Tidjane Thiam désormais exclusivement ivoirien

TOURNANT. Pour briguer la présidence de la Côte d'Ivoire, l’ex-banquier a renoncé à la nationalité française. Les obstacles n'en sont pas pour autant levés sur son chemin.

Tidjane Thiam désormais exclusivement ivoirien

C’est désormais officiel. L'ancien patron de Credit suisse n’est plus français. Un décret du Journal Officiel de la République française l’a confirmé hier actant la renonciation de Tidjane Thiam à la nationalité française. 

Sur les starting-blocks

Élu chef du parti d'opposition PDCI (Parti Démocratique de Côte d'Ivoire) en 2023, Tidjane Thiam devrait être l'un des principaux candidats à l'élection d'octobre, bien que le président sortant Alassane Ouattara, âgé de 83 ans, n'ait pas encore dit s'il se représenterait. L'ex-banquier a en effet annoncé sa candidature à la présidence le mois dernier.  Agé de 62 ans, il a été ministre en Côte d'Ivoire jusqu'à l'éviction de l'ancien président Henri Konan Bédié lors d'un coup d'État militaire en 1999. Il a ensuite quitté le pays et a travaillé pour le cabinet de conseil McKinsey et les assureurs Aviva et Prudential avant d'être nommé en 2015 président-directeur général de Credit Suisse, d'où il a été évincé cinq ans plus tard.

La renonciation à la nationalité française actée...

La loi ivoirienne stipule cependant que les candidats doivent être des citoyens ivoiriens et ne peuvent avoir une autre nationalité. Sur ce point, pas de problème car une décision publiée ce jeudi au Journal officiel français indique que Tidjane Thiam a été « libéré de son allégeance à la France » et ce à la suite de sa demande de remise de son passeport français. Le 7 février, il avait annoncé avoir fait les démarches pour renoncer à sa nationalité française, afin d'être exclusivement ivoirien.

Dans son article 55, la Constitution ivoirienne indique qu'un candidat à la présidentielle doit "être exclusivement de nationalité ivoirienne, né de père ou de mère ivoirien d'origine". "S’il en était besoin, ce décret publié jeudi clôt définitivement le sujet" de sa nationalité, a déclaré à l'AFP Me Mathias Chichportich, avocat de M. Thiam. 

La contestation sur la base du règlement intérieur du parti 

Malgré l'annonce de jeudi concernant sa citoyenneté, les ambitions politiques de Tidjane Thiam restent contestées. Pour cause : un tribunal de la capitale économique du pays, Abidjan, a entamé ce jeudi l'audition d'un ancien responsable du PDCI qui conteste la direction de son parti. 

Les documents judiciaires vus par Reuters soutiennent que son élection en tant que président du parti était nulle parce qu'il possédait la nationalité française à l'époque. L'affaire a été renvoyée au mois d'avril. Contacté pour commenter ce fait, Tidjane Thiam n'avait pas encore répondu. Pour sa part, le porte-parole du PDCI, Bredoumy Soumaila Kouassi, a déclaré à Reuters que le règlement intérieur du parti n'exigeait pas explicitement la nationalité ivoirienne pour les postes de direction, et que M. Thiam n'avait jamais perdu sa citoyenneté ivoirienne. 

Malgré les vents contraires sur la nationalité et à l'intérieur de son parti, Tidjane Thiam continue les meetings pour la présidentielle. 
Malgré les vents contraires sur la nationalité et à l'intérieur de son parti, Tidjane Thiam continue les meetings pour la présidentielle. 

Le retour de la question de l'ivoirité sur sa route ? 

Ce n'est pas exactement le point de vue de l'analyste politique ivoirien Arthur Banga.

Celui-ci a en effet déclaré que Tidjane Thiam pourrait devoir attendre que le Conseil constitutionnel valide sa candidature en août avant de savoir s'il sera autorisé à se présenter. Explication : l'acquisition de la nationalité française par Tidjane Thiam pourrait être interprétée comme ayant automatiquement annulé sa citoyenneté ivoirienne. 

Selon l'article 48 de ce code, "perd la nationalité ivoirienne l'Ivoirien majeur qui acquiert volontairement une nationalité étrangère, ou qui déclare reconnaître une telle nationalité". On voit là un noeud juridique qui pourrait changer bien des choses dans la présidentielle ivoirienne. Cela fait qu'au sein du PDCI, on dénonce des "manoeuvres" du pouvoir pour empêcher le leader du PDCI d'être candidat à la présidentielle. De quoi remettre au centre du débat la question de l'ivoirité à propos de quelqu'un dont la famille a donné quatre  ministres à la Côte d'Ivoire en plus de lui. 

Ce n'est pas un fait à prendre à la légère car la notion d'identité ivoirienne a été au cœur de la guerre civile. Du coup, certains craignent que les questions persistantes sur la nationalité de Tidjane Thiam à l'approche du scrutin ne fassent remonter ces tensions à la surface. Ce qui serait dommageable à la Côte d'Ivoire qui est sortie de plus d'une décennie de guerre civile au début des années 2000 pour reprendre sa place de puissance ouest-africaine avec l'une des économies à la croissance la plus rapide du continent. 

Et comme si cela ne suffisait pas, aujourd’hui, en dehors de la question de l’ivoirité, Tidjane Thiam est également confronté à un défi au sein de son parti. L'ancien ministre du Commerce Jean-Louis Billon a annoncé en octobre qu'il briguerait également l'investiture du parti. Une épine de plus sur le chemin d'une présidentielle où Tidjane Thiam doit faire front face aux vents contraires de l'extérieur comme à ceux de l'intérieur.  (TransContinentsAfrica)

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