Maroc : Fatima Ezzahra El Mansouri ouvre une alternance sous haute surveillance

FRONT. Alors que le vote d’investiture ouvre un nouveau quinquennat, la première femme à diriger l’exécutif marocain a écarté le RNI et promis de restaurer la confiance.

Maroc : Fatima Ezzahra El Mansouri ouvre une alternance sous haute surveillance

En exposant son programme devant les deux Chambres réunies, Fatima Ezzahra El Mansouri a ouvert une page inédite : jamais une femme n’avait dirigé le gouvernement du Royaume.

La séquence politique que vient de vivre le Maroc a été menée au pas de charge. Législatives le 23 septembre. Nomination par le roi Mohammed VI le 29. Gouvernement de 32 membres, dont sept femmes, installé le 16 octobre. Déclaration au Parlement trois jours plus tard.

Une alternance pleinement assumée

Le PAM, arrivé en tête avec 97 sièges, a fait un choix lourd : ne pas reconduire l’alliance avec le RNI d’Aziz Akhannouch, son partenaire des cinq dernières années.

La nouvelle majorité associe le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS. Elle totalise 207 députés sur 395, neuf de plus que la majorité absolue requise pour l’investiture.

Une continuité régalienne accompagnée d’un renouvellement politique

Les ministères de souveraineté ne bougent pas : Abdelouafi Laftit à l’Intérieur, Nasser Bourita aux Affaires étrangères, Ahmed Toufiq aux Habous, Abdeltif Loudiyi à la Défense. Fouzi Lekjaa prend l’Économie et les Finances.

Le reste de l’équipe fait la part belle aux nouveaux visages et ramène le PPS de Nabil Benabdellah. Le message : stabilité de l’État, responsabilité politique.

Une contrariété vite réglée

Cela dit, la réalité du terrain s’est très vite invitée dans l’actualité du gouvernement. En effet, à  peine nommée, l’Istiqlalienne Madiha Khayr, ministre déléguée à la Formation professionnelle, a été déchargée de ses fonctions le 18 octobre.

En cause, une polémique née de la diffusion d’un document médical ancien et d’allégations liées à une affaire judiciaire. La cheffe du gouvernement a demandé au roi de mettre fin à ses fonctions, en vertu de l’article 47 de la Constitution.

Une démonstration d’autorité, mais aussi un rappel brutal de la fragilité d’une coalition à quatre.

La confiance, maître-mot du discours d’El Mansouri

Restaurer la confiance dans les institutions est l’axe politique central du programme. Criminalisation de l’enrichissement illicite, sanction des conflits d’intérêts, lutte contre la rente : la cheffe du gouvernement a fait de l’intégrité un engagement.

Dans le sillage du discours royal du 9 octobre, qui exigeait d’accélérer la régionalisation et la déconcentration, elle promet des transferts annuels d’au moins 12 milliards de dirhams aux régions.

Elle place aussi sous son autorité un comité ministériel pour l’officialisation de l’amazighe, doté d’un fonds de 2 milliards de dirhams, et annonce la poursuite de la réforme du Code de la famille.

Sur les constantes, aucune surprise : le Sahara reste la première des causes nationales, l’autonomie le cadre de règlement.

Un constat : l’opposition est dispersée

En face, l’opposition n’a pas encore trouvé son unité. Le RNI, renvoyé sur ses bancs avec 66 députés, et le PJD, qui en compte 54, n’ont pas su s’entendre pour la présidence de la Chambre. Le candidat islamiste n’a recueilli que 59 voix.

Après la déclaration, l’opposition a préféré réserver son jugement. Sa vraie épreuve sera la loi de finances 2027.

Au-delà du Royaume, la portée symbolique de ce moment est réelle. Après la Tunisienne Najla Bouden en 2021, le Maghreb voit une deuxième femme diriger un gouvernement. Et le Maroc confirme une singularité rare du Maghreb au Machrek : trois alternances partisanes en quinze ans dans le cadre de la Constitution de 2011, du PJD au RNI, puis au PAM. 

Reste à transformer cette respiration démocratique en confiance durable chez des citoyens, notamment des jeunes, qui jugeront moins les symboles que les résultats. (TransContinentsAfrica)

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