Sénégal : Sonko, Diomaye, Lô, la loi de finances rectificative en otage

TENSION. La suspension de la loi de finances rectificative matérialise, dans une cohabitation inédite, une véritable épreuve de force entre l'Assemblée, présidée par Sonko, et l'exécutif mené par Diomaye Faye et son Premier ministre Al Aminou Lô.

Sénégal : Sonko, Diomaye, Lô, la loi de finances rectificative en otage

“Pour le moment, nous ne rejetons rien, nous ne validons rien”. Le 19 octobre, au sortir d'un conclave des cadres de Pastef, Ousmane Sonko a fixé la ligne. Le parti, qui contrôle 130 des 165 sièges, ne votera pas la LFR 2026 en l'état. Et ce, malgré la demande d'examen prioritaire formulée par le chef de l'État.

L'argument du Pastef : "ne pas être complice"

"Voter le texte", a prévenu l'ancien Premier ministre, "ferait de l'Assemblée la “complice” des difficultés imposées aux Sénégalais".

Sur le fond, Ousmane Sonko reproche au texte de s'écarter de l'Agenda national de transformation. Sur quels points ? "En rognant les crédits sociaux, l'éducation et la formation professionnelle en tête", estime-t-on du côté du Pastef où on assure n'avoir rien contre le FMI mais refuse que le pays s'en remette à lui seul.

La situation est d’autant plus incertaine que la configuration politique est sans précédent. Le gouvernement d'Ahmadou Al Aminou Lô, formé début juin, ne compte aucune présence officielle de Pastef. Le parti majoritaire se retrouve ainsi en position d'arbitre face à l'exécutif qu'il a porté au pouvoir.

Les fonds spéciaux, terrain symbolique d’affrontement

Cela dit, l’actuel bras de fer ne sort pas de nulle part. Il a un précédent. Le 1er octobre, les députés ont voté une loi organique renforçant leur contrôle sur les fonds spéciaux, malgré le recours du gouvernement au vote bloqué. Le 15 octobre, le Conseil constitutionnel l'a censurée pour irrégularités dans le traitement des amendements gouvernementaux.

Ousmane Sonko conditionne désormais la LFR comme le budget 2027 à un encadrement légal de ces crédits. Il réclame aussi la transparence sur l'accord avec le FMI et défie le Premier ministre dans un débat public.

L'opposition dénonce un double jeu. Le député Aldiouma Sow juge hypocrite de bloquer un texte budgétaire vital porté par un exécutif issu du même camp.

Un constat : on est face à une inconnue institutionnelle

Aucune règle ne prévoit expressément le rejet d'une LFR. L'exécutif pourrait saisir le Conseil constitutionnel, option défendue par Aminata Touré, puis recourir au décret d'avance, réservé par la LOLF à l'urgence et à la nécessité impérieuse.

En toile de fond, l'hypothèse d'une dissolution circule. Elle ne deviendrait juridiquement possible qu'après deux ans de législature, soit à partir de décembre.

La porte reste cependant entrouverte. Le 20 octobre, la commission des finances a noté “quelques compromis”. Elle se retrouve ce jeudi 22 octobre. Quant à la plénière est reportée à la semaine prochaine.

Dans cette confrontation, l'ombre des tandems brisés au Sénégal

L'histoire politique sénégalaise a déjà connu ces duels au sommet, de Senghor face à Mamadou Dia en 1962 à Wade face à Idrissa Seck. Dans le pays de la Teranga, souvent cité en vitrine démocratique de l'Afrique de l'Ouest, l'enjeu dépasse le budget : il s'agit de savoir si les contre-pouvoirs peuvent s'exercer sans briser le pacte né de la victoire de 2024. (TransContinentsAfrica)

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