Québec-Afrique : Ella Oyono, un trait d'union à la tête de la diplomatie

PONT. Arrivé de Libreville en 2001, l'économiste hérite des Relations internationales du nouveau gouvernement du Parti québecois. Un signal fort adressé à la diaspora africaine, au moment même où Québec veut réduire l'immigration.

Québec-Afrique : Ella Oyono, un trait d'union à la tête de la diplomatie

Le 21 octobre, à Québec, Dieudonné Ella Oyono a prêté serment comme ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur. Paul St-Pierre Plamondon, 34e premier ministre du Québec, lui a confié aussi la région de Laval.

Élu le 5 octobre dans Les Plaines avec 12 983 voix, soit 39 % des suffrages, le député du Parti québécois (PQ) est ainsi entré au Conseil des ministres seize jours après sa première victoire électorale. Il travaillera de concert avec Pascal Paradis, nommé négociateur en chef du Québec.

Il a fallu patienter vingt-cinq ans 

Le parcours de Dieudonné Ella Oyono relève plutôt du temps long. Diplômé en économie de l'Université Omar-Bongo, il a quitté le Gabon en septembre 2001, à 27 ans, pour un doctorat à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Son premier vol, dérouté vers Paris après les attentats du 11-Septembre, n'a atteint Montréal que quelques jours plus tard.

Il devait rentrer enseigner au pays. Il a plutôt enseigné à l'UQAM, servi les ministères québécois de l'Agriculture et de l'Économie, puis gravi les échelons de la Ville de Montréal jusqu'à diriger son service du développement économique.

En politique, même méthode. Militant du Parti québecois (PQ) depuis 2012, battu en 2018 dans Saint-Henri–Sainte-Anne, il a présidé le parti de 2019 à 2021. Il est ainsi devenu le premier Africain à occuper cette fonction dans une formation née en 1968.

Quand l''intégration se fait par l'institution

Ce qui frappe, c'est le canal emprunté. Ni porte-voix communautaire ni figure médiatique, Ella Oyono s'est imposé par l'administration publique, puis par l'appareil partisan. Il a résumé sa démarche dans un livre au titre explicite : “Comment tomber en amour avec son nouveau pays ?”.

Ella Oyono n'est pas un pionnier absolu, autrement dit, il a trouvé une voie déjà ouverte. En 2012 en effet, Maka Kotto, né au Cameroun, était devenu ministre de la Culture sous Pauline Marois, déjà dans un gouvernement mené par le Parti québecois.

Cela dit, le portefeuille qui lui a été confié compte beaucoup. Les Relations internationales incarnent en effet la projection extérieure du Québec, au cœur d'un parti qui fait de la souveraineté son horizon. Le confier à un immigrant africain est un message fort.

Une nomination dans un contexte paradoxal

Car la nomination intervient alors que le gouvernement promet de ramener l'immigration permanente à 35 000 personnes par an, contre une cible de 45 000, et de diviser environ par deux le nombre de résidents temporaires, aujourd'hui plus de 500 000.

Le premier ministre assure ne jamais vouloir blâmer ceux qui deviennent Québécois, visant la Coalition avenir Québec (CAQ) et le gouvernement fédéral à Ottawa. Ses adversaires, eux,  l'accusent de faire porter aux immigrants la crise des services publics.

C’est que l'Afrique pèse lourd dans l'équation. Selon le recensement de 2021, 18,6 % des immigrants permanents installés au Québec entre 2016 et 2020 venaient d'Afrique subsaharienne, contre 10,6 % dans le reste du Canada. Le Maghreb y fournit, lui, depuis longtemps, un flux francophone et qualifié.

Un hic cependant : l'intégration économique reste inachevée. Au milieu des années 2000, le chômage des immigrants africains récents dépassait ainsi 27 % au Québec. Là où le bât blesse : la reconnaissance des diplômes demeuré un frein régulièrement dénoncé.

Un message fort pour un pont vers le continent

Au-delà du symbole, la nomination d’Ella Oyono illustre un modèle québécois qui intègre par la langue et par l'institution. Reste à savoir s'il résistera à une porte qui se referme en partie. Avec des bureaux à Abidjan et à Rabat, le Québec regarde vers une Afrique qui porte l'avenir démographique de la francophonie. Dans ce triangle Europe francophone-Afrique-Québec, Ella Oyono devra prouver qu'un fils de la diaspora peut incarner à la fois un Québec souverainiste et un trait d'union avec le continent. (TransContinentsAfrica)

PUBLICITÉ
Espace Publicitaire
336×280