RDC : Joseph Kabila et son parti dans la ligne de mire du gouvernement

PRESSION. Alors que la saisie de ses biens a été ordonnée en raison d’accusations de soutien aux rebelles, Joseph Kabila voit son parti suspendu.

RDC : Joseph Kabila et son parti dans la ligne de mire du gouvernement

La pression de plus en plus forte sur le gouvernement en butte à un défi sécuritaire de grande ampleur fait monter la tension politique en RDC. Dernier illustration : la réaction des autorités après le retour au pays de celui qui a présidé le pays de 2001 à 2019 par Goma aujourd’hui aux mains du mouvement M23 soutenu, selon Kinshasa, par le Rwanda. Il faut dire que Joseph Kabila,  arrivé au pouvoir après l'assassinat de son père, avait refusé de partir à l'expiration de son dernier mandat en 2016. Il avait finalement accepté de se retirer et a vécu dans différents pays africains depuis. De quoi nourrir des craintes à son endroit dans la situation explosive qui est celle que connaît l’Est du pays.

Le retour par Goma de Kabila, “un acte à portée politique”

Agé de 53 ans, l’ex-président de RDC qui n'a quitté le pouvoir qu'après des manifestations meurtrières contre lui, avait en effet  déclaré qu'il souhaitait revenir au Congo pour aider à trouver une solution à la guerre. Son retour le 18 avril, après plusieurs mois de silence, a suscité une vague de réactions dans un contexte de fortes tensions dans la région du Nord-Kivu où les Forces armées de la RDC (FARDC) affrontent les rebelles du M23, soutenus, selon Kinshasa, par le Rwanda. 

Ce déplacement a été interprété par les autorités comme un acte à portée politique dans une zone sensible, alors que des accusations de collusion entre des figures politiques congolaises et des acteurs armés sont régulièrement formulées. 

En février dernier d’ailleurs, lors d’un déplacement officiel en Allemagne, le président Félix Tshisekedi avait accusé Joseph Kabila d’être le “véritable commanditaire” de la crise sécuritaire à l’est du pays confirmant le reproche que celui-ci fait à son prédécesseur d’entretenir des liens avec des groupes insurgés, en complicité avec Kigali, ce que le gouvernement rwandais rejette.

En février dernier, le président Félix Tshisekedi avait accusé Joseph Kabila d’être le “véritable commanditaire” de la crise sécuritaire à l’est du pays.
En février dernier, le président Félix Tshisekedi avait accusé Joseph Kabila d’être le “véritable commanditaire” de la crise sécuritaire à l’est du pays.

Le gouvernement réagit vivement

Dans un tel contexte de suspicion et de d’accusations, le gouvernement a réagi sur deux niveaux par le biais de deux ministères régaliens. 

D’abord, le ministère de l’Intérieur. Celui-ci a annoncé, dans un communiqué publié ce 19 avril, la suspension des activités du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) sur l’ensemble du territoire national. Pour justifier cette décision, les autorités ont argué que, face à la présence de troupes étrangères dans l’Est mais aussi par sa décision de regagner le pays par la ville de Goma, ville que le gouvernement estime être “sous occupation rwandaise”,  l’attitude de Joseph Kabila était “ambiguë”. 

Ensuite, le ministère de la Justice. Celui-ci a indiqué avoir engagé des poursuites contre Joseph Kabila pour “participation directe à l’agression menée par le Rwanda à travers le mouvement armé AFC/M23”. Concrètement, le gouvernement a procédé à la saisie des biens mobiliers et immobiliers de Joseph Kabila et a restreint la mobilité de certains des collaborateurs de l’ex-chef de l’Etat, évoquant des faits de “haute trahison”.

Les deux déclarations ont indiqué que les procureurs avaient reçu l'ordre d'engager des poursuites contre lui, mais aucun détail sur les accusations n'a été donné. Réagissant à ces décisions dans une déclaration à Reuters, Ferdinand Kambere, secrétaire du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), a qualifié la suspension de violation flagrante de la constitution et des lois du Congo.

Des décisions prises dans un contexte explosif

Ce sont autant d’éléments qui ajoutent aux incertitudes politiques et sécuritaires du pays. Depuis le début de l'année en effet, le M23 s'est emparé de deux grandes villes de l'est du pays, riche en minerais apportant un chapitre de violences de plus à une région qui a connu des décennies de conflits enracinés dans les retombées du génocide rwandais de 1994 et dans la lutte pour le contrôle des minerais. (TransContinentsAfrica)

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