Diomaye Faye au siège du FMI : une épreuve de vérité pour le pouvoir sénégalais

MOMENT. L’heure de discussion au siège du FMI avec Kristalina Georgieva a été bien loin du rendez-vous protocolaire auquel pouvait faire penser la cordialité des deux parties.

Diomaye Faye au siège du FMI : une épreuve de vérité pour le pouvoir sénégalais

Remettons les choses à l’endroit. Le 1er septembre dernier, un accord technique a été signé entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI). Il concerne essentiellement les services et porte sur un programme de 2,2 milliards de dollars au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), sur trois ans.

La rencontre ce 15 septembre entre le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, et la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, peut être considéré comme un moment qui vient clore à Washington une séquence entamée deux semaines plus tôt à Dakar étant entendu que deux étapes restent encore à franchir :  l'aval de la direction du FMI et celui de son conseil d'administration. Au regard du temps et de la tension autour de la nature de l’accord à signer avec l’institution de Bretton-Woods, il s’est agi là d’une étape cruciale pour un pouvoir sénégalais sous surveillance. 

Le prix politique d'un redressement

Pour le président sénégalais, cette rencontre a d'abord été un exercice d'équilibriste. Élu sur la promesse d'une rupture avec les pratiques de gouvernance antérieures, Diomaye Faye doit désormais composer avec l'institution que son propre camp, du temps de l'opposition, désignait volontiers comme un symbole de dépendance extérieure. Le chef de l'État a pris soin, à Washington, d'assurer que le redressement économique engagé “ne se ferait pas au détriment des populations, notamment des plus vulnérables”. Une phrase qui vaut autant pour Georgieva que pour l'opinion sénégalaise.

Le choix de la transparence pour séduire

Ce nouveau programme triennal, adossé à la Facilité élargie de crédit, intervient dans un contexte particulier : celui d'une dette publique révisée à la hausse après l'audit commandé par le nouveau pouvoir, qui avait mis au jour des engagements dissimulés sous le magistère précédent. Le message que Dakar cherche à envoyer, à travers cette accélération voulue vers l'approbation du Conseil d'administration, est celui d'un pays qui a fait le choix de la transparence plutôt que celui du contournement. Un pari qui engage la crédibilité du tandem Faye-Sonko autant que celle du Sénégal.

Un précédent qui parle à tout le continent

Cette séquence qui s’est déroulée à Washington dépasse le seul cas sénégalais. Elle est à inscrire dans un mouvement continental où le rapport de forces entre États africains et institutions de Bretton Woods se redessine, dossier après dossier. La Côte d'Ivoire vient d'achever son propre programme avec le FMI et d'obtenir le statut, inédit en Afrique subsaharienne, de pays à “faible risque de surendettement”. Le Kenya, le Ghana, le Congo-Brazzaville, la Guinée-Bissau restent, eux, engagés dans des cycles de négociation plus heurtés. L'Égypte demeure le premier débiteur africain du Fonds.

Kristalina Georgieva elle-même a choisi, lors du sommet Africa Forward de Nairobi, de qualifier l'Afrique de futur “moteur de croissance” de l'économie mondiale, tout en appelant les gouvernements du continent à réduire leur dépendance à l'endettement et à accélérer l'intégration par la Zone de libre-échange continentale africaine. Un discours d'encouragement qui n'efface pas la réalité : les pays africains portent 31,5 % de l'encours mondial des prêts du FMI, pour un continent qui pèse une fraction marginale du PIB planétaire.

Une séquence de diplomatie financière 

Ce qu’a joué Diomaye Faye à Washington, d'autres chefs d'État l'ont joué ou le joueront avant ou après lui. La manière dont chaque capitale négocie ses marges, avec une protection sociale maintenue, un ciblage des subventions à l'énergie, un apurement des arriérés dus au secteur privé, devient un indicateur observé bien au-delà de ses frontières, par les investisseurs comme par les opinions publiques voisines. 

Le fait que le président sénégalais ait tenu, le même déplacement, à rencontrer la Banque mondiale, le patronat américain et des entreprises technologiques, montre une volonté de ne pas réduire ce voyage à un simple passage devant le guichet du Fonds.

Les Sénégalais jugeront sur la base de faits concrets

Reste que l'équation politique intérieure n'attendra pas le calendrier du Conseil d'administration. Les Sénégalais jugeront ce programme à l'aune de ce qu'il changera concrètement à leur quotidien — bourses de sécurité familiale, couverture maladie universelle, paiement des arriérés aux entreprises. C'est sur ce terrain-là, plus que dans les couloirs de Washington, que se mesurera la Teranga d'un État envers les siens, au moment même où il rassure ses créanciers.

Au-delà du seul Sénégal, cette rencontre confirme une tendance de fond : la diplomatie économique est devenue, pour les dirigeants africains, un prolongement à part entière de la diplomatie politique. Entre souveraineté revendiquée et financements recherchés, le continent continue d'écrire, capitale après capitale, les termes renouvelés de sa relation avec les institutions financières internationales. (TransContinentsAfrica)

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