IA en Afrique : l'adoption s'accélère, mais les usages restent superficiels

POINT. De 7,2 % des actifs au Rwanda à 23,1 % en Afrique du Sud, l'IA générative gagne du terrain. Mais pour la Banque mondiale, les usages restent superficiels et le continent gagnerait à miser sur des outils simples et adaptés.

IA en Afrique : l'adoption s'accélère, mais les usages restent superficiels

L'intelligence artificielle s'installe en Afrique plus vite qu'on ne le pense. C'est l'un des enseignements du rapport “État des lieux de l'économie africaine”, que la Banque mondiale consacre cette année à l'IA. Mais derrière la progression des chiffres, l'institution décrit une adoption encore en surface, concentrée dans quelques pays et bridée par des fondations fragiles.

Un constat : une diffusion rapide mais inégale

Au premier trimestre 2026, la part de la population en âge de travailler utilisant l'IA générative allait de 7,2 % au Rwanda à 23,1 % en Afrique du Sud. Seize pays restaient sous la barre des 10 %. L'écart entre pays pionniers et retardataires se creuse donc dès les premières années de diffusion.

Des entreprises moins en retard qu'on l'imagine

Dans les grandes entreprises, le taux d'utilisation atteint 44 % au Kenya et au Nigeria, contre 61 % aux États-Unis. L'écart est réel, mais bien moindre que ne le suggèrent les clichés sur la fracture numérique.

Reste la nature des usages. Selon la Banque mondiale, ils sont peu approfondis : apprentissage, tâches administratives, développement logiciel, assistance personnelle. L'IA sert d'outil d'appoint plus qu'elle ne transforme les processus.

L'innovation se concentre sur trois pôles

L'activité se concentre au Kenya, au Nigeria et en Afrique du Sud. Ces trois pays captent l'essentiel de l'innovation, du capital-risque et de la production scientifique de la région.

Cette géographie rappelle celle des écosystèmes de start-up du continent. Elle pose la question de la diffusion vers les autres économies, notamment francophones.

Augmenter plutôt que remplacer

Sur l'emploi, le rapport tord le cou à une crainte répandue. Le risque d'automatisation à court terme ne concerne que 2,6 % des emplois en Afrique subsaharienne, contre 14,2 % dans les économies à revenu élevé.

Le vrai potentiel est ailleurs : 15,2 % des emplois pourraient gagner en productivité grâce à l'IA, sans être remplacés. Encore faut-il pouvoir y accéder. Au Mali, seuls 1,2 % des travailleurs occupent un emploi exposé à l'IA et disposent des moyens de l'utiliser.

Adapter plutôt qu'inventer

D'où la recommandation centrale de la Banque mondiale : à court terme, l'opportunité consiste à adapter des outils pratiques et peu coûteux plutôt qu'à développer des modèles de pointe.

Le rapport cite M-Shule, qui a amélioré l'apprentissage initial de la lecture au Kenya. Il mentionne aussi Darli AI, l'outil de Farmerline, qui a touché 110 000 agriculteurs dans plus de 27 langues en huit mois.

L'institution prend soin de préciser que ces chiffres mesurent la portée des outils, et non leur impact évalué de manière indépendante. La prudence s'impose donc avant d'en faire des modèles.

Des fondations encore fragiles

Environ 900 millions d'Africains ne sont pas connectés à Internet. Seuls 2 % environ des données d'entraînement mondiales de l'IA proviennent d'Afrique. Ces avancées butent donc sur des limites connues. 

Résultat : alors que le potentiel de l'IA pour l'Afrique est chiffré jusqu'à 1 000 milliards de dollars d'ici 2035 dans un scénario « très ambitieux », le gain réaliste en Afrique subsaharienne ne dépasserait pas 0,2 à 4 % de PIB cumulé sur dix ans.

Le défi technologique africain n'est donc pas de rivaliser avec les laboratoires californiens ou chinois. Il est de faire de l'IA un outil du quotidien pour l'enseignant, l'agriculteur, le commerçant ou l'agent public, dans leurs langues et à un coût abordable. Le mobile money a montré que le continent sait inventer ses propres usages à partir de technologies venues d'ailleurs. L'IA pourrait suivre le même chemin, à condition que l'appropriation l'emporte sur l'importation. (TransContinentsAfrica)

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