La rencontre avec des investisseurs à Lagos à la fin de ce mois de juin a été l’occasion pour le Nigeria par la voix de sa directrice générale de l’Office nigérian de gestion de la dette (DMO) de marquer sa volonté d’adopter une démarche pragmatique dans sa lutte contre le changement climatique. Celle-ci a annoncé le lancement d’une obligation souveraine verte d’un montant de 50 milliards de nairas.
Une offre dans le sillage de précédentes obligations
Selon elle, cette offre s’inscrit dans la continuité des efforts de financement climatique du pays, après les deux premières émissions réalisées respectivement en 2017 et en 2019 et qui ont permis de lever 25,69 milliards de nairas.
Cette obligation souveraine ainsi émise, d’une durée de cinq ans, devrait servir à financer des projets conformes aux Contributions déterminées au niveau national (CDN) du Nigéria, visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. “L’objectif aujourd’hui est de sensibiliser les investisseurs : voici le montant, la durée, et surtout, ce que nous comptons faire avec les fonds”, a-t-elle déclaré avant d’ajouter :
“Il est essentiel de laisser aux investisseurs institutionnels le temps de poser des questions, de réfléchir et de lancer leurs processus internes d’approbation.”Il ne s’agit pas simplement d’un appel de fonds, mais d’un engagement national en faveur du développement durable”.
“L’obligation, destinée aux investisseurs institutionnels avec un investissement minimum de 10 millions de nairas, sera cotée sur la plateforme FMDQ”, a-t-elle poursuivi.
Une réponse à l’urgence climatique
De son côté, Dr Iniobong Abiola-Awe, directrice du Département du changement climatique au ministère fédéral de l’Environnement, a mis en lumière l’urgence climatique et le sens profond de la démarche.
“Le changement climatique n’est pas une menace lointaine. Il est déjà là et met en péril l’humanité et la biodiversité. Ses effets sont visibles : modification des régimes climatiques, chaleurs extrêmes, disparition progressive de l’harmattan, inondations récurrentes et avancée du désert”, a-t-elle indiqué.
Et de poursuivre : “Le Nigéria rétrécit géographiquement et nous n’avons pas de planète B. Ce que nous faisons aujourd’hui sera soit une dette soit un héritage pour la génération future”.
Pour elle, l’émission de l’obligation verte doit être perçue comme la mise en exergue d’un pilier du cadre stratégique du Nigeria pour respecter ses engagements dans le cadre de l’Accord de Paris et de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.
“Le Nigéria s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20 % de manière inconditionnelle, et jusqu’à 47 % avec un appui international”, a-t-elle rappelé précisant que “ces obligations ne sont pas de simples instruments financiers, elles constituent des solutions locales et novatrices en matière de financement climatique”.
Et d’ajouter : “À travers des politiques telles que le Plan climat 2021-2030, le Plan de transition énergétique, les stratégies de reboisement et les projets dans les énergies renouvelables, nous construisons une véritable capacité nationale de résilience face aux impacts climatiques. La préparation de cette nouvelle obligation verte confirme la détermination sans faille du Nigeria à atteindre ses objectifs environnementaux, en parfaite adéquation avec l’agenda présidentiel pour les énergies renouvelables”.
Pour montrer l’efficience de cette initiative, elle a cité plusieurs projets financés par les émissions précédentes, dans des secteurs tels que l’agriculture, l’énergie et les transports, soulignant que de nombreuses initiatives lancées avec la première émission de 2019 ont contribué de manière significative à la lutte contre le changement climatique au Nigéria.
Et Dr Iniobong Abiola-Awe de conclure : “Je suis convaincue, comme l’a souligné la directrice générale du DMO, que nous sommes sur la voie d’un progrès réel dans la lutte contre les effets du changement climatique dans notre pays”.
De quoi maintenir le Nigeria sur l'orbite des pays qui non seulement ne sont pas climatosceptiques mais agissent forts de la conviction que le changement climatique n'est pas une fiction. (TransContinentsAfrica)
