Dakar-Gorée : cette course gagnée 5 fois consécutivement par Ousseynou Diop

HISTOIRE Quarante ans après la première traversée, Ousseynou Diop a remporté le 27 septembre sa cinquième Dakar-Gorée d'affilée. Le nageur de l'ASFA s'inscrit dans une histoire faite de pionniers, de records et de légendes.

Dakar-Gorée : cette course gagnée 5 fois consécutivement par Ousseynou Diop

Cinq départs, cinq victoires. Dimanche 27 septembre, Ousseynou Diop a de nouveau été le premier à rallier Gorée à la nage et ce, au terme des 5,2 kilomètres de la course professionnelle masculine. Le nageur de l'Association sportive des forces armées (ASFA) remporte ainsi la 37e édition de la Traversée Dakar-Gorée, une course organisée par la Fédération sénégalaise de natation et de sauvetage. Et Ousseynou Diop signe ainsi sa cinquième victoire consécutive.

Cinq éditions, un seul nom

Déjà lauréat des quatre éditions précédentes, Ousseynou Diop a fait de cette traversée son territoire. Chaque année, les concurrents changent. Le vainqueur, lui, reste le même. Une telle série est rare en nage en eau libre où les courants, la houle et la température de l'eau rebattent les cartes d'une édition à l'autre.

Victorieux cinq fois de suite de la Traversée Dakar-Gorée, Ousseynou Diop savoure son trophée. Il est aujourd'hui le recordman des Traversées derrière le légendaire Samba Ndoye qui, comme lui, étaie t sociétaire de l'Association sportive des Forces armées (ASFA).
Victorieux cinq fois de suite de la Traversée Dakar-Gorée, Ousseynou Diop savoure son trophée. Il est aujourd'hui le recordman des Traversées derrière le légendaire Samba Ndoye qui, comme lui, étaie t sociétaire de l'Association sportive des Forces armées (ASFA).

Au palmarès, Malick Fall avait aligné quatre succès de suite entre 1999 et 2002. Ousseynou Diop va désormais plus loin. Un sommet reste toutefois à atteindre. Le record de victoires appartient à Samba Ndoye. Huit fois vainqueur, celui-ci a disputé 35 éditions de la traversée. Une sacrée performance ! Pour le moment, il manque trois succès au nageur de l'ASFA pour l'égaler.

La main de la marque ASFA sur la course

Le succès d'Ousseynou Diop est aussi celui de son club. Cette année, le podium masculin a été entièrement occupé par des nageurs de l'ASFA : Moussa Guèye a pris la deuxième place, et Adama Thiaw Ndir la troisième.

La domination du club militaire ne date pas d'hier. Samba Ndoye lui-même portait ses couleurs lors de ses victoires, à partir de 1987. Mangoné Samba a ensuite pris le relais au sein de la même formation. Il a été vainqueur en 1996, 2004 et 2007. Pour ainsi dire, Ousseynou Diop prolonge tout simplement une filiation.

Là où tout a commencé : : une fête de la Saint-Charles

L'histoire commence sur l'île. L'idée de la traversée est venue d'un groupe de jeunes nageurs, goréens pour la plupart, qui voulaient célébrer la Saint-Charles. Pour fêter le saint patron de Gorée, ils se sont en se lancés un défi, celui de relier Dakar et Gorée à la nage. 

Parmi eux, il y avait Samba Ndoye, Ibra Kare, Hachim Badji, Mbaye Ndiaye, Mohamed Diop et Karim Thioune. Tous deviendront des figures du sport sénégalais.

La première édition officielle s'est tenue le dimanche 15 octobre 1985 dans le cadre de l'Année internationale de la jeunesse. Une trentaine de nageurs sont alors au départ pour couvrir une distance de 3 500 mètres.

De la cale du ferry à la plage de la Voile d'Or

À l'époque, le départ était donné en mer, à la sortie de la rade du Port autonome de Dakar. Les nageurs plongeaient directement de la cale de la chaloupe de la liaison Dakar-Gorée. Le bateau, chargé de supporters, les escortait jusqu'à l'île.

Au fil des ans, le point de départ a changé portant parfois la distance jusqu'à 7 kilomètres. Il est aujourd'hui fixé sur la plage de la Voile d'Or, face à Gorée, et l'épreuve se court traditionnellement le dernier dimanche de septembre.

Le palmarès garde aussi la trace de silences : aucune édition n'y figure entre 1990 et 1992. D'où l'écart entre les 37 éditions disputées et les quarante et une années écoulées depuis 1985.

Une course mais aussi des récits légendaires 

Autour de la course, les récits se sont accumulés. Le plus lourd de sens renvoie à la mémoire de l'île. Des captifs de Gorée, dit-on, auraient tenté de fuir à la nage vers le continent, parfois enchaînés. Du coup, la traversée est souvent présentée comme un hommage à ces évasions.

D'autres histoires sont moins tristes et font même sourire. Samba Ndoye raconte que son entraîneur, Cheikh Sidate Niane, répétait qu'il était seul à pouvoir gagner. Le nageur assure même que la compétition serait restée trois ans sans être organisée parce qu'il était trop bien préparé. Cela relève de la légende et tout de l'aura du champion que Samba Ndoye a été.

Il y a enfin la fraternité des pionniers. Samba Ndoye a donné à l'un de ses fils le nom de Mohamed Diop, son rival et vainqueur de 1986. Ce dernier a présidé la fédération sénégalaise de 2001 à 2020 avant de prendre la tête de la Confédération africaine de natation. Hachim Badji, premier lauréat, a lui poursuivi sa route au Canada, à Montréal.

Les compétiteurs sont passés d'une trentaine à plus d'un millier

Quarante ans plus tard, l'échelle de la course n'est plus la même. Environ 200 nageurs se sont alignés dans la course professionnelle. Les amateurs ont parcouru 4,5 kilomètres, avec plus de 900 participants annoncés. Chez les femmes, Aïcha Diop, de l'Atlantique Olympique Club (AOC), s'est imposée devant sa coéquipière Fatou Sèye et Ngoné Diop, de l'Olympique de Ngor.

La fête entre copains goréens est devenue une fête de la mer, ouverte à tous. L'art de l'accueil et du partage à la sénégalaise s'y exprime aussi : nageurs de club, familles, collègues et étrangers se retrouvent sur le même plan d'eau.

Une question de la relève est posée : qui après Diop ?

Présente sur la compétition, la ministre de la Jeunesse et des Sports, Djireye Clotilde Coly, a plaidé pour un renforcement de la pratique de la natation, notamment en milieu scolaire, ainsi que pour la détection et l'accompagnement des jeunes nageurs. Le message résonne avec la série en cours d'Ousseynou Diop. Une domination aussi nette dit la valeur du champion mais elle dit aussi l'étroitesse du vivier qui le défie.

Les pionniers de 1985 nageaient sans infrastructures, portés par la mer et l'amitié. Quarante ans après, Ousseynou Diop marche dans leur sillage, à trois victoires du record. Sa quête donnera du relief aux prochaines éditions. Mais l'avenir de la Traversée, et de la natation sénégalaise, se jouera surtout dans la capacité à faire naître ceux qui viendront un jour le détrôner. (TransContinentsAfrica)

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