Pourquoi l’Afrique a raison de craindre l'imminence d'un “super El Niño”

MENACE. La fourchette de 10 à 20 milliards de dollars de dommages avancée par la Banque africaine de développement induit un choc à la fois climatique et économique que pourrait causer ce phénomène météorologique.

Pourquoi l’Afrique a raison de craindre l'imminence d'un “super El Niño”

S’exprimant en cette fin de juillet dans un entretien à Reuters sur l'imminence d'un épisode El Niño d'une intensité exceptionnelle, Anthony Nyong, directeur du département Changement climatique et croissance verte à la Banque africaine de développement (BAD), a alerté sur les dégâts que ce phénomène météorologique pourrait infliger aux pays africains. Choc climatique en lui-même, ce phénomène météorologique est parti pour être un redoutable choc économique pour l’Afrique. L’illustration en est que les dommages attendus pourraient atteindre un montant compris entre 10 et 20 milliards de dollars. Au moins pire que ça, le “super El Niño” pourrait être à l’origine d’importants déplacements de population dans les régions où ses conséquences seraient parmi les plus désastreuses. Mais sur quoi se fondent toutes ces craintes à propos d’El Niño ? 

Le risque réel climatique d’un “super El Niño”

Souvent associé à des sécheresses, des inondations et des tempêtes en Afrique, El Niño pourrait augmenter de dimension et avoir une puissance qu’il n’a jamais égalé si le réchauffement actuel des eaux du Pacifique se poursuit. Voilà pourquoi les prévisionnistes surveillent de près la dynamique de cet océan qui rappelle par son ampleur potentielle l'épisode 2023-2024. Pour rappel, celui-ci avait provoqué une grave sécheresse en Afrique australe ainsi que des pluies diluviennes et des inondations en Afrique de l'Est, entraînant de mauvaises récoltes, une  flambée des prix alimentaires et des pics record du niveau de la mer. 

La crainte d’un effet fortement négatif sur le PIB

Si le sujet est brûlant, c’est que la BAD tablait jusqu'ici sur une croissance de l'économie africaine de 4,2 % en 2026 et 4,4 % en 2027. De telles projections supposaient une atténuation de l'intensité du conflit au Moyen-Orient mais si le scénario du “super El Niño” se confirmait dans les prochains mois, elles devraient être révisées à la baisse. 

Ainsi, selon Anthony Nyong, la baisse attendue du PIB des pays les plus exposés se situerait entre 1 % et 2 % en moyenne, ce qui explique l'estimation globale de 10 à 20 milliards de dollars à l'échelle du continent. 

Sur le terrain, les effets se feraient déjà sentir : les agriculteurs africains ont déjà subi des pertes de revenus de près de 330 millions de dollars cette année alors que, parallèlement, le secteur de la pêche pourrait lui aussi être durement touché par le réchauffement des eaux marines et la multiplication des tempêtes. Conséquence : selon certaines estimations, une baisse de productivité halieutique de 1 à 4 % est à prévoir. 

Par ailleurs, des sources bien informées estiment que le prix du maïs, aliment de base pour de nombreux pays africains, pourrait doubler, aggravant l'insécurité alimentaire déjà fragile dans plusieurs zones du continent.

Une menace réelle sur plusieurs secteurs économiques

Au-delà de la sécurité alimentaire et hydrique, les finances publiques et les secteurs bancaires pourraient également être fragilisés si les catastrophes endommagent les infrastructures, laissant des pays en manque de liquidités en difficulté pour rembourser les prêts associés. 

C’est ainsi que la BAD évoque un risque de “piège du financement climatique” matérialisé par le fait que des gouvernements pourraient être contraints de détourner des crédits initialement destinés à la santé, à l'éducation ou aux infrastructures pour faire face aux urgences climatiques, dans un contexte de ressources déjà limitées. 

Une menace sur des pays déjà fragiles 

Plusieurs pays sont identifiés comme particulièrement exposés aux répercussions humanitaires de ce phénomène. Ainsi du Soudan, du  Soudan du Sud, de la République démocratique du Congo, de la Somalie, du Mali, du Burundi et du Nigeria, pour en citer quelques-uns. On constate qu’il s’agit de territoires déjà fragilisés par des crises sécuritaires, humanitaires ou institutionnelles préexistantes, ce qui pourrait démultiplier les effets de ce choc climatique supplémentaire.

La situation est d’autant plus préoccupante qu’une agence onusienne rapportait que l'an dernier que plus de 13 millions de personnes avaient été affectées par des événements météorologiques extrêmes et que plus de 3 000 décès avaient été enregistrés sur le continent de leur fait.

Un poids de plus sur les besoins de financement 

Face à ces menaces, l'Afrique aurait besoin d'un financement pouvant atteindre environ 100 milliards de dollars cette année pour s'adapter aux impacts combinés d'El Niño et du changement climatique. 

Pour organiser sa riposte, la Banque prévoit une réunion plénière en septembre afin d'évaluer l'impact d'El Niño sur les projets en cours et d'envisager un réajustement des financements destinés aux pays touchés. 

Elle entend également coordonner la mobilisation de ressources supplémentaires auprès du Fonds vert pour le climat, du Fonds d'adaptation et d'autres mécanismes financiers internationaux.

Autant dire que l’imminence de ce “super El Niño” est un casse-tête de plus pour l’Afrique qui doit, plus que jamais, continuer à courir plusiers lièvres à la fois dans un contexte géopolitique et géo-économique de plus en plus incertain. (TransContinentsAfrica

PUBLICITÉ
Espace Publicitaire
336×280