Le scénario était écrit d'avance. Le 5 octobre, la Chambre des représentants du peuple a reconduit Abiy Ahmed à l'unanimité. Seul candidat, il s'appuie sur un Parti de la Prospérité qui contrôle environ 90 % des sièges issus des législatives du 1er juin. Il a prêté serment pour cinq ans.
La légitimité institutionnelle ne dit pourtant rien de la stabilité réelle. Les Fano amhara et l'Armée de libération oromo (OLA) ont rejeté le scrutin et ses résultats.
Une coalition contre nature, mais une menace réelle
Le 20 septembre, sept mouvements armés ont annoncé l'Alliance des forces populaires éthiopiennes pour la survie. Autour du TPLF, des Fano et de l'OLA, elle agrège des groupes des régions somali, afar et Benishangul-Gumuz. Objectif affiché : renverser le pouvoir et installer une transition.
L'attelage surprend. Les Fano ont combattu aux côtés de l'armée fédérale contre le TPLF pendant la guerre de 2020-2022, qui a fait plusieurs centaines de milliers de morts. Les deux camps se disputent toujours le Tigré occidental. Côté oromo, la participation de l'OLA divise les élites.
Sur le terrain, les armes ont parlé. Fin septembre, les combats ont repris au Tigré. Le 3 octobre, l'armée fédérale a repris Mekele après le retrait du TPLF, qui promet désormais une guérilla. L'accord de Pretoria de novembre 2022 n'a jamais été pleinement appliqué.
Une dimension régionale explosive
Addis-Abeba accuse l'Érythrée, l'Égypte et le Soudan de soutenir les rebelles, ce qu'ils démentent. Les relations diplomatiques avec Asmara sont rompues. Abiy réaffirme le besoin d'un accès à la mer Rouge, « par des moyens pacifiques », mais l'Érythrée redoute pour son port d'Assab. Avec Le Caire, le contentieux du Grand barrage de la Renaissance, inauguré en septembre 2025, reste entier.
Des chantiers adossés à une paix fragile
Paradoxe : jamais l'Éthiopie n'a autant investi dans l'avenir. En janvier, Abiy a lancé l'aéroport de Bishoftu, chiffré à 12,5 milliards de dollars, pour 110 millions de passagers par an à terme. Ethiopian Airlines en finance 30 %, la Banque africaine de développement pilote le tour de table du reste.
Le cadre macroéconomique s'est assaini. Le FMI a validé en juillet la cinquième revue de son programme de 3,4 milliards de dollars. Un accord de principe a été trouvé le 28 juin avec les porteurs de l'eurobond d'un milliard, en défaut depuis décembre 2023. La croissance reste parmi les plus fortes du continent.
Mais le FMI a déjà avancé quelque 200 millions de dollars pour amortir les effets immédiats de la guerre. Et même Bishoftu touche la question oromo : le Front de libération oromo dénonce des déplacements forcés de paysans.
Quid de l’évaluation du risque-pays ?
À court terme, le risque sécuritaire est élevé, sans effondrement de l'État en vue : l'armée fédérale garde l'avantage et la coalition reste fragile. À moyen terme, le danger est celui d'un centre fort entouré d'une périphérie en armes.
Pour l'investisseur, le risque se déplace. Il pèse moins sur la solvabilité, que la restructuration de la dette améliorée, que sur la sécurité des sites, des corridors vers Djibouti et sur l'arbitrage budgétaire entre guerre et développement.
Pays de 130 millions d'habitants, siège de l'Union africaine, l'Éthiopie est le pivot d'une Corne de l'Afrique où le Soudan brûle et où la mer Rouge aiguise les rivalités du Golfe, de la Turquie et de l'Égypte. La vraie question n'est pas de savoir si Abiy Ahmed tiendra, mais si l'État fédéral saura produire de l'inclusion politique. Sans elle, chaque grand chantier restera adossé à une paix provisoire. (TransContinentsAfrica)
