L'écrivain Boualem Sansal déchu de sa nationalité algérienne

SANCTION. C’est le tout nouvel académicien français en personne qui a annoncé à Paris la nouvelle de sa déchéance de nationalité. Celle-ci intervient quelques mois après sa libération de prison en Algérie.

L'écrivain  Boualem Sansal déchu de sa nationalité algérienne

Voilà qui ne manquera pas de raviver les critiques à l’endroit de la répression politique et intellectuelle en Algérie. Incarcéré pendant près d’un an et libéré suite à une grâce du président Abdelmajid Tebboune, l’écrivain Boualem Sansal a livré l’information de sa déchéance de nationalité algérienne lors d’une rencontre avec des élèves du lycée Edgar-Quinet, dans le 9ᵉ arrondissement de la capitale française.

Cela a été à l’occasion d’une rencontre à l’initiative de Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France. “Il y a encore sans doute quelques formalités en cours, mais en effet, je suis seulement français désormais”, a déclaré Boualem Sansal, confirmant avoir été privé de son passeport algérien. 

Une mesure lourde de sens politique

Cette annonce intervient dans un contexte de fortes tensions entre le pouvoir algérien et plusieurs figures intellectuelles accusées de porter un regard critique sur le régime et son fonctionnement.

La déchéance de nationalité, si elle se confirme juridiquement, constitue une mesure lourde de sens politique. En Algérie, cet outil est régulièrement perçu par les défenseurs des droits humains comme un moyen de sanction extrême à l’encontre de voix dissidentes, notamment lorsque celles-ci disposent d’une double nationalité. Elle s’inscrit dans une séquence marquée par le durcissement du cadre légal encadrant l’expression publique, les associations et les médias.

Du côté des autorités algériennes, aucune communication officielle n’a, à ce stade, confirmé ou infirmé la déclaration de l’écrivain. Le silence institutionnel contraste avec la portée symbolique de l’annonce, qui alimente les accusations récurrentes de dérive autoritaire formulées par des observateurs internationaux et des ONG.

Le sort réservé aux intellectuels interpellé

Au-delà du cas personnel de Boualem Sansal, l’affaire pose à nouveau la question du traitement réservé aux intellectuels critiques en Algérie et de l’usage politique du droit de la nationalité. Pour ses soutiens, cette décision illustre la volonté du pouvoir de marginaliser, voire d’effacer, les figures jugées incompatibles avec le récit officiel. Pour ses détracteurs, elle confirme une rupture durable entre l’État algérien et une partie de sa diaspora intellectuelle.

Le symbole d’un exilé contraint

Boualem Sansal, connu pour ses prises de position tranchées sur l’autoritarisme, l’islamisme politique et la mémoire historique en Algérie, avait été arrêté puis emprisonné sur fond de poursuites liées à ses écrits et à ses déclarations publiques. Sa détention avait suscité de nombreuses réactions dans les milieux culturels et intellectuels en Europe, plusieurs organisations dénonçant une atteinte grave à la liberté d’expression.

Libéré mais désormais privé de son lien juridique avec son pays natal, Boualem Sansal apparaît ainsi comme le symbole d’un exil contraint, où la sanction administrative prolonge la répression judiciaire, au prix d’une nouvelle atteinte aux libertés fondamentales. (TransContinentsAfrica)

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