Khaled el-Enany, cet Egyptien qui va prendre les rênes de l’Unesco

TOURNANT. Premier ressortissant d’un pays arabe et deuxième Africain être élu à la tête de l’Unesco, Khaled el-Enany a largement devancé le Congolais Firmin Edouard Matoko lors du vote du Conseil exécutif.

Khaled el-Enany, cet Egyptien qui va prendre les rênes de l’Unesco

C’est dans sa séance du 6 octobre que le Conseil exécutif de l’Organisation des Nations Unies pour la Science et la Culture a fait son choix d’élire directeur général cet ex-ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités et ce pour un mandat de quatre ans. Sa présidente Vera El Khoury Lacoeuilhe a ainsi pu donner les détails du vote qui a départagé Khaled el-Enany et le Congolais Firmin Edouard Matoko, ex-sous-directeur général de l’Unesco en charge de la priorité Afrique et des relations extérieures, qui travaille pour l’Organisation depuis 40 ans. 

L’Egyptien l’a emporté haut la main par 55 voix contre 2. Il faut dire que lors de la campagne pour ce poste, il avait obtenu le soutien public de la Ligue des pays arabes, de l’Union africaine et de pays comme le Brésil, la France, l’Allemagne ou la Turquie. Après sa désignation par la Conférence générale de l’Unesco à Samarcande, en Ouzbékistan, le 9 novembre, il devrait entrer en fonction le 14 novembre succédant ainsi à la Française Audrey Azoulay en poste depuis 2017.

C'est Audrey Azoulay que l'Egyptien Khaled el-Enany va remplacer à la tête de l'Unesco. La Française a dirigé l'Organisation onusienne sur deux mandats depuis 2017. 
C'est Audrey Azoulay que l'Egyptien Khaled el-Enany va remplacer à la tête de l'Unesco. La Française a dirigé l'Organisation onusienne sur deux mandats depuis 2017. 

Khaled El-Enany, un égyptologue 

Né au Caire il y a 54 ans, Khaled El-Enany est d’abord un égyptologue réputé qui a eu une brillante carrière universitaire. Celle-ci l’a mené du professorat à l’université Helwan du Caire à des postes au sein du Conseil suprême des Antiquités, lui permettant ainsi de contribuer à la gestion et à la promotion des sites archéologiques dans son pays mais aussi de se distinguer par son engagement dans la préservation du patrimoine culturel égyptien. 

Khaled el-Enany, un politique attaché au patrimoine

C'est en mars 2016 qu'il fait ses premiers pas comme homme politique au poste de Ministre des Antiquités dans le gouvernement de Sherif Ismail. Avec ce portefeuille, il se concentre sur le financement de projets majeurs, comme la construction du Grand Musée Égyptien (GEM) près des pyramides de Gizeh, et la rénovation de sites historiques tels que le Palais Baron Empain, le Musée Gréco-Romain et la Synagogue Eliyahu Hanavi.

En décembre 2019, les portefeuilles du Tourisme et des Antiquités ayant été fusionnés, il en devient le premier titulaire et ce jusqu'en août 2022 sous le gouvernement de Mostafa Madbouly. Il met à profit cette période pour gérer des découvertes archéologiques majeures comme à Saqqara, à Louxor et à Minya, et aussi relancer le tourisme après la pandémie de Covid-19. 

Et maintenant ? 

Au-delà de ces considérations, il convient de se plonger dans ce que Khaled el-Enany voudrait ou pourrait faire de cette victoire. Celle-ci est arabe parce que Khaled el-Enany est le premier ressortissant d’un pays arabe à être élu à la tête de l’Unesco, africaine parce que l’Egyptien est le deuxième directeur général issu du continent africain après le Sénégalais Amadou Makhtar Mbow qui a présidé aux destinées de l’organisation onusienne de 1974 à 1987.

Amadou Makhtar Mbow a été le premier directeur général africain d'une organisation onusienne. En 1974, il a été élu à la tête de l'Unesco qu'il quittera en 1987.
Amadou Makhtar Mbow a été le premier directeur général africain d'une organisation onusienne. En 1974, il a été élu à la tête de l'Unesco qu'il quittera en 1987.

Il arrive au moment où, dans un contexte tendu, les États-Unis ont annoncé leur retrait en 2025 pour cause d’accusation “d’un biais anti-israélien” présumé. La contribution américaine représentant 22 % du budget de l’Unesco, la question du financement de l’Organisation va être l’un des principaux défis du mandat à venir. 

Au-delà de s’employer à faire revenir les Etats-Unis, Khaled el-Anany a décidé d’accorder la priorité à la protection du patrimoine dans les zones de conflit, le renforcement de l'éducation et de la science en Afrique et dans le monde arabe, l'accent sur l'excellence francophone et enfin, entre autres, de mettre en oeuvre une Unesco "plus impactante sur la vie quotidienne des gens, au-delà du patrimoine culturel". 

C'est le 14 novembre que Khaled  el-Enany va prendre officiellement ses fonctions de directeur général de l'Unesco dont le siège se situe place de Fontenoy à Paris.
C'est le 14 novembre que Khaled  el-Enany va prendre officiellement ses fonctions de directeur général de l'Unesco dont le siège se situe place de Fontenoy à Paris.

De par son profil et son expérience, Khaled el-Enany symbolise un puissant témoin du passé qui doit aider à bâtir une Unesco dans un monde où les bouleversements géopolitiques et géo-économiques ne peuvent pas ne pas avoir d’incidence sur les politiques culturelles, d’éducation et de développement durable. En attendant d’entrer en plein dans son mandat, Khaled el-Enany a annoncé que pendant les 100 premiers jours, il rencontrera tous les représentants des États membres pour élaborer un plan stratégique afin de faire face à la baisse de budget de -11 % mais aussi pour améliorer l’efficacité de l’institution souvent jugée trop bureaucratique. Un premier pas vers une Unesco plus inspirée ? (TransContinentsAfrica)

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