L’intelligence artificielle au coeur du Sommet Corée-Afrique

ENJEU. La 8e Conférence ministérielle de la KOAFEC, la Coopération économique Corée-Afrique a mis en son coeur l'intelligence artificielle et les infrastructures numériques.

L’intelligence artificielle au coeur du Sommet Corée-Afrique

Séoul accueille depuis le 8 septembre et jusqu'au 11 septembre 2026 quelque quarante-cinq délégations gouvernementales africaines dans le cadre du Sommet Corée-Afrique. Le thème retenu, “Exploiter l'intelligence artificielle et les infrastructures numériques pour la transformation de l'Afrique”, dit à lui seul la bascule en cours : l'IA n'est plus un supplément d'âme technologique, elle est devenue un axe central de la diplomatie économique du continent.

Faire de l’IA et du numérique un pilier de la coopération 

La rencontre, co-organisée par la Banque africaine de développement (BAD) et le ministère coréen de l'Économie et des Finances, doit déboucher sur une déclaration conjointe et sur un plan d'action 2027-2028 couvrant la transformation numérique et l'intelligence artificielle (IA), l'énergie, les infrastructures, le commerce, le développement du secteur privé et le capital humain. 

En marge des travaux, le vice-Premier ministre sud-coréen Koo Yun-cheol et le président de la BAD, Sidi Ould Tah, ont acté de faire de l'IA et du numérique un pilier de la relation entre Séoul et le continent. Des délégations africaines doivent également visiter des entreprises sud-coréennes spécialisées dans l'IA et des sites industriels.

Ce rapprochement s'inscrit dans une continuité : Séoul avait déjà annoncé 14 milliards de dollars d'investissements pour l'Afrique lors du premier sommet Corée-Afrique de 2024. 

Il faut dire que la Corée  cherche à consolider ses positions technologiques et commerciales sur un continent où la concurrence internationale, notamment du fait de la Chine, des pays du Golfe, des États-Unis et de l’Europe, s'intensifie autour des mêmes enjeux : data centers, câbles sous-marins, chaînes d'approvisionnement en semi-conducteurs. Face à cette révolution, l'Afrique ne veut pas être spectatrice.

L’Afrique veut être un acteur plein malgré les grands défis à surmonter

L'Union africaine a adopté dès 2024 une Stratégie continentale sur l'intelligence artificielle, arrimée à l'Agenda 2063, revendiquant une approche "africaine, éthique, responsable, inclusive". Sur le terrain, le mouvement est réel : une quinzaine de pays disposent désormais d'une politique nationale d'IA officiellement adoptée, et vingt-quatre autres en préparent une, selon le classement 2026 de gouvernance de l'IA établi par Lawyers Hub. Quarante-cinq pays ont par ailleurs adopté une législation sur la protection des données, un préalable indispensable à tout déploiement sérieux.

Les infrastructures suivent, à des vitesses très inégales. L'Afrique du Sud reste, et de loin, le marché le plus mature avec près d'une cinquantaine de data centers concentrés autour de Johannesburg et du Cap, seule région d'Afrique subsaharienne où Amazon Web Services et Microsoft Azure ont déployé une présence cloud locale. Le Sénégal construit son propre écosystème, entre le point d'atterrissage du câble 2Africa à Onix, le Datacenter national de Diamniadio et l'offre Tier III de Sonatel. Le Ghana et le Bénin avancent également, tandis que l'Afrique centrale reste, elle, la région la moins équipée du continent, avec des projets encore largement à l'état d'ébauche en République démocratique du Congo, au Congo-Brazzaville ou au Gabon.

Au final, le diagnostic qui revient, conférence après conférence, est toujours le même. Les stratégies existent, les déclarations d'intention s'accumulent, mais l'écart avec le déploiement opérationnel demeure large. 

L’Afrique confrontée à un goulot d'étranglement : l'exécution

L'Afrique reste confrontée à un déficit structurel de puissance de calcul, de données fiables et de compétences spécialisées. Une plateforme de diagnostic médical assisté par IA, pour prendre un exemple concret, suppose des données hospitalières fiables, des praticiens formés, des protocoles de validation et une intégration réelle dans les établissements de santé, une chaîne complète que peu de pays sont aujourd'hui en mesure d'offrir de bout en bout.

La question des organismes de régulation dotés de moyens réels se pose également avec la même acuité : sans capacité d'exécution, les stratégies nationales risquent de demeurer des textes sans prise sur le réel. La coopération régionale, qui devait permettre de mutualiser des ressources rares et d'harmoniser des standards, reste précisément l'un des maillons les plus faibles de l'édifice. Cela pose la question de la souveraineté si souvent revendiquée actuellement. Et c'est là que se noue l'enjeu véritable du sommet de Séoul.

La question de la place de l’Afrique est posée

Pour l'Afrique, il ne s'agit plus de savoir s'il faut entrer dans la révolution de l'IA mais de choisir la place qu'elle veut y occuper : simple consommatrice de technologies importées ou coproductrice de savoir-faire, de valeur et d'emplois qualifiés. 

Beaucoup de pays du continent dépendent aujourd'hui d'infrastructures et de modèles conçus ailleurs. Cette dépendance technologique fragilise leur autonomie décisionnelle au moment même où l'IA devient, selon la formule qui circule désormais dans les cénacles africains, un langage de puissance et un instrument d'influence.

Le partenariat noué à Séoul offre à ce titre un test grandeur nature. La Corée du Sud apporte une expertise industrielle et technologique éprouvée, l'Afrique apporte un marché de plus d'1,4 milliard d'habitants, une jeunesse nombreuse et des besoins immenses en connectivité, en énergie et en services numériques. 

Des questions en suspens

Reste à savoir si le plan d'action 2027-2028 saura transformer cette complémentarité en projets tangibles, et si les capitaux coréens, à la différence d'autres partenariats déjà noués par le continent, s'accompagneront d'un véritable transfert de compétences plutôt que d'une simple relation fournisseur-client. C'est, in fine, toute la partition que l'Afrique doit désormais apprendre à jouer sur l'échiquier mondial de l'intelligence artificielle : négocier non plus seulement des financements, mais sa place dans la chaîne de valeur. (TransContinentsAfrica)

PUBLICITÉ
Espace Publicitaire
336×280