La conférence nationale des acteurs politiques qui vient de se tenir à Bamako fait entrer le Mali dans une nouvelle ère qui tourne définitivement le dos à la transition et ouvre un chapitre où les partis politiques semblent partis pour être réduits à la portion congrue.
Le cadre : un dialogue avant une conférence nationale
A l'issue d'un dialogue tenu mardi 26 avril, la conférence nationale a recommandé de nommer le chef de la junte, Assimi Goita, qui a pris le pouvoir à la suite de coups d'État en 2020 et 2021, président avec un mandat de cinq ans renouvelable ainsi que non seulement de dissoudre tous les partis politiques mais aussi d’en durcir les conditions de création.
Ainsi, la phase nationale des consultations des forces vives, tenue le 28 avril 2025 au Centre international de conférences de Bamako (CICB), a débouché sur une série de propositions visant une refonte radicale de la scène politique malienne.
Des recommandations qui bouleversent la donne politique
Présidée par le Premier ministre, le général Abdoulaye Maïga, la session a rassemblé dans une salle des représentants de la société civile, des autorités traditionnelles et des Maliens de la diaspora.
Les recommandations issues de ces échanges marquent une rupture nette avec le système partisan en vigueur. Il est notamment proposé d’instaurer des critères stricts pour la création de nouveaux partis, avec une caution de 100 millions de francs CFA, des conditions d’âge fixées entre 25 et 75 ans pour les dirigeants, et une exigence de représentativité territoriale. Le financement public des partis serait supprimé, et le statut de chef de file de l’opposition abrogé, tout comme le nomadisme politique, passible de sanctions.
Sur le plan institutionnel, revenons-y, les participants appellent à une révision de la charte de la Transition pour permettre au général Goïta d’être officiellement nommé Président de la République dès 2025, “à l’instar de ses pairs de l’AES”, avec le maintien des organes actuels “jusqu’à la pacification du pays”. Au Burkina Faso et au Niger, les dirigeants issus de coups d’État ont chacun été maintenus au pouvoir pour une transition de cinq ans à l’issue de consultations nationales.
Parallèlement, toutes les échéances électorales seraient ainsi suspendues. Le scrutin présidentiel, désormais à tour unique, serait assorti d’une caution de 250 millions de francs CFA pour les candidats. A noter que ces recommandations devraient être appliquées dans les prochains jours.
Loin des promesses du début
Ces orientations s’inscrivent dans le prolongement des réformes issues des Assises Nationales de la Refondation (ANR) et de la nouvelle Constitution adoptée en juillet 2023, dans un contexte post-coup d’État marqué par une volonté affichée des autorités de transition de redéfinir le socle institutionnel du Mali.
Il est loin le temps où les militaires, arrivés au pouvoir par coup d’Etat, s'étaient engagés à organiser des élections en février 2022, un calendrier qui a été repoussé à plusieurs reprises. Ils avaient promis de lutter contre l'insécurité dans le pays où des groupes djihadistes alliés à l'État islamique et à Al-Qaïda opèrent depuis plus d'une décennie après s'être détachés d'une rébellion touareg dans le nord.
Aujourd’hui, Assimi Goïta, 41 ans, qui était colonel au moment des coups d'État qui l'ont porté au pouvoir, a été élevé au rang de général cinq étoiles en octobre 2024. Il a occupé le poste de "président de la transition" du Mali depuis 2021. Une page se tourne désormais. (TransContinentsAfrica)
