Ivoire Black History Month pour sauver l’architecture précoloniale

REGARD. Pour Serge Alain Niango, directeur exécutif de cette initiative culturelle unique, il convient de “changer le narratif de l’héritage architectural de la Côte d’Ivoire”.

Ivoire Black History Month pour sauver l’architecture précoloniale

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les choses se passent comme si le patrimoine architectural, africain en général et ivoirien en particulier, avait été rendu invisible par l’impact de la colonisation sur le regard posé sur les constructions traditionnelles africaines et par la manière même dont les gouvernements locaux qui se sont succédé depuis les indépendances en 1960 ont géré l’urbanisation progressive et influencé le regard des populations sur leurs différents environnements. Face à cette réalité, l’initiative de la team Ivoire Black History Month de promouvoir la réappropriation culturelle et historique de pans entiers du patrimoine par les jeunes Ivoiriens est à saluer. 

La nécessité de construire un autre narratif

Comme arme, celle-ci s’appuie sur des expositions, des activités éducatives et des débats pour mieux partager cette préoccupation et les desseins qui vont avec. C’est d’ailleurs lors d’une manifestation organisée fin janvier dans les locaux de Côte d’Ivoire Tourisme à Abidjan-Cocody qu’elle a eu à se distinguer à propos de la nécessité de “changer les narratifs de l’héritage architectural”. 

En présence de l’ancien directeur du Centre de recherche en architecture et urbanisme, Yao Bazin, ainsi que d’Omar Diop, directeur de l’UNESCO pour la Côte d’Ivoire, son directeur exécutif, Serge Alain Niango, a expliqué que cela permettait “de redonner de la visibilité à l’architecture précoloniale, questionner l’impact de la colonisation sur nos pratiques de construction, et de réinventer une identité architecturale en harmonie avec les défis et aspirations contemporains”.

Serge Alain Niango, directeur exécutif de l'Ivoire Black History Month. - DR
Serge Alain Niango, directeur exécutif de l'Ivoire Black History Month. - DR

Avant l’arrivée des colons européens, a-t-il poursuivi, la Côte d’Ivoire était dotée d’une architecture vernaculaire variée, adaptée aux spécificités de chaque région et de chaque ethnie. Maisons en banco, cases en paille, fortifications, lieux de culte, etc. sont autant de constructions traditionnelles qui témoignent de la richesse du patrimoine architectural ivoirien”. Et de prendre l’exemple de la mosquée de Kong, des maisons sur pilotis du village de Nigui Saff, de l’habitat pentagonal des Abron, des systèmes de planification traditionnelle Baoulé, ou encore les ouvrages en terre battue des populations ivoiriennes de la région soudanaise du pays.  

Lutter contre l’ensablement mémoriel

Qu’en est-il aujourd’hui ? 

Le constat est des plus inquiétants. “Toutes les spécificités de cette architecture qui sont aussi des atouts sont  aujourd’hui menacées par l’urbanisation galopante, le manque de moyens et l’oubli”, ajoute-t-il précisant combien ce phénomène conduit “à la disparition progressive de nombreux bâtiments tels que l’étoile du Sud, un lieu emblématique de Treichville et les ouvrages en terre battue des peuples de Côte d’Ivoire en région Soudanaise témoins précieux du passé et porteurs d’une histoire et d’une culture qu’il est essentiel de préserver”. 

Des défis à relever, des initiatives à prendre

Abondant dans le sens de l’intervention du directeur exécutif de la team Ivoire Black History Month, Yao Bazin, ancien directeur du Centre de recherche en architecture et urbanisme, a mis en exergue le rôle de l’architecture précoloniale et son rôle dans la construction d’une identité ivoirienne.

Représentant du maire de Grand- Bassam, le conseiller Mamadou Sidibé a pointé les défis et opportunités de préserver ces deux facettes historiques que sont l’héritage colonial et la tradition locale dans une ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Une affiche de l'initiative Ivoire Black History Month - DR
Une affiche de l'initiative Ivoire Black History Month - DR

L’UNESCO justement est intervenu dans le débat à travers son directeur pour la Côte d’Ivoire. Omar Diop a souligné le déploiement des stratégies de conservation des architectures locales avec l’accent mis sur les mosquées de Kong, et leur valorisation par les jeunes et les acteurs locaux, véritables moteurs touristiques et éducatifs. Avec en ligne de mire : la conservation du patrimoine architectural comme levier de réappropriation d’une certaine identité mais aussi de valorisation touristique d’un atout culturel et social. (TransContinentsAfrica)

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