“Les élèves doivent utiliser l'Intelligence artificielle de manière rationnelle”

MISE EN GARDE. "Il faut veiller à ce que l’IA ne dépossède pas les élèves de leur faculté de réflexion, de raisonnement et de questionnement", estiment des enseignants.

“Les élèves doivent utiliser l'Intelligence artificielle de manière rationnelle”

L'intelligence artificielle apporte une nouvelle dimension à l’univers des outils à la disposition des enseignants et des élèves mais sa puissance en fait un allié délicat. Comment faut-il procéder pour ne pas la subir ? Comment faire pour qu'elle serve les différents acteurs du monde de l’éducation sans les asservir ? La question est cruciale dans tous les environnements et particulièrement dans ceux des pays en développement dont la majeure partie est africaine. Interrogés par l’Agence de presse sénégalaise, des enseignants ont partagé leurs points de vue.

Continuer à encourager le travail personnel des élèves 

”Parler d’avancées technologiques ne suffit pas. Il faut se rappeler que les concepteurs de ces applications comme ChatGPT ne s’en sont pas servis pour les créer. Ils y sont allés avec leurs propres connaissances. C’est un savoir de base qui a déjà été installé”, souligne Daha Ba, professeur de mathématiques au lycée Lamine Guèye, situé en plein centre-ville de Dakar.

De l’avis de cet enseignant du moyen-secondaire, “il faut rationaliser l’utilisation de l’intelligence artificielle” et insister  sur le travail personnel attendu de l’élève, à travers la recherche, la lecture et le questionnement”. ”On est des humains qui doivent réfléchir, raisonner, se questionner. Et cette facilité que nous procure l’IA mène à de l’indolence intellectuelle”, tranche-t-il. Pour lui, sa mauvaise utilisation pourrait conduire à faire perdre aux jeunes apprenants leurs ressources intellectuelles”.

Encourager la créativité scientifique  

”Les géants de la technologie que nous voyons dans ce monde ont beaucoup étudié en leur temps. Et si nous laissons nos enfants à leur merci, il y aura une véritable baisse de leur productivité intellectuelle”, fait encore valoir Daha Ba. Selon lui, "il va falloir former de futurs scientifiques capables de créer eux-mêmes ce type d’applications”. Et d’exprimer la nécessité “d’éviter d’être réduits au statut d’éternels consommateurs”.

Des appréhensions largement partagées 

Pour un de ses collègues chargé de cours en Sciences de la Vie et de la Terre, “si tout espoir des apprenants repose sur l’intelligence artificielle, alors toute réussite en dépendra aussi”. Ce qui serait des plus dommageables pour le mérite individuel des apprenants. 

Dans un autre établissement scolaire, Mme Goudiaby, enseignante en techniques administratives au Centre de formation professionnelle et technique du lycée Maurice Delafosse, manifeste son appréhension arguant que l’IA pourrait être “ un vecteur de paresse”. “Il y a matière à s’inquiéter lorsqu’on voit les élèves, nos enfants utiliser à outrance des outils de l’IA très nocifs à leur propre intelligence”, dit-elle.

Et d’inviter les élèves à retourner vers les méthodes classiques de recherche, à savoir la lecture, regrettant une époque où “pour faire des recherches, les seuls moyens étaient les bibliothèques, les ouvrages, entre autres”. “Il y a eu des progrès, c’est indéniable, mais les élèves ne fournissent plus d’efforts dans l’apprentissage et la recherche”, conclut-elle. (TransContinentsAfrica)

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