C’est peu de dire que les menaces de Donald Trump amplifiées par les accusations du sénateur du Texas, Ted Cruz, accusations selon lesquelles le Nigéria permettait le “meurtre de masse de chrétiens” et serait même “responsable d’un génocide chrétien” ont secoué les autorités d'Abuja. Il faut dire que les assertions du locataire de la Maison blanche ont conduit Washington non seulement à envisager de reclasser la deuxième puissance économique d'Afrique comme “Country of Particular Concern” (CPC) pour violations graves de la liberté religieuse mais aussi à menacer le pays d’une possible action militaire.
De quoi justifier un soutien de la Cedeao qui a qualifié ces accusations “fausses et dangereuses” et estimé qu’elles risquaient d’accroître l’insécurité et de fragiliser la cohésion sociale en Afrique de l’Ouest.
Au plan interne, au-delà des initiatives du président Bola Tinubu qui a reçu la plus haute autorité religieuse chrétienne du pays, d’autres acteurs montent au créneau pour mettre en garde contre les conséquences négatives que pourraient entraîner les accusations et la menace de Donald Trump de devoir intervenir y compris par des frappes aériennes au Nigeria.
C'est le cas du directeur général du Centre de promotion des entreprises privées (CPPE), Dr Muda Yusuf,. Celui-ci alerte sur les implications économiques et diplomatiques potentielles de la menace d’intervention militaire américaine contre le pays. Cela s’est fait à travers une note publiée en ce début de novembre.
La mise en garde du centre de promotion des entreprises privées
Le CPPE qualifie la menace de Donald Trump d’"injustifiée, contre-productive et économiquement déstabilisatrice" soulignant qu’elle ne tient pas compte de la complexité des dynamiques sécuritaires internes du Nigeria.

La note avertit que toute action militaire unilatérale pourrait déstabiliser l’économie nigériane, menacer la stabilité régionale et aggraver la situation humanitaire. Elle recommande par ailleurs de privilégier la diplomatie, le partenariat et l’engagement pour la paix et le respect de la souveraineté.
Le risque d’une image compromise
Selon le CPPE, alors qu'elle est fondée sur des informations partielles, cette déclaration a déjà des conséquences économiques, diplomatiques et de perception pour le Nigeria. La note souligne également que la simple menace militaire d’une puissance mondiale risque de compromettre l’image du pays comme destination d’investissement stable, de perturber les marchés financiers et d’affaiblir la confiance des investisseurs locaux et étrangers.
Un risque financier accru
Parmi les risques identifiés, le CPPE cite une baisse des investissements directs étrangers, des sorties de capitaux des marchés financiers, une réduction des financements pour les start-up et le capital-risque, ainsi qu’une augmentation du risque-pays et de l’incertitude pour les investisseurs.
La note mentionne également des effets sur les marchés financiers et la monnaie locale, tels que la chute des valorisations boursières, la hausse des primes de risque et des coûts d’assurance, l’augmentation des rendements obligataires et une dépréciation du naira.
Ces facteurs pourraient se traduire par un durcissement des conditions financières, une pression inflationniste accrue et des marges budgétaires réduites.
La recommandation d’une stratégie proactive du Nigeria
Pour limiter ces risques, le CPPE recommande au gouvernement nigérian de mettre en place une stratégie diplomatique proactive, incluant un dialogue de haut niveau avec Washington pour clarifier les faits et apaiser les tensions, un renforcement de la coopération bilatérale et régionale en matière de renseignement, de lutte antiterroriste et de consolidation de la paix, ainsi qu’une communication publique coordonnée pour rassurer les investisseurs sur la stabilité du pays et la poursuite des réformes économiques et institutionnelles.
Du constat des conséquences multiples aux recommandations, le CPPE illustre que le Nigeria ne veut pas s’en laisser conter dans un contexte où les mots entrent dans le champ d’une hostilité qui se manifeste de manière hybride, sur les plans politique, économique, financier mais aussi de la communication. (TransContinentsAfrica)
