Le ton est mesuré, le fond ne l'est pas dans l’entretien qu’il a accordé à Radio France Internationale ce 27 octobre. Pour Mohamed Ayib Salim Daffé, président du groupe Pastef-Les Patriotes, le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 pèche d'abord par son manque de “transparence”, de “sincérité budgétaire” et de lisibilité de la politique économique.
Le texte, déposé le 18 septembre, devait être voté vendredi en plénière. La majorité a accepté de reporter l'examen à ce mardi 27 octobre pour laisser une chance au dialogue. Sans renoncer à ses exigences.
L'énergie au cœur du différend
La subvention énergétique bondit de 250 à 790,3 milliards de FCFA, sous l'effet de la flambée du brut née du blocage du détroit d'Ormuz. Pastef conteste son financement : quelque 555 milliards retirés à l'investissement, au détriment de centres de santé, d'hôpitaux et d'ouvrages hydrauliques.
Le député plaide pour une autre équation : réduire les taxes sur les carburants, jugées très élevées, à mesure que la subvention recule. Ousmane Sonko a chiffré l'enjeu : un litre de gasoil qui passerait de 755 à près de 867 FCFA.
Une marge financière étroite
L'exécutif, lui, manœuvre sous contrainte. Le déficit est projeté à 7,6 % du PIB, contre 5,4 % prévus, et les recettes sont révisées à la baisse. Le rendement attendu du Plan de redressement économique et social chute de 762,9 à 311,5 milliards, la taxation des jeux de hasard ne devant rapporter que 120 milliards au lieu de 300. Le texte doit cadrer avec l'accord conclu le 1er septembre avec le FMI pour un programme de 36 mois, encore soumis au conseil d'administration du Fonds. Les obligations sénégalaises ont déjà accusé le coup.
Le Pastef exige aussi les accords et l'usage des 120 milliards du CERP de la Banque mondiale, l'encadrement des fonds spéciaux et la réduction du train de vie de l'État. Des documents toujours manquants, selon Daffé, qui accuse l'exécutif de “jouer à cache-cache” : il a fallu, dit-il, “beaucoup de gymnastique” pour retrouver dans les lignes de crédits le financement de la subvention.
L'ombre de mai et du limogeage de Sonko de la Primature
Le député récuse toute revanche après le limogeage d'Ousmane Sonko de la primature, en mai. Mais il dénonce le “mépris” d'un gouvernement sommé de “descendre de son piédestal”. Sur fond de vie chère et de mouvements sociaux, la majorité se pose en rempart des ménages. Le gouvernement, qui double les bourses de sécurité familiale de 35 à 70 milliards, revendique la même ambition. Le différend est donc aussi une bataille pour la légitimité sociale.
Les armes de la Constitution pour chaque partie
Si le dialogue échoue, chacun a ses outils. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô peut engager la responsabilité du gouvernement sur une loi de finances (article 86, alinéa 6) : le texte passe, sauf motion de censure déposée sous 24 heures. Sonko lui-même y avait recouru en décembre 2024. Avec 130 sièges sur 165, Pastef peut censurer. “Rien n'est exclu”, prévient Daffé.
Le président Bassirou Diomaye Faye détient, lui, la dissolution, possible dès le 2 décembre, deux ans après l'installation de la législature. “Nous sommes prêts à aller aux élections à tout moment”, rétorque le député.
À quelques jours des Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar, une première en Afrique, Daffé assure que Pastef, dont relève le maire de la capitale, n'est pas dans la “surenchère”. Mais l'enjeu dépasse la LFR. Il annonce la bataille de la loi de finances 2027 et éprouve un régime où le chef de l'État et le parti qui l'a porté au pouvoir ne parlent plus d'une seule voix. (TransContinentsAfrica)
