L’appel du candidat de l’opposition, Fernando Dias da Costa, n’y a rien fait. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, tout en revendiquant la victoire au premier tour de la présidentielle du 23 novembre, celui-ci a demandé aux militaires de rester en dehors du processus électoral mais ceux-ci ont trouvé des raisons de s’en mêler et même de l’interrompre.
Vers midi, ce mercredi, le président sortant Umaro Sissoco Embaló a en effet indiqué avoir été arrêté dans son bureau au palais présidentiel par des éléments de l’armée, aux côtés du chef d’état-major général des armées, de son adjoint et du ministre de l’Intérieur.
Confirmation par les militaires du coup de force
Dans l’après-midi, confirmation a été faite de cette information . Des militaires ont en effet annoncé prendre le contrôle total de la Guinée-Bissau et suspendre le processus électoral.
La déclaration, lue par le porte-parole de l’armée, le général Dinis N’Tchama, indique que cette décision fait suite à la découverte d’un plan de déstabilisation du pays impliquant certains politiciens nationaux, des barons de la drogue et des tentatives de manipulation des résultats électoraux. Un dépôt d’armes de guerre aurait été saisi par le Service d’Information de l’État.
Une nouvelle entité est entrée dans le jeu
Le Haut Commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l’ordre public, nouvelle entité, a également ordonné la fermeture des institutions de l’État, la suspension des activités des médias, la fermeture des frontières terrestres, maritimes et aériennes, ainsi que l’instauration d’un couvre-feu de 21h à 6h.
Des tirs nourris ont été entendus en milieu de journée près du palais présidentiel et à proximité des locaux de la commission électorale. De quoi comprendre que les résultats provisoires officiels, qui devaient être publiés jeudi, resteront en suspens et ce d’autant que de manière tout à fait officielle le processus électoral a été stoppé.
Cela dit, des questionnements voire des soupçons de manipulation ont émergé ici et là à propos de ce ce coup de force que certains soupçonnent d’être totalement fabriquées pour justement interrompre le processus électoral.
La Frente Popular crie au coup d’Etat simulé
Dans un communiqué publié le 26 novembre, le Front Populaire estime que tout ceci a été organisé “de concert avec le général Biaguê Na N'tam, chef d'état-major général des forces armées”. Objectif visé selon le mouvement politique : empêcher la publication des résultats électoraux prévue le 27 novembre.
A ses yeux, le fait même que ce soit Umaro Sissoco Embaló lui-même qui ait donné l’information comme quoi il était détenu par les forces armées avec tout ce que cela comporte comme disponibilité en temps au point de pouvoir donner des interviews à des médias internationaux est la preuve flagrante que tout cela est simulé.
Selon le Front Populaire, Umaro Sissoco Embaló aurait, avant la mise en oeuvre de ce “coup de force”, ordonné à la Garde nationale d'attaquer les locaux de la Commission nationale des élections (CNE).
Au regard de sa conviction que ce coup d’Etat n’en est pas un au sens où on peut l’imaginer, le Front Populaire a décidé de “dénoncer et condamner avec véhémence cette mise en scène criminelle”, de “condamner l'attitude complice du général Biaguê Na N'tam visant à usurper la volonté souveraine exprimée dans les urnes”, puis de “tenir Umaro Sissoco Embaló et le général Biaguê Na N'tam responsables de toutes les conséquences de leurs actes irresponsables et attentatoires à l'ordre constitutionnel, enfin “d’appeler toutes les forces vives de la nation à s'élever, de manière ferme et inébranlable, contre la dérive dictatoriale et totalitaire d'Umaro Sissoco Embaló et son groupe de criminels”, de “tenir la communauté internationale responsable de son silence complice”.
Autant d’éléments qui font comprendre que la crise politique en Guinée-Bissau n’est pas prête de s’éteindre. (TransContinentsAfrica)
