C'est par un communiqué lu à la télévision d'État, l’ORTM, que l’information a été donnée comme quoi la décision de suspendre les partis politiques avait été transformée en décision de dissolution. A la manoeuvre pour la validation : le général Assimi Goïta à la tête du Mali après les coups d’Etat de 2020 et 2021.
Les justifications avancées pour cette décision controversée
Pour les autorités de transition, cette décision se justifie par la nécessité de rationaliser un paysage politique jugé trop fragmenté, alors que les consultations des forces vives de la nation tenues les 16 et 17 avril 2025 dans les régions et à l’extérieur, suivies de la phase nationale à Bamako les 28 et 29 avril 2025, ont mis en avant des attentes similaires.
Mamani Nassiré, ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des réformes politiques et du soutien au processus électoral, a par ailleurs précisé que cette dissolution s’inscrit dans le cadre des réformes engagées pour refonder l’État malien, conformément aux recommandations des assises nationales de la refondation de 2021, lesquelles avaient formulé 517 recommandations.
Il a ajouté qu’une nouvelle loi destinée à remplacer la charte des partis politiques sera élaborée dans les prochains mois avec la participation de tous les acteurs concernés, pour garantir une gestion sereine et harmonieuse de la vie politique, en accord avec les aspirations du peuple malien.
En parallèle, des arrestations et des enlèvements
Pendant ce temps, trois politiciens de l'opposition auraient été enlevés ces derniers jours, selon des responsables de partis et des militants des droits de l'homme, ce qui fait craindre une montée de la répression.
Human Rights Watch a déclaré dans un communiqué la semaine dernière qu'Abba Alhassane, secrétaire général de la Convergence pour le développement du Mali (CODEM), a été arrêté par des "hommes armés masqués se faisant passer pour des gendarmes" le 8 mai. Le groupe a également déclaré que des "hommes non identifiés" avaient saisi El Bachir Thiam, chef du parti Yelema, dans la ville de Kati, en dehors de Bamako, le même jour.
Le 11 mai, un membre du CODEM, s'exprimant sous couvert d'anonymat pour des raisons de sécurité, a déclaré que le parti n'avait pas eu de nouvelles d'Abdoul Karim Traoré, un dirigeant de la jeunesse du parti, depuis deux jours et craignait qu'il n'ait également été enlevé. Le ministère de la Sécurité du Mali n'a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire le mardi.
Quoiqu’il en soit, des temps difficiles attendent le Mali et les manifestations contre la décision qui affirme véritablement un tournant le prouvent bien.
Une décision rudement contestée
Le mois dernier, une conférence nationale des acteurs politiques au Mali a recommandé de nommer Goita à la présidence avec un mandat de cinq ans ainsi que la dissolution des partis.
Lors des manifestations à Bamako les 3 et 4 mai, plusieurs centaines de manifestants portaient des pancartes réclamant des élections multipartites et scandaient des slogans tels que : "A bas la dictature, vive la démocratie". La junte s'était initialement engagée à organiser des élections en février 2022.
Avant une autre manifestation qui avait été prévue le 9 mai, le Mali avait suspendu les activités politiques dans tout le pays, obligeant les partis de l'opposition à annuler leur rassemblement. C’était déjà un premier pas assuré vers la dissolution des partis. (TransContinentsAfrica)
