JOJ Dakar 2026 : à Diamniadio, l'Afrique allume enfin sa flamme olympique

RÉCIT. Samedi 31 octobre, Bassirou Diomaye Faye a ouvert les premiers Jeux olympiques de l'histoire africaine. Une cérémonie pensée pour raconter le continent par ses propres voix, au terme d'une mobilisation nationale.

JOJ Dakar 2026 : à Diamniadio, l'Afrique allume enfin sa flamme olympique

Il est 19 h 57, heure de Dakar. Au stade Abdoulaye-Wade de Diamniadio, le président Bassirou Diomaye Faye prononce la formule rituelle : "Je déclare ouverts les Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026" La phrase est brève. Sa portée, elle, est historique. Pour la première fois, un événement olympique se tient sur le sol africain.

Dans les tribunes officielles, la présidente du Comité international olympique (CIO), Kirsty Coventry, et le président du comité d'organisation (COJOJ), Mamadou Diagna Ndiaye. À leurs côtés, deux voisins de la sous-région arrivés la veille : le Sierra-Léonais Julius Maada Bio, accompagné de son épouse, et le Mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.

Attribués à la capitale sénégalaise en octobre 2018 à Buenos Aires, initialement prévus en 2022, reportés de quatre ans par la pandémie de Covid-19, ces quatrièmes JOJ d'été se déroulent jusqu'au 13 novembre sur huit sites répartis entre Dakar, Diamniadio et Saly.

Au programme : 2 655 athlètes âgés de 14 à 17 ans, issus de 205 délégations, en lice pour 153 épreuves à médailles dans 25 sports. Dix autres disciplines figurent au programme d'engagement, destiné à les faire découvrir et pratiquer par les jeunes.

Le Sénégal en ordre de marche

La veille, le chef de l'État avait donné le ton. Dans un message vidéo en wolof diffusé sur ses réseaux sociaux, il a appelé ses compatriotes, et d'abord les jeunes, à réserver aux visiteurs un accueil chaleureux et inoubliable. La Teranga érigée en consigne nationale.

Il a assuré que l'État avait pris toutes les dispositions relevant de sa responsabilité. Et demandé de la compréhension face aux réaménagements imposés par les Jeux, à commencer par les difficultés de circulation dans la capitale et ses environs.

Cette mobilisation s'est construite par étapes. Le 1er novembre 2025, Bassirou Diomaye Faye avait visité plusieurs sites de compétition pour presser l'achèvement des infrastructures. En septembre 2026, il a lancé la campagne « Dundal JOJ », qui associe artistes, sportifs, entreprises, fondations, collectivités territoriales et société civile à des actions éducatives et sociales en faveur de la jeunesse.

Dakar s'est parée aux couleurs des Jeux et de leur mascotte, Ayo, un lion coiffé du tengadé, le chapeau de paille traditionnel. Volontaires, services de santé, forces de défense et de sécurité, mais aussi Douanes ont été mis à contribution. La billetterie avait ouvert en août.

Le Baseball5 en éclaireur des compétitions

La compétition, elle, n'a pas attendu la cérémonie. Dès le vendredi 30 octobre, le Baseball5 a lancé les hostilités au complexe Tour de l'Œuf, dans le quartier du Point E.

Pour son entrée en lice dans le groupe A, le Sénégal s'est incliné 0-2 face au Taipei chinois, finaliste de la Coupe du monde de la discipline en 2025. Cuba, tenant du titre de la Coupe du monde jeunes, a dominé la Türkiye 2-0.

Dans le groupe B, le Mexique a pris le meilleur sur la Syrie et le Kenya sur la France, sur le même score de 2-1.

Un récit africain, raconté par des Africains

Le COJOJ avait entretenu le mystère jusqu'au bout. Il avait aussi fait un choix inhabituel : concevoir le concept artistique en interne plutôt que de le confier, comme souvent, à une société de production internationale. Sous la direction de Khady Niang, directrice des cérémonies, et avec Adama Diop à la mise en scène, l'objectif était assumé : permettre aux Africains de se réapproprier leur propre récit.

Le spectacle, intitulé "L'Envol de Sitoé", s'est construit autour de trois générations. Alkebulan, la mère, incarne l'Afrique d'hier. Keb, son fils, celle d'aujourd'hui. Sitoé, une jeune fille, l'Afrique qui vient.

Selon les organisateurs, 1 115 personnes ont participé au spectacle, dont 628 danseurs recrutés dans les régions du pays. Près de 1 500 costumes ont été confectionnés au Sénégal.

La lutte, le Simb et les grandes voix

La lutte sénégalaise a occupé le centre de l'arène. Une centaine de lutteurs ont exécuté le bakk, la danse rituelle d'avant-combat, parmi lesquels Modou Lô, Eumeu Sène, Sa Thiès et Franc. Le Simb, le "faux lion" du théâtre populaire, et plusieurs danses traditionnelles ont prolongé le tableau.

Baaba Maal a conduit une parade en hommage aux 54 pays du continent, tandis que 360 danseurs dessinaient la carte de l'Afrique sur la pelouse. Kiné Lam, Daara J Family, Dip Doundou Guiss et Souleymane Faye se sont succédé. Kya Loum a interprété l'hymne national.

L'influenceur Khaby Lame, ambassadeur des Jeux, a dévoilé une toile peinte en direct par l'artiste sénégalais Boubou Design.

De la Grèce au Sénégal, le défilé des nations

Fidèle à la tradition, la Grèce a ouvert le défilé. L'équipe olympique des jeunes réfugiés, présente pour la première fois aux JOJ, a suivi, avec six athlètes.

Le Sénégal, pays hôte, a fermé la marche sous la plus forte clameur de la soirée. Ses porte-drapeaux, la lutteuse de plage Ndèye Khady Anna Diatta et le taekwondoïste Ibrahima Bèye, ont tous deux 17 ans. La délégation compte 136 athlètes engagés dans 23 disciplines.

Une démonstration des 35 disciplines du programme, compétition et engagement confondus, a suivi, jusqu'à la réunion chorégraphiée des anneaux olympiques et de l'emblème de Dakar 2026.

Jom, kersa, ngor : trois mots, trois valeurs du pays-hôte mises en avant

Mamadou Diagna Ndiaye s'est adressé aux athlètes en français et en wolof. Il a convoqué trois valeurs cardinales de la société sénégalaise : le jom, la dignité ; le kersa, le respect ; le ngor, le dépassement de soi.

« Pendant 15 jours, oubliez ce monde. Ici, votre adversaire n'est pas un ennemi », a-t-il lancé, invitant les jeunes à faire de ces Jeux un espace de fraternité entre les peuples. Il a rappelé que la route avait commencé à Buenos Aires, en 2018.

Kirsty Coventry a donné à la soirée sa dimension continentale. Première femme et première Africaine à présider le CIO, l'ancienne nageuse zimbabwéenne, double championne olympique, s'est dite fière que le mouvement olympique soit accueilli pour la première fois sur son continent.

Elle a salué les jeunes Sénégalais mobilisés pour l'organisation, dans l'esprit de la Teranga.

Une flamme partie d'Athènes brille sous le ciel de Dakar

Allumée à Athènes le 10 septembre, la flamme avait été reçue au Palais de la République le 12 septembre par le président Faye. Elle a ensuite traversé les quatorze régions du pays, avec notamment une étape à Saint-Louis, avant d'entrer dans le stade.

Parmi les derniers relayeurs figurait Amadou Dia Bâ, seul médaillé olympique de l'histoire du Sénégal, en argent sur 400 m haies à Séoul, en 1988. La vasque a été allumée par deux jeunes athlètes sénégalais, l'escrimeur Abdourahmane Marième Sy et la judokate Aïcha Diop.

Selon le CIO, la flamme doit brûler jusqu'au 13 novembre sur la Corniche Ouest. Les premières médailles sont attribuées ce dimanche 1er novembre, en natation et en judo.

Au-delà du sport, un signal

Le Caire et Le Cap ont, tour à tour, frappé sans succès à la porte des Jeux. C'est finalement Dakar, avec une compétition réservée à la jeunesse, qui l'aura ouverte, sous le slogan "L'Afrique accueille, Dakar célèbre".

Le symbole dépasse le seul Sénégal. Il intervient alors que l'Afrique, de Rabat au Caire et de Kigali à Abidjan, multiplie les grands rendez-vous sportifs et revendique une place à la mesure de sa démographie : le continent le plus jeune du monde accueille, enfin, le rendez-vous olympique de la jeunesse. Reste désormais à transformer l'essai, en héritage sportif durable et, demain peut-être, en candidature aux Jeux olympiques eux-mêmes. (TransContinentsAfrica)

PUBLICITÉ
Espace Publicitaire
336×280