Fespaco 2027 : le cinéma togolais au service de la diplomatie sahélienne

ANALYSE. Ouagadougou a choisi Lomé comme invité d'honneur de la 30e édition du festival. Un coup de projecteur pour un cinéma encore en chantier, et un signal politique fort entre le Togo et l'AES.

Fespaco 2027 : le cinéma togolais au service de la diplomatie sahélienne

L'annonce est tombée à l'issue du Conseil des ministres burkinabè du 24 septembre 2026. Le Togo sera le pays invité d'honneur de la 30e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), du 20 au 27 mars 2027.

Thème retenu : “Cinéma d'Afrique et développement endogène”. Officiellement, il s'agit de renforcer les liens entre les peuples burkinabè et togolais et de favoriser les échanges entre professionnels.

Un cinéma encore en chantier

Pour le septième art togolais, l'invitation arrive à point nommé. Le cadre institutionnel existe : un code du cinéma et de l'image animée adopté en 2021, puis un Centre national du cinéma (CNCIA) et un fonds de soutien, le FoNSICA, créés en 2022.

Un plan stratégique 2025-2029 a suivi. Il ambitionne de faire du cinéma un secteur stratégique, appuyé sur des infrastructures adaptées.

Reste l'argent. En juin 2026, un atelier validait encore les arrêtés interministériels censés rendre le FoNSICA pleinement opérationnel. Quatre ans après sa création, le fonds tant attendu par les professionnels n'a donc pas démarré. À six mois de Ouagadougou, Lomé devra montrer que ses réformes produisent des films.

Un signal politique à prendre en compte

Cela dit, le choix de Ouagadougou dépasse la culture. Le Burkina Faso, avec le Mali et le Niger, forme l'Alliance des États du Sahel (AES), qui a quitté la Cédéao en janvier 2025. 

Le Togo, lui, reste membre de l'organisation ouest-africaine. Il se trouve que Lomé cultive depuis des années une ligne singulière. En janvier 2025, le ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, jugeait “pas impossible” une adhésion à l'AES. En avril 2026, Lomé réunissait les chefs de la diplomatie des trois pays sahéliens et des représentants de la Cédéao.

Le 23 septembre, à New York, Robert Dussey a encore qualifié l'AES de “digue sécuritaire” protégeant les pays côtiers. Il y a aussi l'économie : le port de Lomé est un débouché vital pour ces pays enclavés.

Cette proximité ne fait pas l'unanimité. Au Togo, des universitaires ont mis en garde contre une adhésion jugée plus coûteuse que profitable. Mais le calcul régional est clair : le Niger importe déjà via Lomé, au détriment de Cotonou, sa frontière avec le Bénin restant fermée.

Né en 1969, le Fespaco a toujours été un baromètre des solidarités africaines. En 2027, il pourrait mesurer autre chose : la capacité du Togo à tenir sa position d'équilibre, entre la Cédéao et une AES qui fait de la culture un instrument de souveraineté. (TransContinentsAfrica)

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