Niger : l’inquiétant silence autour de la disparition de Moussa Kaka

TENSION. Depuis trois semaines, Moussa Kaka, figure connue du journalisme nigérien, a quitté son bureau de Niamey sans jamais rejoindre son domicile.

Niger : l’inquiétant silence autour de la disparition de Moussa Kaka

Le 31 août 2026, vers 19 heures, le directeur général de Radio Télévision Saraounia (RTS) sort des locaux de son groupe de médias. Depuis, plus rien. Ni un appel, ni un message à ses proches, ni un signe à ses collaborateurs. Pas de quoi rassurer, bine au contraire. 

Un nom qui pèse dans le paysage médiatique ouest-africain

Moussa Kaka n'est pas un inconnu du sérail. Ancien correspondant de Radio France Internationale au Niger, il a bâti sa réputation sur une couverture sans concession de l'actualité nationale, jusqu'à faire de RTS l'un des médias audiovisuels privés les plus suivis du pays.

Ce nom a déjà, par le passé, croisé la route des autorités. En 2007, il avait été arrêté après avoir mené des interviews téléphoniques avec des responsables rebelles du Mouvement des Nigériens pour la Justice. En novembre 2025, nouvelle interpellation, cette fois aux côtés de cinq autres confrères, avant une remise en liberté provisoire.

Un contexte politique explosif

Sa disparition ne survient pas dans un vide. Elle intervient quelques jours à peine après la tentative de déstabilisation avortée dans la nuit du 28 au 29 août 2026 à Niamey, un épisode qui a rappelé, une fois de plus, la fragilité du pouvoir en place depuis le coup d'État de 2023.

La junte militaire nigérienne est régulièrement pointée du doigt par les organisations de défense de la liberté de la presse. RFI, média pour lequel Moussa Kaka a longtemps travaillé, reste d'ailleurs suspendu sur le territoire national.

La mobilisation s'organise, les autorités restent mutiques

Reporters sans Frontières a été la première organisation à tirer la sonnette d'alarme, dès le 2 septembre, réclamant l'ouverture immédiate d'une enquête. Deux semaines plus tard, faute de résultats, l'Union des Journalistes de la Presse Libre Africaine (UJPLA) a haussé le ton dans un communiqué daté du 14 septembre, exigeant la “localisation sans délai” du journaliste et l'abandon de toute poursuite liée à l'exercice normal de son métier.

La solidarité confraternelle dépasse désormais les frontières nigériennes. Au Cameroun, Georges Alian Boyomo, directeur de publication du quotidien Mutations et secrétaire général du réseau des patrons de presse, a publiquement appelé à sa libération, signe que l'affaire commence à irriguer les rédactions de la sous-région.

Face à ce mur de silence, la Fédération internationale pour les droits humains avance une hypothèse, prudente mais glaçante : Moussa Kaka aurait pu être intercepté sur le chemin de son domicile. Aucune autorité nigérienne n'a, à ce jour, confirmé ni infirmé cette version.

Au-delà du sort d'un homme, c'est la question plus large de l'espace laissé à la presse indépendante dans un Sahel en recomposition permanente qui se pose à nouveau. De Niamey à Conakry, en passant par N'Djamena, la même mécanique se répète : suspension de médias, retraits d'accréditation, interpellations, et désormais cette disparition dont l'ombre plane sur toute une profession. (TransContinentsAfrica)

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