L’histoire fait de drôles de clins d’oeil. C’est ce qu’illustre le chemin de Zohran Mamdani. Alors qu’il apparaît aujourd’hui comme un opposant déterminé de Donald Trump dont la volonté de concentrer le maximum de pouvoirs sous son influence n’est plus un secret, celui qui a quitté l’Ouganda à l’âge de 7 ans n’en a pas moins gardé un intérêt pour son pays natal.
Un lien fort maintenu avec l’Afrique
L’illustration en est le message personnel, rappelé par Radio France Internationale, qu’il avait publié le 14 janvier 2021 à l’occasion des élections générales où l’opposant emblématique qu’est l’artiste Bobi Wine affrontait le vieux dictateur Yoweri Museveni. On se rappelle des tensions, heurts, menaces et emprisonnements qui ont accompagné cette séquence politique de l’Ouganda.
Soutien de Bobi Wine, Zohran Mamdani avait qualifié le président ougandais de “méchant de l’histoire”. La preuve que bien que devenu citoyen américain en 2018, il a gardé un intérêt vif pour les affaires de son pays natal. Un symbole par ailleurs d’une certaine jeunesse africaine engagée politiquement que le parcours de Mamdani ne manquera pas d’inspirer, notamment en Ouganda où la présidentielle est programmée en 2026.
Sans doute, son environnement familial a-t-il joué. Il est en effet le fils du célèbre universitaire Mahmood Mamdani considéré comme une figure majeure de la décentralisation en Ouganda, et de la réalisatrice indienne Mira Nair, Caméra d’or au Festival de Cannes en 1998.
Quoiqu’il en soit, ses liens avec l’Afrique ont d’ailleurs été attaqués pendant la campagne pour la mairie de New York, ce qui a conduit le gouvernement ougandais à réagir de manière tout à fait officielle dénonçant la stigmatisation dont l’Ouganda faisait ainsi l’objet et appelant à un dialogue respectueux, au moment où le pays se prépare à de joutes électorales l’année prochaine.
Au moment où les rapports internationaux sont bouleversés par d’interminables soubresauts géopolitiques, son parcours pourrait inspirer une certaine gauche radicale africaine voyant en lui un symbole d’une solidarité renouvelée entre l’Afrique, les États-Unis et le Sud Global.
En attendant, le jeune représentant de la gauche du Parti démocrate et opposant assumé à Donald Trump, peut savourer d’avoir été élu maire de New York, dans la nuit du mardi 4 au mercredi 5 novembre.
Le chemin vers la mairie de New York
Âgé de 34 ans, il a devancé l’ancien gouverneur de l’État, le centriste Andrew Cuomo, et le républicain Curtis Sliwa, dès les premiers décomptes de voix.
Avant la fermeture des bureaux de vote mardi à 21 heures, plus de deux millions d’électeurs s’étaient rendus aux urnes, soit la participation la plus élevée depuis de nombreuses années.
Il faut dire que Zohran Mamdani avait déjà créé la sensation en juin, à la suite de sa victoire surprise à la primaire démocrate. Ce membre du mouvement des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) a fait de la lutte contre la cherté de la vie l’alpha et l’omega de sa campagne.
Dans son discours de victoire, Zohran Mamdani a dit que son élection représentait la victoire de “l’espoir sur la tyrannie”, montrant ”à une nation trahie par Donald Trump comment le vaincre”. “En cette période d’obscurité politique, New York sera la lumière”, a-t-il lancé à ses supporters venus l’acclamer.
Très contrarié par cette victoire d’un musulman, immigré et qu’il considère comme “un communiste”, le président américain, Donald Trump a réagi en disant que “(son) absence sur les bulletins de vote et la paralysie budgétaire sont les deux raisons pour lesquelles les républicains ont perdu les élections”.
Au-delà de l’opposition idéologique, cette confrontation est aussi symbolique d’une polarisation qui s’enracine aux Etats-Unis mais qui ne manquera pas de continuer à avoir des répercussions sur le reste du monde. (TransContinentsAfrica)
