Infantino : pourquoi le soutien de la CAF peut ne pas lui suffire

TENSION. Pour la prochaine élection à la présidence de la FIFA, les votes africains sont loin de lui être garantis vu le silence assourdissant de nombre d’associations africaines de football.

Infantino : pourquoi le soutien de la CAF peut ne pas lui suffire

Le moins que l’on puisse dire, c’est que beaucoup d’associations africaines de football ont gardé une prudente réserve au milieu de la tempête qui a fait rage autour de l'avenir du président de la FIFA, Gianni Infantino. L’Italo-Suisse est d’autant plus sous pression qu’il compte sur leur soutien pour conserver son poste.

Un alignement derrière la CAF pas sûr

Alors que la Confédération africaine de football a publié une déclaration soutenant Gianni Infantino, mettant la CAF en désaccord avec trois autres instances dirigeantes continentales qui veulent que l’actuel président de la FIFA rende compte de son projet, désormais abandonné, de retirer les droits commerciaux de la Coupe du monde, rien ne garantit que les pays africains suivront cette ligne.

En effet, bien que Gianni Infantino soit populaire auprès des associations africaines pour avoir considérablement augmenté les subventions que la FIFA leur a procuré au cours de sa décennie de mandat, il ne peut pas être assuré d'un vote en bloc des 54 membres de la CAF lorsqu'il se présentera à sa réélection le 17 mars au Congrès de la FIFA au Maroc.

Ce que l'histoire nous donne comme preuve

L'Afrique représente une part importante des voix mais les soutiens passés de la CAF ont été largement ignorés par les membres, ce qui signifie qu’ils sont tout à fait dans des dispositions d’aller dans une direction différente. 

La CAF était alliée à l'UEFA lorsque le président de l'instance dirigeante européenne, Lennart Johansson, s'est présenté à la présidence de la FIFA en 1998, mais les associations membres africaines ont voté massivement pour mettre son rival Sepp Blatter au pouvoir.

Quatre ans plus tard, lorsque le président de la CAF, Issa Hayatou, a défié Blatter, le Suisse a remporté un second mandat lors d'un vote écrasant, la majorité des pays africains ayant voté pour lui.

L’ascension d’Infantino au pouvoir en 2016 s’est produite malgré le soutien de la CAF à son rival, le Cheikh Salman Bin Ibrahim Al Khalifa de Bahreïn, de nombreux pays africains ayant aidé Infantino à franchir la ligne d’arrivée au second tour de scrutin.

Autre exemple : les membres de la CAF ont également rompu les rangs malgré le soutien de l'organisation à la candidature du Maroc pour accueillir la Coupe du monde 2026.

Onze pays africains ont voté pour la candidature nord-américaine conjointe du Canada, du Mexique et des États-Unis lors du Congrès de la FIFA à Moscou en 2018, principalement en raison d'une impasse concernant le Sahara occidental, objet du plus long différend territorial d'Afrique depuis le départ de la puissance coloniale espagnole en 1975.

Pour rappel, le Maroc considère le territoire comme le sien, tandis que le Front Polisario cherche à établir un État indépendant appelé République sahraouie, que plusieurs pays africains reconnaissent.

État des lieux : les Africains favorables à Infantino… pour le moment

Actuellement, le soutien africain à Infantino semble fort, mais cela pourrait changer si la révolte ouverte à laquelle il a été confronté au cours des deux dernières semaines s'intensifie, comme l'ont révélé les entretiens de Reuters avec plusieurs dirigeants d'associations africaines ces derniers jours.

Toutes les associations africaines ont écrit des lettres au Congrès de la FIFA à Vancouver en avril pour exprimer leur soutien aux ambitions de réélection d'Infantino, mais c'était avant la révélation de son projet de vendre une participation dans les futures Coupes du monde.

Cela dit, Infantino a reçu un soutien formel au cours de la semaine dernière par des déclarations de la République démocratique du Congo, de l'Égypte, de la Mauritanie, du Maroc et du Niger, et d'autres ont également exprimé leur soutien.

"Je ne vois aucune raison de ne pas le soutenir”, a ajouté Mathurin de Chacus, président de la fédération du Bénin et membre du comité exécutif de la CAF, tandis qu'Alexandre Muyenge du Burundi a déclaré : “C'est un président qui fait ce qui est nécessaire pour soutenir l'Afrique, en particulier les pays les moins riches. Son bilan est bon, il est donc logique de le soutenir”.

Cela dit, plusieurs présidents d'associations africaines ont exprimé leur surprise face à la force de la réaction contre Infantino, mais ont souhaité garder leurs opinions pour elles, en attendant de voir si un candidat pour s'opposer à lui lors de l'élection de mars prochain se présente.

La procédure de la FIFA au coeur de lendemains incertains pour Infantino

En attendant, il n’en reste pas moins que la proposition de Gianni Infantino a suscité la colère virulente de l'UEFA, de la Confédération asiatique de football et de la CONCACAF, qui gère le football dans les Caraïbes, en Amérique du Nord et en Amérique centrale.

Pour rappel, la FIFA organise des élections tous les quatre ans et Infantino n'a eu aucun adversaire en 2019 et 2023. Tout rival potentiel l'année prochaine devra soumettre sa candidature avant le 18 novembre.

Les statuts de la FIFA stipulent qu'une majorité simple de 106 voix est requise pour gagner lorsqu'il y a deux candidats en lice. Il y a 211 associations membres de la FIFA et chacune dispose d'une seule voix.

Les organes directeurs des six confédérations continentales n'ont pas de droit de vote lors de l'élection de la FIFA, bien que chacun de leurs présidents respectifs obtienne automatiquement un siège au sein du tout-puissant Conseil de la FIFA, avec le statut de vice-président. (TransContinentsAfrica)

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