Ce 28 décembre 2025, la Guinée a organisé son élection présidentielle, marquant la fin officielle de la transition militaire entamée après le coup d'État de septembre 2021. Ce scrutin, le premier depuis le putsch qui a porté le colonel (désormais général) Mamadi Doumbouya au pouvoir, s'est déroulé dans un contexte de tensions, avec une opposition largement écartée et des accusations de répression.
Comment le chemin a été pavé depuis le coup d’Etat
Après le coup d'État de septembre 2021 qui a renversé Alpha Condé, réélu de manière controversée en 2020, Mamadi Doumbouya a promis un retour à l'ordre civil, mais la transition a été prolongée avec une nouvelle Constitution adoptée par un référendum, boycotté par l'opposition, en septembre 2025.
Entretemps, le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) a multiplié les initiatives pour réprimer l'opposition. Il a commencé par suspendre les partis majeurs comme le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) d'Alpha Condé et l'union des Forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo. Il a procédé à des arrestations, à la censure au niveau des médias. Résultat : plus de 220 morts ont été recensés, selon Amnesty International.
Parallèlement, les principaux opposants historiques Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré ont été exclus ou ont boycotté le processus, accusant la junte de verrouiller le scrutin.
Le scrutin en question
Ce sont environ 6,7 millions d'électeurs qui ont été inscrits sur les listes électorales en ce jour de présidentielle où des mesures sécuritaires exceptionnelles ont été prises. Les frontières ont été fermées et la circulation a été interdite le jour du vote.
Pour cette présidentielle pour laquelle 23.623 bureaux de vote ont été mis en place, neuf candidats ont été validés par la Cour suprême le 13 novembre 2025, après vérification des parrainages et cautions.
D'abord Mamadi Doumbouya, président de la transition et du CNRD. Ayant initialement promis de ne pas se présenter, il a été vu comme le grand favori et a été soutenu par la junte et par des plateformes comme Synergie GMD25 avec une campagne axée sur la "refondation" de l'État.

Ensuite Abdoulaye Yéro Baldé du Front pour la démocratie en Guinée (FRONDEG), puis Makalé Camara du Front pour l’alliance nationale (FAN), Ibrahima Abé Sylla de la Nouvelle génération pour bâtir la république (NGR), Faya Lansana Millimono du Bloc libéral (BL), Abdoulaye Kourouma du Rassemblement pour la renaissance et le développement (RRD), Mohamed Nabé pour l’Alliance pour le renouveau et le progrès (ARP), Elhadj Bouna Keita du Rassemblement pour une Guinée prospère (RGP) et enfin Mohamed Cherif Tounkara, un indépendant.
Des observateurs internationaux ont été mobilisés
Du point de vue organisationnel, le chef de la Mission d’observation électorale (MOE) de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) en Guinée, Abdoulie Janneh, a entamé dès le mardi 23 décembre une série de consultations avec les principaux acteurs impliqués dans le processus électoral.
Arrivé à Conakry le même jour, M. Janneh a supervisé le déploiement des observateurs de l’institution régionale chargés de suivre le déroulement du scrutin présidentiel. Le 24 décembre, il a été reçu, aux côtés des chefs des missions d’observation de l’Union africaine (UA), de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et de l’Union du Fleuve Mano, par le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger, représentant le ministre Morissanda Kouyaté.
La délégation a également effectué des visites de courtoisie auprès du Premier président de la Cour suprême, Fodé Bangoura, ainsi qu'au Premier ministre, Amadou Oury Bah, dans le cadre de la coordination entre les différentes missions internationales déployées dans le pays.
Selon les responsables de ces missions, ces échanges ont visé à harmoniser l’action des observateurs, à recueillir les appréciations des autorités nationales et à évaluer la régularité du processus électoral, le respect des normes démocratiques et la transparence du vote.
Et après ?
Dans un contexte où l'opposition (Forces Vives de Guinée) a dénoncé un processus biaisé et que des observateurs internationaux ont surveillé le vote, tout n’est pas gagné pour la Guinée. La victoire de Doumbouya ne va pas forcément calmer les tensions si des allégations d’irrégularités sont avancées.
Les résultats provisoires sont attendus dans les 48 heures suivant la clôture du scrutin, selon la Direction générale des élections. Les résultats définitifs devraient être validés par la Cour suprême. (TransContinentsAfrica)
