Il y a d’abord eu le Gèlèdè et ensuite la Maïeutique (connaissances, savoir-faire et pratiques) pour assurer la présence culturelle du Togo dans la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco. Et ce 11 décembre, la cérémonie de l’Ekpessosso les a rejoints.
Ce qu’est l’Ekpessosso
Epé-Ekpé (la prise de la pierre sacrée), point culminant de la fête du Epkessosso, est à la fois une philosophie cosmologique et une expression topique de l’identité collective du peuple Guen. De cette philosophie découlent les principes constitutifs de l’homme, le couple suprême des dieux, Mawu (le féminin, l’orient, la lune) et Lissa (le masculin, l’occident, le soleil). Une insistance plus grande est accordée aux dieux, à la fois, forces et êtres, qui maintiennent la tradition et l’ordre cosmique. L’enseignement philosophique d’Ekpé se résume à la pratique de la solidarité. Une très ancienne tradition fait remonter les Guen (Guin) en Egypte pharaonique. Les éléments noirs animistes auraient émigré vers le sud, en passant par le Soudan et le Niger, pour aboutir à Accra (Ghana). Ils y fondèrent un grand et puissant royaume au 3ème siècle. Mais en 1600, pour fuir le long conflit qui oppose les Guen aux clans Ashanti Baoulé, une partie des princes du royaume quittent Accra en pleine nuit.
Le chemin vers la liste du patrimoine immatériel
Cette inscription est intervenue en présence d’une forte délégation du Togo conduite par le directeur de cabinet du ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Kpaye Bakayota. Composée d’officiels, de professionnels du patrimoine et de représentants de la communauté porteuse dudit projet, elle a été témoin de l’annonce faite ce 11 décembre à New Delhi en Inde, lors de la 20ᵉ session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, du moment phare de l’inscription.
Comment en est-on arrivé à cette consécration ?
C’est l’académie du Guingbé et des savoirs endogènes guin et mina qui a pris l’initiative de l’inscription. Cette association a été accompagnée techniquement par la direction du patrimoine culturel pour le montage du dossier afin que ce dernier puisse remplir les cinq critères de sélection. Une fois le dossier monté, il a été soumis en février 2024 par la direction du patrimoine culturel au secrétariat de la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.
Après étude du dossier et son évaluation de décembre 2024 à octobre 2025, le secrétariat a fait le point des dossiers qui seront inscrits lors de la 20ᵉ session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel à New Delhi en Inde, dont ledit dossier du Togo.
Le sens de cette inscription
L’inscription de “La prise de la pierre sacrée ou les rites du nouvel an en pays guin au Togo” sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO signifie que l’élément culturel, qui appartenait à la communauté guin, rentre dans le patrimoine commun de l’humanité. Il va contribuer à assurer la visibilité et la prise de conscience de l’importance pour le dialogue entre les peuples dans le respect de la diversité culturelle. Représentatif de toute l’aire culturelle guin, Ekpesoso n’est qu’une étape dans le processus rituel d’entrée dans la nouvelle année guen, Epé Ekpé.
La portée de cette inscription
Concrètement, par cette inscription, la sauvegarde de l’élément n’est plus du seul ressort de la communauté guin, mais devient nationale et internationale avec le regard dévoué de l’UNESCO. Ainsi la communauté peut compter sur des partenaires extérieurs pour assurer la sauvegarde, la conservation, la valorisation et la transmission de cet élément aux jeunes générations. Conséquence : sa durée de vie est étendue alimentant la fierté locale, nationale et régionale ou africaine car l’Afrique est sous-représentée sur cette liste.
L’inscription accorde plus de visibilité à l’élément et stimule les perspectives de projets de développement et le tourisme. Les défis de l’après-inscription sont, entre autres, l’élaboration d’un plan de sauvegarde de l’élément ; l’intégration du bien inscrit dans les documents de développement local et national ; son appropriation collective par tout le peuple guin et la participation effective et active au rapport périodique du patrimoine culturel immatériel tous les quatre ans. (TransContinentsAfrica)
* Agence togolaise de presse
