Le verdict est tombé à huis clos. Lors du vote indicatif du 16 octobre au Conseil de sécurité, Macky Sall aurait recueilli 5 avis favorables et 10 défavorables, dont 3 de membres permanents. Des chiffres non officiels mais qui ont sonné le glas de sa candidature. Le lendemain, l'ancien président sénégalais (2012-2024) annonçait son retrait non sans avoir avoir consulté Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l'Union africaine, et Bassirou Diomaye Faye, président en exercice de la Cedeao. Une manière de sortir par le haut, au nom de l'émergence d'un candidat de consensus.
Une réalité dommageable : l'Afrique sans candidat commun
Il faut dire que la campagne avait été fragile dès le début. Déposée le 2 mars par le Burundi, la candidature n'a jamais obtenu l'onction continentale. Fin mars, 18 États membres de l'Union africaine s'y étaient opposés ou avaient demandé un délai. Dakar ne s'est rallié que cet été. Trop tard pour faire oublier les accusations de dette cachée et les violences politiques de 2021 à 2024.
Le paradoxe est cruel. L'Afrique subsaharienne, le Maghreb et le Machrek pèsent ensemble 54 voix à l'Assemblée générale. Ces trois ensembles nourrissent une large part de l'agenda du Conseil de sécurité. Pourtant, depuis Kofi Annan de 1997 à 2006, aucun enfant du Continent n'a dirigé l'ONU. Alors que l'Afrique revendique deux sièges permanents au Conseil, elle n'a pas su s'accorder sur un nom.
Un constat affligeant : une ONU paralysée
Cela dit, le retrait de Macky Sall ne débloque en rien la situation. Le 16 octobre, les sept candidats ont tous reçu au moins un "décourage" d'un membre permanent. Même la favorite, la Costaricienne Rebeca Grynspan, en a compté deux. Pour la première fois, des bulletins de couleur distinguaient le vote des cinq permanents. Ils ont rendu visibles les lignes de fracture entre Washington, Pékin, Moscou, Londres et Paris.
L'Amérique latine, elle, continue de jouer collectif. La CELAC réclame son tour forte de ce constat qu'elle n'a obtenu qu'une fois, avec Javier Pérez de Cuéllar de 1982 à 1991, de diriger le secrétariat général de l'ONU.
Alors que le mandat d'António Guterres s'achève le 31 décembre, l'organisation fait face à de graves difficultés financières, à la multiplication des conflits et, surtout, à un Conseil divisé.
Le multilatéralisme remis en question
Plus de quatre-vingts ans après San Francisco, le choix du secrétaire général reste l'affaire de cinq puissances. Et la fonction pèse de moins en moins face à leurs rivalités. Pour l'Afrique, la leçon est double. Ses querelles internes se paient désormais à New York. Et la réforme du Conseil qu'elle réclame ne se gagnera qu'à une condition : parler d'une seule voix, ce qu'elle a du mal à faire actuellement. (TransContinentsAfrica)
