Quarante-huit heures. C'est la durée de la première visite de Romuald Wadagni en France depuis son investiture à la tête du Bénin, le 24 mai 2026. Arrivé à Paris dans la soirée du dimanche 4 octobre, le chef de l'État béninois a été reçu le lendemain matin à l'Élysée par Emmanuel Macron. Un tête-à-tête, puis une réunion bilatérale consacrée aux dossiers d'intérêt commun. Le déplacement, annoncé de longue date, s'était fait attendre. Il n'en a été que plus scruté.
Une moisson financière chiffrée
Le résultat le plus tangible tient en un chiffre : 65,5 milliards de FCFA, soit près de 100 millions d'euros, mobilisés en une matinée.
Pendant que les deux présidents s'entretenaient, Hugues Oscar Lokossou, ministre délégué chargé de la Mobilisation des ressources extérieures et de la Gestion de la dette, paraphait trois textes. Deux conventions de financement avec l'Agence française de développement (AFD), pour 61,9 milliards de FCFA. Et une lettre de mandat avec Bpifrance, pour 3,54 milliards de FCFA.
L'électricité se taille la part du lion. 52,1 milliards de FCFA iront à l'extension du réseau de distribution de la Société béninoise d'énergie électrique (SBEE). L'enveloppe combine un prêt de l'AFD de 32,8 milliards et un don de l'Union européenne de 19,3 milliards. L'objectif affiché : plus de 120 000 nouveaux branchements, répartis dans 750 localités.
L'agriculture reçoit 9,8 milliards de FCFA. Sur ce montant, 6,6 milliards sont fléchés vers la filière piscicole, dans dix communes de l'Alibori, de l'Atacora et de la Donga. Trois départements du Nord, là où se concentrent à la fois les défis de développement et les fragilités sécuritaires du pays.
Reste le volet le plus singulier. Avec Bpifrance et le laboratoire d'hématologie médico-légale de Bordeaux, Cotonou va se doter d'un laboratoire national d'expertise ADN. Le texte prévoit un transfert de compétences. Une brique de souveraineté, en somme, dans un domaine régalien.
La forme compte autant que le fond
Le symbole le plus fort s'est pourtant joué la veille. Invité d'honneur du dîner de l'Africa-France Impact Coalition (AFIC), donné à l'Élysée, Romuald Wadagni a pris la parole juste après Emmanuel Macron, devant un parterre de dirigeants et d'investisseurs. Le président français a, de son côté, choisi ses mots. Sur le réseau X, il a salué une relation d'amitié, de confiance et d'ambition, qu'il a qualifiée de "relation d'égaux".
Le calendrier, enfin, n'est pas anodin. Avant Paris, le nouveau président béninois a réservé ses premiers déplacements à plusieurs capitales africaines. La France n'arrive qu'ensuite, en ouverture d'une séquence européenne. Le message est limpide : Cotonou hiérarchise ses partenariats. Et entend le faire savoir.
Wadagni, technocrate devenu chef d'État
Ce registre colle au profil du personnage. Ancien associé de Deloitte, passé par Paris, Lyon, Boston, New York et Lubumbashi, Romuald Wadagni a tenu les Finances du Bénin dès avril 2016, sous Patrice Talon. Dix ans durant, il a piloté les réformes économiques du régime et multiplié les tournées auprès des investisseurs. À Paris, il a rejoué une partition qu'il connaît : celle de l'argentier qui vend une trajectoire, chiffres à l'appui.
Sa délégation, resserrée, a d'ailleurs porté ce récit sur plusieurs scènes, de l'Élysée à la tribune de Sciences Po : celui d'un pays qui passe de la vision à l'exécution.
Ce que la communication ne dit pas
Les montants rendus publics proviennent pour l'essentiel de la présidence béninoise. Leur décaissement effectif reste à suivre. Une partie de l'enveloppe électrique est un prêt. Elle s'ajoutera à l'encours de la dette extérieure, dont la gestion relève précisément du ministre signataire.
Quant à la sécurité, enjeu majeur pour un pays dont le Nord est exposé à la pression des groupes armés venus du Sahel, elle est absente des comptes rendus officiels. Rien n'indique qu'elle n'ait pas été abordée en tête-à-tête. Mais elle n'a pas été mise en scène.
Une relation recomposée
La visite s'inscrit dans une histoire récente dense. En novembre 2021, Paris restituait au Bénin 26 trésors royaux d'Abomey, pillés en 1892. En juillet 2022, Emmanuel Macron se rendait à Cotonou. Elle intervient aussi quelques mois après le sommet Africa Forward, présenté par l'Élysée comme le renouvellement du partenariat entre la France et le continent.
Car le contexte a changé. Au Sahel, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont rompu avec Paris et cherché d'autres parrains. La France, privée de ses relais militaires, réinvestit son influence par l'économie, la finance du développement et la mémoire.
Dans cette recomposition, le Bénin de Romuald Wadagni joue une carte de pragmatisme : ni rupture, ni allégeance. Un État côtier, ouvert et courtisé, qui monnaie sa stabilité et sa crédibilité financière auprès de tous les partenaires, Paris compris.
Reste à savoir si cette diplomatie de l'exécution produira, sur le terrain, les branchements, les étangs piscicoles et les expertises promis. C'est à cette aune, plus qu'aux poignées de main sur le perron de l'Élysée, que se mesurera le succès de la visite. (TransContinentsAfrica)
