérouleront finalement du 31 octobre au 13 novembre 2026, entre Dakar, Diamniadio et Saly.
Quelque 2 700 athlètes de 17 ans au plus y sont attendus, avec une stricte parité entre filles et garçons. Jamais un événement olympique ne s’était encore tenu en terre africaine. L’enjeu dépasse donc la seule compétition.
Les champions d’hier sur les murs
Avant les discours, le public a parcouru un “mur des fiertés sportives”. Une galerie de portraits consacrée aux grandes figures du sport africain.
On y a fait figurer la Tunisienne Habiba Ghribi, sacrée sur le 3 000 mètres steeple des Jeux de Londres 2012, et la Zimbabwéenne Kirsty Coventry, double championne olympique de natation. Et ce dernier choix ne doit rien au hasard. En effet, depuis juin 2025, Kirsty Coventry préside le CIO. Elle est ainsi devenue la première femme et la première Africaine à occuper cette fonction.
La sprinteuse gambienne Gina Mariam Bass Bittaye a également figuré aussi parmi les athlètes mis à l’honneur. Le Maghreb, l’Afrique australe et l’Afrique de l’Ouest se sont ainsi retrouvés sur un même mur.
Une fresque dédiée aux JOJ, œuvre de la plasticienne sénégalaise Fatou Kiné Diakhaté, et un Salon des auteurs ouvert aux plumes malgaches, sénégalaises et camerounaises, ont complété le parcours.
Un fil continu d'Olympie à Dakar
Le directeur général de l’Unesco, Khaled El-Enany, a ouvert la partie officielle. Son message a tourné autour du sport comme école de vie et comme passerelle entre les peuples. Le délégué permanent de la Grèce, Georgios Koumoutsakos, a relié la Grèce antique, berceau de l’olympisme, à cette première édition africaine. Il a notamment cité "Fit for Life", le programme de l’Unesco en faveur d’un sport plus inclusif, plus équitable et plus sûr.
La ministre sénégalaise de la Jeunesse et des Sports, Djirèye Clotilde Coly, a élargi la perspective. Pour elle, ces Jeux portent des valeurs de paix, de respect et de solidarité, d’autant plus fortes qu’ils se tiennent sur le continent le plus jeune du monde. Elle a conclu d’un “Jërëjëf”, merci en wolof. Une manière de rappeler que la Teranga, l’hospitalité sénégalaise, sera la carte de visite de Dakar 2026. C’est d’ailleurs le titre de la chanson officielle des Jeux.
En musique, du mbalax à “Tajabone”
Cela dit, après l’hymne olympique et un panel donnant la parole à de jeunes athlètes, la soirée a changé de registre.
Assane Pène, fils du célébrissime Oumar Pène, chanteur légendaire du Super Diamono, accompagné d’un danseur de mbalax, a fait lever la salle. Le rythme roi des nuits dakaroises s’est invité sous les plafonds de l’Unesco.
Puis vint Ismaël Lô. L’ancien du Super Diamono, qui a depuis fait une carrière solo remarquable et que la presse internationale a longtemps surnommé le “Bob Dylan africain”, a refermé la manifestation. Il a notamment interprété “Tajabone”, que le cinéaste Pedro Almodóvar avait fait découvrir au monde entier dans “Tout sur ma mère” en 1999, ainsi que “La femme sans haine”.
À travers une voix, une guitare, un harmonica, la salle a, le temps de quelques minutes, semblé déjà être à Dakar.
La diplomatie du stade
Au-delà de l’émotion, la soirée parisienne a permis de réaliser qu’un message est en train de se construire autour de la place nouvelle de l’Afrique dans la géographie du sport mondial. Après la Coupe du monde de football en Afrique du Sud en 2010, la CAN 2025 au Maroc et dans l’attente du Mondial 2030 co-organisé par le royaume chérifien à côté de l’Espagne et du Portugal, Dakar 2026 ouvre au continent les portes de l’univers olympique.
Le Sénégal le sait : ces Jeux seront jugés autant sur l’organisation que sur l’héritage. Sur les infrastructures aussi, l’image et la capacité aussi à mobiliser une jeunesse qui forme l’essentiel de sa population. En choisissant l’Unesco pour lancer le dernier mois du compte à rebours, Dakar a voulu inscrire l’événement dans un récit plus vaste, celui d’un continent qui ne se contente plus d’envoyer ses talents briller ailleurs, mais entend désormais les accueillir chez lui. Plus que jamais, l’Afrique va accueillir et Dakar va célébrer. (TransContinentsAfrica)
