C'est un aéroport Blaise-Diagne presque silencieux qui a accueilli la flamme olympique, vers 23 heures, dans la nuit du 10 au 11 septembre. Aile sécurisée, aucun public, tournage interdit. La discrétion, ici, n'était pas un choix protocolaire mineur : elle disait la prudence d'un pays qui sait qu'il s'apprête à vivre un moment qui le dépasse.
Une première pour le continent
Jamais les Jeux Olympiques de la Jeunesse ne s'étaient installés en Afrique. Singapour en 2010, Nankin en 2014, Buenos Aires en 2018 : trois éditions, trois continents, et cette impression tenace que l'olympisme s'arrêtait au Cap Bon. La flamme elle-même avait rarement traversé le continent, sinon pour quelques heures de transit protocolaire.
Dakar change la donne. Du 31 octobre au 13 novembre, 2 700 athlètes de moins de 17 ans, venus de 207 délégations, disputeront 35 disciplines. Un chiffre à retenir : jamais une compétition olympique n'avait eu le Sénégal, ni l'Afrique de l'Ouest, pour terre d'accueil.
Cinquante jours, trois mille six cents kilomètres
La cérémonie d'allumage à Athènes s'est déroulée en présence d'une délégation conduite par la ministre de la Jeunesse et des Sports, Djirèye Clotilde Coly. Le président du Comité olympique hellénique, Isidoros Kouvelos, a remis la torche à Mamadou Diagna Ndiaye, avant que la flamme ne soit placée dans sa lanterne pour la traversée vers Dakar.
Sa présentation officielle au public est prévue ce week-end, place du Souvenir africain, dans le centre de la capitale. Le relais national, lui, s'élancera de Dakar-Plateau à partir du 14 septembre, porté par environ 450 à 500 relayeurs. Le parcours annoncé est vertigineux : 3 600 kilomètres à travers toutes les régions du pays, de la banlieue dakaroise à la Casamance, en passant par Kédougou. Parmi les porteurs, de jeunes sportifs anonymes côtoieront des figures connues, à l'image de l'acteur franco-sénégalais Omar Sy.
Sept semaines de tournée avant l'ouverture. Le temps, pour chaque région, de s'approprier un événement trop souvent vécu de loin, à travers un écran de télévision braqué sur d'autres continents.
La Teranga mise à l'épreuve du protocole
Les autorités locales ont été mobilisées pour préparer l'accueil : propreté des villes traversées, sécurisation du parcours, mobilisation des jeunes. Derrière ces consignes administratives se joue quelque chose de plus profond, la capacité du pays à transformer son hospitalité légendaire, cette Teranga qu'on invoque si souvent dans le discours, en organisation concrète, mesurable, filmée par le monde entier.
C'est là que se situe l'enjeu réel de ces cinquante prochains jours : faire la preuve, non plus dans les mots, mais dans les faits.
Au-delà du sport, c'est une part de la crédibilité organisationnelle du continent qui se joue dans cette flamme qui traverse le pays. Après les grands raouts diplomatiques et les sommets économiques, l'Afrique s'apprête à recevoir, pour la première fois, la jeunesse sportive du monde entier et avec elle, le regard scrutateur des médias, des fédérations et des futurs investisseurs d'un événement plus vaste encore, à l'horizon 2036 ou au-delà. (TransContinentsAfrica)
