Massacre de Thiaroye : le 81e anniversaire commémoré

SOUVENIR. Le drame du 1er décembre 1944 est toujours vivace dans l’esprit des Sénégalais et des Africains. Entre 35 et 400 Tirailleurs y avaient été tués par des militaires français.

Massacre de Thiaroye : le 81e anniversaire commémoré

Le 1er décembre 1944, au petit matin, des tirailleurs originaires de 17 pays africains ont été victimes d’un massacre perpétré par des hommes des troupes coloniales et de la gendarmerie française. C’était dans le camp militaire de Thiaroye, en banlieue dakaroise. Les victimes réclamaient le paiement de leurs indemnités et soldes après leur participation à la Seconde Guerre mondiale. C’est cet événement dramatique qui est commémoré ce jour à Dakar. 

Une commémoration qui n'implique pas que le Sénégal

Placée sous le haut patronage du président de la République Bassirou Diomaye Faye, cette commémoration intervient dans un contexte marqué par la volonté des autorités sénégalaises de “rétablir la vérité historique” sur cet épisode douloureux de l’histoire africaine, indique un dossier de presse du gouvernement.

La première édition de cette commémoration, organisée en 2024, avait réuni les présidents de la Mauritanie, des Comores, de Gambie, de Guinée-Bissau et du Gabon, et avait connu « un succès exceptionnel et un retentissement mondial », selon la même source.

Les Tirailleurs, bien que surnommés « sénégalais », provenaient de 17 territoires coloniaux français devenus aujourd’hui des pays indépendants, dont le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Mali, le Niger, le Tchad et Madagascar.

Preuve que le sujet va au-delà du Sénégal, le président gambien a assisté à cette 2e édition de commémoration. Dès dimanche 30 novembre, sa délégation avait quitté l’aéroport international de Banjul.

Des découvertes qui modifient le narratif sur Thiaroye

Lors du Conseil des ministres du 19 novembre dernier, le chef de l’État a demandé au gouvernement de “prendre toutes les dispositions pratiques” pour le bon déroulement des cérémonies et de “poursuivre le travail de recherche scientifique entamé” pour rétablir la vérité sur ces événements.

Un Comité de Commémoration a été installé le 14 novembre 2025 avec pour mission d’assurer le suivi des engagements de l’État, de réhabiliter le site de Thiaroye, de diffuser le Livre Blanc sur le massacre et d’intégrer cette histoire dans les programmes scolaires.

Les récentes fouilles archéologiques menées sur le site ont révélé des découvertes “extrêmement encourageantes”, selon le Pr Moustapha Fall, président de la sous-commission archéologie. Les recherches ont notamment confirmé l’existence de sépultures réelles et révélé que les 34 tombes officielles seraient “une mise en scène” pour correspondre au nombre de victimes avancé par l’administration coloniale.

Les investigations ont également permis de découvrir la présence de gradés parmi les victimes, avec des insignes militaires, ainsi qu’un individu retrouvé enchaîné. Les analyses ont identifié plusieurs types de pratiques d’enterrement, suggérant “plusieurs types de massacre”.

Au-delà des vérités autour de ce drame, instruire

Le président Faye a annoncé cinq mesures stratégiques : l’érection d’un mémorial à Thiaroye, la création d’un centre de documentation, le baptême de rues et places, l’enseignement de cette histoire dans les écoles et la célébration annuelle d’une Journée du Tirailleur le 1er décembre.

Pendant la cérémonie de ce 81e anniversaire, le président du comité de commémoration, l’historien Mamadou Diouf, a estimé que cette date constitue “une opportunité pour ouvrir un dossier emblématique des pratiques de gouvernance coloniale”.

Il a rappelé que l’événement de 1944 est marqué par “une double manœuvre de dissimulation et de reconfiguration” évoquant les limites des recherches menées jusque-là. Selon lui, le renforcement des cycles de commémoration s’inscrit désormais dans une perspective régionale et panafricaine. Il a précisé que Thiaroye représente aujourd’hui “une mémoire vive, porteuse d’une conscience africaine”.

Mamadou Diouf a mis en avant la nécessité d’intensifier les investigations historiques, de soutenir les travaux artistiques et pédagogiques et de promouvoir une mémoire autonome.

Il a présenté le Livre blanc publié par le gouvernement sénégalais comme “une séquence inédite” mettant à disposition des archives longtemps restées dans l’ombre. “Notre seul viatique demeure les exigences de vérité”, a-t-il conclu, appelant les États africains à poursuivre les recherches et à documenter les crimes coloniaux.

Ce que le vice-président de la Côte d’Ivoire a dit

Tiémoko Meyliet Koné, invité à Dakar, a rappelé l’importance régionale de cette mémoire.  “La justice, même tardive, demeure une exigence sur les tirailleurs africains revenus du front et victimes d’une répression d’une violence extrême”, a-t-il expliqué rappelant que "ces soldats ont combattu “au nom d’un idéal universel : la liberté”. Selon lui, “la paix et le dialogue restent les seuls chemins capables d’empêcher le retour de telles tragédies”.

Évoquant la contribution de la Côte d’Ivoire au contingent des tirailleurs, il a affirmé que son pays porte “une responsabilité morale dans la préservation de cette mémoire”. Il a assuré de son engagement à “transmettre aux générations futures l’histoire de cette tragédie”. “Que la mémoire de Thiaroye soit constante, qu’elle renforce notre engagement pour la paix, la justice et la dignité humaine”, a-t-il conclu. (TransContinentsAfrica)

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