Présidentielle du Cameroun : deux alliés de longue date de Biya sortent du bois

SURPRISE. Issa Tchiroma Bakary, ex-porte-parole du gouvernement et ministre de l’Emploi démissionnaire, ainsi que Bello Bouba Maigari, toujours ministre du Tourisme, ont annoncé leur candidature.

Présidentielle du Cameroun : deux alliés de longue date de Biya sortent du bois

Alors que la question qui dominait les débats autour de la présidentielle camerounaise d’octobre était de savoir quand le président Paul Biya allait déclarer sa candidature, un coup de tonnerre s'est fait entendre à travers les candidatures annoncées de deux de ses alliés de longue date : celles d’Issa Tchiroma Bakary et de Bello Bouba Maigari. 

Le cas Issa Tchiroma Bakary

Porte-parole du gouvernement de Biya de 2009 à 2018, Issa Tchiroma Bakary a déclaré qu'il avait démissionné de son poste de ministre de l'Emploi en réponse à ce qu'il a qualifié d'appels généralisés au changement.

“En tant que leader politique, je me suis senti appelé à répondre à cette sollicitation de nos compatriotes du nord au sud, de l'est à l'ouest”, a déclaré jeudi dernier Tchiroma dans une interview avec un influenceur des médias sociaux Ben Oumar sur YouTube et Facebook.

Le défi de Tchiroma pourrait ébranler la confiance du parti au pouvoir avant ce que beaucoup anticipent comme une élection historique, peut-être la première sans Biya depuis 1982.

Le Cameroun n'a eu que deux présidents depuis son indépendance de la France et de la Grande-Bretagne au début des années 1960.

Cela marquerait également un réalignement politique majeur dans les régions du nord, la base de Tchiroma, qui a toujours apporté un soutien solide au Mouvement démocratique du peuple camerounais (CPDM) de Biya.

Tchiroma est le chef du Front national de salut du Cameroun, un parti allié du RDPC. Il a également été ministre des Transports et de la Communication.

Il a annoncé ses plans dans une lettre ouverte mercredi dernier. Il y a déclaré que l'administration de Biya avait étouffé les progrès et paralysé les institutions.

Le jour suivant, Tchiroma a déclaré que ses objectifs incluent un référendum sur le fédéralisme dans une mouture qui accorderait plus de pouvoir aux provinces. Il a également promis de donner la priorité à l'emploi des jeunes, à l'éducation et à la modernisation de l'agriculture.

Il pourrait encore faire face à une bataille difficile dans un système politique où la fonction, la position de pouvoir et l'appareil du parti exercent une énorme influence.

“Mais il est maintenant sans doute l'une des figures les plus influentes de l'opposition du nord et sa défection signale un réalignement potentiel des élites”, a confié Munjah Vitalis Fagha, politologue à l'Université de Buea.

Comme s’y attendaient certains observateurs, cette candidature de Tchiroma ne pouvait pas laisser indifférents d’autres leaders politiques. C’est ainsi que juste après Bello Bouba Maigari a levé son étendard pour annoncer sa candidature. 

Le cas Bello Bouba Maigari

Ministre du Tourisme, Bello Bouba Maigari a en effet accepté la nomination de son parti pour briguer la présidence lors de l’élection prévue en octobre. 

Ancien Premier ministre, Maigari, 78 ans, est un allié fidèle du président Biya depuis plus de 30 ans.

Samedi dernier, il a accepté la nomination de l'Union nationale pour la démocratie et le progrès mais n'a pas démissionné de son poste au sein du cabinet.

Il est ainsi le deuxième ministre du gouvernement originaire du nord du Cameroun à annoncer une candidature à la présidence signalant une fracture potentielle de l'alliance stratégique entre le gouvernement central de Biya et les élites influentes du nord.

Quel est le contexte actuel ? 

Paul Biya, le plus ancien chef d’État en exercice au monde, a 92 ans. 

Il n’a pas confirmé s’il envisageait de se présenter à nouveau au vote.

Il y a eu de nombreuses spéculations au Cameroun sur une éventuelle bataille de succession au sein de la coalition au pouvoir.

En fait, les choses se passent comme si celle-ci avait déjà commencé. En effet, le fait qu’il n’ait pas confirmé s'il envisageait de se présenter à la réélection ouvre une fenêtre pour les ambitions des uns et des autres.

Pour ce qui concerne l’impact de ces candidatures, il faut savoir que les trois provinces du nord du Cameroun, à savoir l'Adamawa, le Nord et l'Extrême-Nord, comptent plus de 2 millions d'électeurs, ce qui leur donne influence électorale de grande importance.

Plus globalement, plus de 8 millions de Camerounais se sont inscrits sur les listes électorales, selon les données provisoires de la Commission électorale, 8 millions sur un pays qui en compte 30. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la présidentielle camerounaise d’octobre n’a pas fini de fournir son lot de surprises et de scénarii. (TransContinentsAfrica)

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