RDC : l’immunité de Joseph Kabila levée

SANCTION. C’est en raison de ses liens présumés avec le groupe rebelle AFC/M23 que l’ex-président va faire face à des poursuites judiciaires pour “haute trahison”.

RDC : l’immunité de Joseph Kabila levée

Le Sénat de la République démocratique du Congo (RDC) a voté ce jeudi la levée de l’immunité parlementaire de l’ancien président Joseph Kabila Kabange, sénateur à vie depuis 2019, à une écrasante majorité : 88 voix pour, 5 contre, 3 bulletins nuls et aucune abstention.

Cette décision historique intervient à l’issue d’une plénière décisive convoquée à 14h00 au Palais du peuple, sur requête de l’Auditeur général près la Haute cour militaire. Il s’agit d’une étape clé dans une série de procédures judiciaires visant l’ex-chef de l’État, accusé par le gouvernement congolais de collusion avec le Rwanda dans l’agression de l’est du pays, via le groupe armé M23.

Climat de tension politique extrême

La convocation de cette plénière s’est inscrite dans un climat de tension croissante autour de Joseph Kabila. Le 19 avril, son parti, le PPRD, a été suspendu pour « attitude ambiguë » face à la présence de troupes étrangères dans l’est. Ce gel des activités faisait suite à une visite controversée de Kabila à Goma, au Nord-Kivu, interprétée comme une provocation par Kinshasa.

Quelques jours plus tard, le ministère de la Justice annonçait l’ouverture de poursuites pour “participation directe à l’agression menée par le Rwanda à travers le mouvement armé AFC/M23”.

Des mesures de saisie ont été prises contre ses biens, tandis que plusieurs de ses proches faisaient l’objet de restrictions de déplacement.

Déjà en février, le président Félix Tshisekedi avait désigné publiquement Joseph Kabila comme « véritable commanditaire » de la crise sécuritaire dans l’est, lors d’une déclaration depuis Berlin.

La voie ouverte pour des poursuites judiciaires

La levée d’immunité adoptée ce 22 mai ouvre ainsi la voie à des poursuites inédites contre l’ancien homme fort de Kinshasa. C’est en fait  un tournant majeur dans l’histoire politique de la RDC.

Kabila est recherché au Congo pour des crimes présumés contre l’humanité pour avoir soutenu l’insurrection dans l’est, y compris un rôle dans le massacre de civils et de militaires. 

L'ex-président, qui nie tout lien avec le groupe rebelle, a démissionné après près de 20 ans au pouvoir en 2018, cédant aux protestations. Il est hors du pays d’Afrique centrale depuis la fin de l’année 2023, principalement en Afrique du Sud.

Un retour au pays pas souhaité par le pouvoir

Kabila menace de retourner au Congo depuis des semaines pour aider à trouver une solution à la crise dans l'est, où les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda contrôlent désormais de vastes étendues de territoire.

Un retour au Congo de Kabila pourrait compliquer la tentative de mettre fin à la rébellion dans l'est du Congo, qui contient de vastes réserves de minéraux essentiels auxquels l'administration du président Donald Trump souhaite accéder.

Un contexte où les Américains sont impliqués

Washington fait pression pour qu'un accord de paix entre les deux parties soit signé cet été, accompagné d'accords sur les minéraux visant à apporter des milliards de dollars d'investissements occidentaux dans la région, a déclaré à Reuters Massad Boulos, conseiller principal du président américain Donald Trump pour l'Afrique, plus tôt ce mois-ci.

Kabila est arrivé au pouvoir en 2001 après l'assassinat de son père. Il a refusé de se retirer lorsque son dernier mandat a officiellement pris fin en 2016, ce qui a entraîné des manifestations meurtrières, avant d'accepter de quitter ses fonctions à la suite d'une élection en 2018. (TransContinentsAfrica)

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