Rwanda-RD Congo : l’accord de paix soutenu par Trump signé mais….

MOMENT. Atmosphère paradoxale que celle entourant cet accord de paix conclu alors que les combats se poursuivaient dans la région meurtrie par la guerre.

Rwanda-RD Congo : l’accord de paix soutenu par Trump signé mais….

Dans leur logique de contrecarrer la Chine et d’accéder aux ressources naturelles stratégiques de la RD Congo, les Etats-Unis de Trump ont parrainé et aidé à la conclusion d’un accord de paix, d’un autre sur les minéraux critiques et d’un troisième pour sceller un pacte d’intégration économique entre le Rwanda et la RD Congo. 

"Nous réglons une guerre qui dure depuis des décennies”, a déclaré Donald Trump. “Ils ont passé beaucoup de temps à s’entretuer, et maintenant ils vont passer beaucoup de temps à se serrer dans leurs bras, à se tenir la main et à profiter économiquement des États-Unis d’Amérique, comme le font tous les autres pays”, a-t-il ajouté commentant l’événement du jour. 

Signature dans un Institut rebaptisé Donald Trump

"Nous avons vu d’innombrables médiations et efforts, mais aucun n’a réussi à résoudre les problèmes sous-jacents”, a déclaré Kagame. “Le président Trump a introduit un dynamisme nouveau et efficace qui a créé l’espace nécessaire pour des percées”, a-t-il ajouté. De son côté, Tshisekedi a qualifié l’accord de “tournant”.

Assis devant une toile de fond “Delivering Peace” (Établir la paix) dans un institut de la paix que son administration a rebaptisé en l'honneur de Trump, les présidents rwandais et congolais ont signé et échangé des documents avec le président américain.

Avant la signature de jeudi, le nom du président a été ajouté à une pancarte devant l’United States Institute of Peace à Washington, un organisme à but non lucratif fondé par le Congrès dont son administration a tenté de prendre le contrôle plus tôt cette année. La question de savoir qui contrôle l’institut fait maintenant l’objet d’une bataille juridique.

"Merci d’avoir donné un certain nom à ce bâtiment”, a déclaré Trump au secrétaire d’État Marco Rubio, ajoutant que c’était un “grand honneur”.

Un responsable de la Maison Blanche a déclaré que la signature de l’accord “réaffirme l’engagement des parties au processus de paix” et reflète “des mois de diplomatie intensive menée par le président Trump, qui a clairement indiqué à la RDC et au Rwanda que le statu quo était inacceptable”.

En vertu de l’accord soutenu par Trump, le Congo devrait sévir contre un groupe armé opposé au M23, les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda. Le Rwanda devrait retirer ses forces du Congo. Depuis juin, peu de progrès ont été réalisés dans la concrétisation de ces engagements.

Précision : Le M23 n’a pas assisté aux réunions à Washington. Il n’est pas lié par les termes de l’accord Congo-Rwanda et participe à des pourparlers séparés, sous la médiation du Qatar, avec le Congo.

L’enjeu majeur : les minerais critiques

Denis Mukwege, qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2018 pour avoir aidé les victimes de violences sexuelles en RDC, a déclaré que les accords étaient davantage motivés par la ruée vers les minéraux que par un véritable effort pour mettre fin à l’effusion de sang.

"Pour moi, il est clair qu’il ne s’agit pas d’un accord de paix”, a-t-il déclaré à Paris. “La preuve : ce matin, dans mon village natal, les gens enterraient les morts pendant qu’un accord de paix était signé. Le M23 continue de s’emparer de territoires”.

Les conseillers de Trump cherchent à faciliter des milliards de dollars d’investissements occidentaux dans une région riche en tantale, en étain, en tungstène, en or, en cobalt, en cuivre, en lithium et en d’autres minéraux.

Pendant ce temps, les combats continuent…

Au moment de la signature des dirigeants, des affrontements entre les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda et l’armée congolaise ont été signalés dans toute la province du Sud-Kivu. Un porte-parole du M23 a accusé les troupes gouvernementales d’avoir bombardé plusieurs zones civiles.

Le M23 s’est emparé des deux plus grandes villes de l’est du Congo au début de cette année, faisant craindre une guerre plus vaste. Les analystes affirment que la diplomatie américaine a interrompu l’escalade des combats, mais n’a pas réussi à résoudre les problèmes fondamentaux.

… dans la continuité d’une hostilité nourrie depuis longtemps

De quoi se dire que l’accord de paix ne changera peut-être pas la crise humanitaire sur le terrain. L’armée congolaise et le M23 s’accusent mutuellement de violer les accords de cessez-le-feu existants. Lors d’une conférence de presse à Washington mercredi, le responsable congolais Patrick Muyaya a accusé le M23 d’être à l’origine des récents combats et a déclaré que c’était “la preuve que le Rwanda ne veut pas la paix”.

Le Rwanda nie soutenir le M23. Kigali a déclaré que ses propres forces avaient agi en légitime défense contre des miliciens de l’ethnie hutue liés au génocide rwandais de 1994, qui a fait plus d’un million de morts. Les experts des Nations Unies ont déclaré en juillet que le Rwanda exerçait un commandement et un contrôle sur les rebelles.

Le M23 affirme qu’il se bat pour protéger les communautés ethniques tutsis dans l’est du Congo. Les avancées du groupe rebelle marquent le dernier épisode de la rivalité ethnique dans les régions frontalières orientales du Congo avec le Rwanda, source de conflit depuis trois décennies.

Pour rappel, deux guerres dévastatrices dans la région des Grands Lacs africains entre 1996 et 2003 ont coûté des millions de vies. Le dernier cycle de combats a tué des milliers de personnes et en a déplacé des centaines de milliers d’autres. (TransContinentsAfrica)

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