L'Afrique face aux événements d'Iran : sous des mots prudents, une franche inquiétude

RÉACTIONS. Sensible à ses multiples impacts sur les prix de l’énergie, la sécurité alimentaire et la stabilité économique globale, le continent a appelé à la désescalade.

L'Afrique face aux événements d'Iran : sous des mots prudents, une franche inquiétude

C’est une inquiétude profonde qui se lit dans les réactions des responsables africains face aux frappes conjointes américano-israéliennes sur le territoire iranien qui ont entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei mais aussi aux ripostes iraniennes sur l’Etat hébreu et les bases des Etats-Unis dans les pays du Golfe et du Moyen-Orient. Ce qui frappe, c’est qu’elles sont restées prudentes ne marquant aucun soutien explicite à l'une ou l'autre partie. Le continent, sensible aux impacts sur les prix de l'énergie, la sécurité alimentaire et la stabilité économique globale, adopte une posture prudente et non-alignée.

L’Union africaine appelle à la retenue

Parmi les premières réactions, celles de l'Union africaine par la voix du président de sa Commission, Mahamoud Ali Youssouf. Celui-ci a mis l'accent sur le droit international et évité de condamner nommément les États-Unis ou Israël, tout en soulignant les risques pour le continent d’une telle déflagration. Pour ce faire, il a publié un communiqué appelant “à la retenue maximale, à une désescalade urgente et à un dialogue soutenu”. Il a averti qu'une nouvelle escalade “risque d'aggraver l'instabilité mondiale, avec de graves conséquences pour les marchés de l’énergie, la sécurité alimentaire et la résilience économique, en particulier en Afrique, où les conflits et les pressions économiques restent aigus”. 

En Afrique du Sud, divergence de vues entre l’ANC, la DA et l’EFF  

De son côté, la Nation arc-en-ciel, membre des BRICS comme l'Iran l’est aussi, a réagi de manière mesurée malgré ses liens historiques avec Téhéran. 

Le président Cyril Ramaphosa a exprimé sa “profonde inquiétude” face à l'escalade et appelé “toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue”. Le gouvernement a insisté sur l'apaisement sans condamner explicitement les frappes. 

En revanche, le parti radical de gauche EFF (Combattants pour la liberté économique) de Julius Malema a adopté un ton plus ferme, affirmant que l'Iran “a le droit de se défendre” et dénonçant une alliance Washington-Tel Aviv “déterminée à défendre les intérêts israéliens quel qu’en soit le coût humain”. 

Face aux frappes américano-israéliennes sur l'Iran qui ont entraîné la mort du Guide suprême, l'Ayatollah Ali Khamenéi, ainsi que les ripostes iraniennes sur Israël et les bases américaines dans les pays du Golfe, les Africains se sont gardés de soutenir explicitement l'une ou l'autre partie.
Face aux frappes américano-israéliennes sur l'Iran qui ont entraîné la mort du Guide suprême, l'Ayatollah Ali Khamenéi, ainsi que les ripostes iraniennes sur Israël et les bases américaines dans les pays du Golfe, les Africains se sont gardés de soutenir explicitement l'une ou l'autre partie.

Pour ce qui est du parti de l’Alliance démocratique présente dans la coalition gouvernementale, il est allé jusqu’à critiquer ce  qu’il qualifie d’hypocrisie de la part du Congrès national africain (ANC), le parti de Ramaphosa en raison de ses relations étroites avec l’Iran dont il faut rappeler qu’il était observateur lors des récentes manoeuvres militaires des Brics en Afrique du Sud. 

Des réactions mesurées ici et là

Ces réactions reflètent la position traditionnelle de nombreux pays africains : non-alignement, priorité à la stabilité régionale et aversion pour les interventions militaires extérieures, tout en évitant de s'aliéner des partenaires occidentaux ou BRICS. L'accent est mis sur les conséquences économiques pour un continent déjà vulnérable aux chocs externes. 

Parmi les réactions des autres pays, on pourra retenir celles du Sénégal dont le gouvernement a exprimé sa “profonde préoccupation” et condamné “l’usage de la force quel qu’en soit le prétexte”. Il a également souligné les risques d’une telle confrontation pour la souveraineté des États mais aussi pour la stabilité mondiale.

Géant d’Afrique, le Nigeria, à l’instar d'autres pays ouest-africains qui se sont exprimés à travers la Cédéao, s’est inscrit dans la trajectoire des appels à la retenue et au dialogue, sans position tranchée là aussi. 

Une attitude de non-alignement et de subtil équilibre

Au final, il convient de noter qu’il y a eu peu de condamnations fermes des frappes la majorité des pays africains privilégiant une position de neutralité et mettant en avant les conséquences indirectes que ces événements ne vont pas manquer d’avoir sur l'Afrique, en l’occurrence la hausse des prix du pétrole, les perturbations logistiques du fait de fermeture du détroit d'Ormuz, l’impact inévitable sur le coût des importations alimentaires et énergétiques.

Derrière, il faut noter la volonté de maintenir une attitude de non-alignement, la priorité à la stabilité régionale et l’aversion pour les interventions militaires extérieures, tout en évitant de s'aliéner des partenaires occidentaux ou BRICS. Un subtil équilibre en somme dans un monde de forts bouleversements géopolitiques et géo-économiques. (TransContinentsAfrica

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