Sanctions US contre la CPI : le juge sénégalais “debout”, son gouvernement solidaire

MOMENT. Le procureur adjoint Mame Mandiaye Niang se dit “serein avec le sentiment de n’avoir fait que (son) travail” là où le gouvernement exprime son étonnement et sa désapprobation.

Sanctions US contre la CPI : le juge sénégalais “debout”, son gouvernement solidaire

Il y a de quoi être sonné mais le procureur adjoint sénégalais de la Cour pénale internationale, Mame Mandiaye Niang, refuse de se laisser impressionner par les sanctions américaines et de plier. Pourtant, celles-ci emportent des privations bien loin d’être symboliques. En effet, au-delà du gel des avoirs aux États-Unis, la révocation de visas et la désactivation de cartes bancaires Visa, Mastercard ou American Express, elles entraînent l’interdiction à toute institution faisant des transactions en dollars ou avec les États-Unis d’offrir aux personnes visées des services. Et gare à celle qui contreviendrait à cette interdiction. 

Pourquoi ces sanctions américaines ? 

Pour rappel, cette réaction des Etats-Unis s’inscrit dans le contexte d’un courroux contre la Cour pénale internationale (CPI) à la suite de sa décision de délivrer, en novembre dernier, des mandats d’arrêt à l’encontre du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, de l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant et du chef du Hamas Ibrahim al-Masri, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés dans le cadre du conflit à Gaza.

Dans cette affaire, le juge français Nicolas Yann Guillou avait présidé la chambre préliminaire ayant validé le mandat d’arrêt contre le premier ministre israélien, tandis que la juge fidjienne Nazhat Shameem Khan et le Sénégalais Mame Mandiaye Niang y étaient parties de par leurs fonctions de procureurs adjoints auprès de la Cour.

Le juge sénégalais “serein et debout”

Pour le magistrat sénégalais, s’exprimant dans un entretien accordé à l'organe d'information emedia du pays de la Teranga, ces sanctions sont “une attaque contre son travail au service de la justice internationale”.

”Je reste serein avec le sentiment que je ne fais que mon travail, a-t-il ajouté affirmant sa “détermination à rester debout et à servir la justice pénale internationale comme (il l’a fait) pour la justice de (son) pays”.

Et de se réconforter “du soutien fort de (ses) concitoyens et des autorités de (son) pays” non sans indiquer que “si on ne fait pas face malgré les difficultés, ce sera le règne absolu de la tyrannie. Et ça, ce n’est pas acceptable”.

Le gouvernement sénégalais manifeste sa solidarité

Face à ces sanctions, le Sénégal a exprimé son étonnement et sa désapprobation face aux sanctions imposées par les États-Unis à Mame Mandiaye Niang ainsi qu’à trois autres magistrats de la Cour pénale internationale. 

Le gouvernement sénégalais a de suite invité les autorités américaines à retirer ces sanctions, qu’il considère comme une grave atteinte au principe de l’indépendance de la justice et au droit des magistrats d’exercer librement et sereinement le mandat confié par les 125 États parties au Statut de Rome. 

Pour le Sénégal, ce Statut est d’autant plus important qu’il a été le premier pays à l’avoir ratifié. De quoi le conduire à réitérer son soutien indéfectible à la CPI dans sa mission au service de la justice pénale internationale et d’appeler l’ensemble des États Parties au Statut à confirmer leur solidarité avec la Cour et à veiller à ce que magistrats et personnel puissent accomplir leur mission en toute indépendance, à l’abri de toute menace ou restriction.

Une bataille par réseaux sociaux interposés

Preuve de la volonté de rendre public la solidarité avec Mama Mandiaye Niang le Premier ministre sénégalais est intervenu sur les réseaux sociaux. Ousmane Sonko a en effet félicité le président Bassirou Diomaye Faye pour son “leadership éclairé et sa position ferme en soutien à la Cour pénale internationale, et tout particulièrement à (notre)  compatriote Mame Mandiaye Niang”.

“À mon tour, a-t-il ajouté, “je souhaite exprimer mon soutien personnel, total et indéfectible à notre compatriote, dont j’ai pu apprécier l’engagement profond envers les principes fondamentaux et sacrés de la justice, lors de l’audience que je lui ai accordée au cours de son dernier séjour à Dakar” rappelant que le “gouvernement du Sénégal, son pays, se tiendra résolument à ses côtés pour faire face à ces mesures injustes et infondées des États Unis d’Amérique”. 

Egalement sur le réseau X, ex-Twitter, les Etats-Unis, par la voix de leur secrétaire d’Etat Marco Rubio, ont justifié les sanctions au motif que “la CPI continue de bafouer la souveraineté nationale et de favoriser la guerre juridique en s’efforçant d’enquêter, d’arrêter, de détenir et de poursuivre des ressortissants américains et israéliens”. Et de conclure : “Nous continuerons de demander des comptes aux responsables des actions moralement dénuées de fondement juridique et de la CPI contre les Américains et les Israéliens”. 

Pour violente que soit cette séquence, elle illustre le sort qui est désormais fait au droit international par les grandes puissances. Preuve que les bouleversements observés actuellement ne sont pas seulement géopolitiques et géo-économiques. Ils sont plus profonds dans un monde de moins en moins sûr où on fait que ce qui est fort est juste et pas que ce qui apparaît juste soit fort. (TransContinentsAfrica)

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