Sud-Soudan : l’accord de paix plus que jamais compromis

COUP D'ARRÊT. Pour le parti de Riek Machar, la détention de celui-ci, premier vice-président du Sud-Soudan, annule l'accord de paix qui avait mis fin à la guerre civile.

Sud-Soudan : l’accord de paix plus que jamais compromis

Le Sud-Soudan est encore au bord du gouffre. C’est ce qu’on est tenté de considérer à la suite de l’arrestation de son premier vice-président, Riek Machar. Pour son parti, ce fait entraîne purement et simplement l’annulation de l'accord de paix qui a mis fin à la guerre civile qui a déchiré le pays de 2013 à 2018..

Un défaut de confiance préjudiciable

La guerre civile, qui opposait les forces loyales à Riek Machar et à son rival, le président du Sud-Soudan Salva Kiir, souvent selon des critères ethniques, a fait des centaines de milliers de morts. Elle s'est terminée par un accord qui a réuni les deux hommes au sein d'un gouvernement d'unité nationale mais malheureusement fragmenté.

Le président Salva Kiir du Sud-Soudan qui a autorisé l'arrestation de son grand rival Riek Machar
Le président Salva Kiir du Sud-Soudan qui a autorisé l'arrestation de son grand rival Riek Machar

Accusé de soutenir la milice de l'Armée blanche qui a affronté l'armée à Nasir, dans l'État du Haut-Nil, ce mois-ci, M. Machar,est détenu avec sa femme à son domicile, a déclaré Reath Muoch Tang, un haut responsable du SPLM-IO, dans un communiqué.

A propos de l'arrestation de Riek Machar, son parti, le SPLM-IO, a déclaré que le ministre de la défense et le chef de la sécurité nationale du Sud-Soudan étaient "entrés de force" dans la résidence du premier vice-président à Juba, la capitale, mercredi soir, pour délivrer un mandat d'arrêt.

Pourquoi ? Parce que les autorités proches de Salva Kiir, le président du Sud-Soudan, accuse le parti de M. Machar d'entretenir des liens avec l'Armée blanche, aux côtés de laquelle il a combattu pendant la guerre civile. Ce que nie le SPLM-IO.

La rupture consommée ? 

Que constate-t-on sur le terrain ?

Les porte-parole de l'armée et du gouvernement du Sud-Soudan n'ont pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires concernant M. Machar ou la déclaration de son parti sur l'accord de paix.

Quant au vice-président du SPLM-IO, Oyet Nathaniel Pierino, il a déclaré que la détention de M. Machar signifiait que l'accord avait été "abrogé". Il a également ajouté que cette détention "entraînait l'effondrement de l'accord et que les perspectives de paix et de stabilité au Sud-Soudan étaient désormais gravement compromises".

Les interventions se multiplient pour désamorcer la situation

Cette situation a conduit plusieurs acteurs à intervenir.

La mission de maintien de la paix de l'ONU au Sud-Soudan (UNMISS) a appelé à la retenue, estimant que le pays était sur le point de retomber dans un conflit généralisé. “Cela ne dévastera pas seulement le Sud-Soudan, mais affectera également toute la région”, a en effet déclaré l'UNMISS dans un communiqué.

Président du Kenya voisin, William Ruto a déclaré sur X (ex-Twitter) qu'il avait échangé au téléphone avec le président Salva Kiir au sujet de l'arrestation et de la détention de M. Machar et qu'il envoyait un émissaire spécial à Juba pour tenter de désamorcer la situation.

M. Ruto a, par ailleurs, indiqué qu'il avait consulté Yoweri Museveni, le président de l'Ouganda, et Abiy Ahmed, le premier ministre de l'Éthiopie, deux autres puissances régionales limitrophes du Sud-Soudan.

De son côté, la Commission des droits de l'homme des Nations unies au Sud-Soudan a déclaré que ces arrestations marquaient l'échec du processus de paix.

L'Union africaine et l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), bloc économique régional, ont également appelé à la retenue.

Quant au Bureau des affaires africaines des États-Unis, il a exhorté le président Salva Kiir à libérer son premier vice-président, Riek Machar, et a appelé les dirigeants du Sud-Soudan à “démontrer la sincérité des engagements qu'ils ont pris en faveur de la paix”.

Comment l’enlisement de la situation s’est matérialisé 

Il faut dire que le gouvernement de coalition du Sud-Soudan a été lent à mettre en œuvre les principales dispositions de l'accord de paix. Ceux-ci comprennent des élections nationales et l'unification des deux forces en une seule armée.

Cela dit, les analystes politiques estiment que M. Kiir a tenté de consolider sa position en ramenant à lui certains des principaux alliés de M. Machar, en invitant l'armée ougandaise à sécuriser la capitale et en nommant le conseiller Benjamin Bol Mel au poste de deuxième vice-président.

Bol Mel, nommé 2e vice-président, serait pressenti comme le dauphin que veut pousser le président Salva Kiir, 
Bol Mel, nommé 2e vice-président, serait pressenti comme le dauphin que veut pousser le président Salva Kiir, 

Il se dit à Juba que Salva Kiir, 73 ans, prépare Bol Mel, un homme d'affaires figurant sur la liste des sanctions américaines en raison de ses liens avec des entreprises de construction accusées de blanchiment d'argent, à lui succéder. Le Sud-Soudan a déclaré à l'époque que la décision de l'inscrire sur la liste noire était fondée sur des informations trompeuses.

En tout cas, les Nations unies avaient déjà prévenu que les violences à Nasir, à environ 450 km au nord-est de Juba, et la montée des discours de haine ont pu raviver la guerre civile sur des bases ethniques. Pendant qu'une issue à la crise était recherchée, l'armée était fortement déployée près de la maison de M. Machar jeudi, selon un journaliste de Reuters. Mercredi, l'ONU a fait état de combats près de Juba entre des forces dont les unes étaient loyales à Kiir, et les autres à Machar. Plus que jamais, la situation du Sud-Soudan demeure préoccupante. (TransContinentsAfrica)

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